Dans une note récente, l’ami Intox2007 a interpelé un certain nombre de blogueurs sur la répartition des richesses. Il a souhaité que les réponses sortent de la littérature pour rentrer dans les faits. Certes, il ne m’a rien demandé à moi, mais j’ai pensé que je pouvais quand même contribuer au débat, que je trouve essentiel en cette période. Et je vous présente par avance mes excuses car il va m’être difficile de respecter le cahier des charges.

En premier lieu, si vous le voulez, je vous invite à lire la note d’intox2007 dans laquelle il pose les termes du débat.

Pour celles et ceux qui auraient la flemme, voici les deux questions :

* Comment donner plus de fric au salarié au SMIC, ou à temps partiel ?

* Et je voudrais qu’on me dise comment élever le salaire des salariés d’une boite qui est dans le rouge 1/3 du temps dans l’année ?

Intox2007 pose les deux questions à partir d’un exemple scolaire, ce qui est loin d’être péjoratif :

TPE_A de 10 salariés marge à 0 % ou presque ou encore moins. Sa banque doit lui avancer des fonds pour payer les salaires deux fois dans l’année à cause de la saisonnalité de son activité ou du manque d’activité avant une grosse rentrée. Elle est prestataire de PME_B.

PME_B c’est 150 salariés, elle fait travailler d’autres TPE comme sous-traitants à côté de ses salariés. Elle revend le tout à une grande entreprise. Elle marge à 3 % et est prestataire de gros_CAC.

Gros_CAC est coté au CAC 40 (il aurait plus être au SBF 150 c’est pareil). C’est une entreprise qui est rentable à 10 %. Elle fait de l’évasion fiscale via des filiales en Irlande et Pays-Bas et met sous pression PME_C, PME_D qui elles mêmes ont des prestataires TPE (ou pas). Elle fait aussi usage de trucs délocalisés en Chine. Et ne paye pas d’impôts en France.

Jusque là, vous suivez ? Très bien. Alors, commençons.

Et reprenons la chaîne par la fin. La source du problème est bien Gros_CAC, donneur d’ordres, qui a utilisé l’externalisation et la sous-traitance à outrance pour répondre au nouveau cahier des charges du Capital financier transnational : moins on produit directement, moins on emploie, plus on peut spéculer sur les marchés financiers et réaliser des profits sans cesse croissant.

Cette nouvelle manière de procéder ont contribué à ce que, comme le souligne Pierre Larroutourou, « en 30 ans, ce sont quelques 150 % du PIB de l’ensemble de nos pays qui sont allés vers les marchés financiers au lieu d’aller vers les salariés ». En France, en 20 ans, ce sont 10 points de la valeur ajoutée (les profits) qui sont passés du travail et de l’investissement au Capital. Fermez le ban, la messe est dite. Et après, on osera encore nous parler de crise de la dette, de l’euro, et tutti quanti.

Courtoisement piqué chez www.intox2007.info

Le constat est donc posé, il est partagé même. Comment on fait pour que ça change ?

La première des idées qui paraît partagée par tous est celle émise pa le prix Nobel d’économie James Tobin. Dès 1972, il a proposé une taxe sur les transactions financières internationales pour limiter la spéculation financière. Il faut savoir que James Tobin est bien loin d’être un marxiste fou ni même un keynésien notoire. Sa préoccupation se situe dans la problématique intra-capitaliste : accroître les richesses produites, source de profits durables. Ce projet, soutenu par l’association ATTAC, a été remis en débat dernièrement sans que suite ne soit donnée. C’est une des premières solutions pour amener Gros_CAC à changer de politique d’entreprises.

Une deuxième solution, elle aussi mise en débat après la fermeture de l’usine Renault de Vilvoorde en 1997, c’est l’interdiction des licenciements boursiers. Il s’agirait d’interdire les licenciements qui ne sont pas justifiés par la situation économique de l’entreprise, dès lors qu’elle réalise des bénéfices conséquents. Cette proposition a fait l’objet d’une proposition de loi déposée par les sénateurs PCF et PG en mars 2009.

Ces deux dispositifs, s’ils étaient adoptés à l’intérieur du système capitaliste, auraient pour conséquence de contribuer à réintroduire des points de valeur ajoutée dans le bloc travail-investissements puisqu’ils limitent l’évasion boursière. Cela pourrait mécaniquement desserrer un peu l’étau sur PME_B et TPE_A.

Peut-on, pour autant, légiférer pour obliger les entreprises à consacrer une part essentielle de la valeur ajoutée à la rémunération du travail et à l’investissement ? Honnêtement, je ne le crois pas. Je note cependant que, naturellement et sans dispositif législatif, de plus en plus d’outils de production choisissent, dans le système capitaliste, de prioriser l’humain et l’investissement. Il s’agit notamment du secteur coopératif, que l’on rassemble hâtivement dans le vocable « économie sociale et solidaire ». Ce développement des sociétés coopératives ouvrières de production me paraît intéressant parce qu’il sort des pans entiers de l’activité économique du cirque spéculatif.

Quant aux salaires, il faut savoir que le SMIC à 1.700€ mensuels est d’abord que la revendication de la Confédération européenne des syndicats. Il s’agit de forcer la redistribution des richesses au profit des salaires de la même manière dont il a été procédé en France en 1968 après la grève générale qui a marqué le mois de mai de cette année-là. Je vous renvoie à l’article de Libération sur ce sujet.

Plus important, à mes yeux, puisque plus encadrant, reste la revendication du Front de Gauche du salaire maximum. En clair, il s’agit que la rémunération maximale dans une entreprise donnée ne puisse être supérieure à 20 fois la salaire le plus bas versé dans la dite entreprise. La contraction de l’échelle des salaires induit une nouvelle répartition de la richesses. Voici une vidéo qui en dit plus:

Mais, je crois bien, au final, qu’il n’y a pas de réponses profondes et structurantes aux questions posées par l’ami Intox2007 à l’intérieur du capitalisme. C’est bien pourquoi je ne me retrouve plus du tout dans la démarche du camarade Gérard Filoche et ses camarades de Démocratie et Socialisme.

Seul un changement radical des structures politiques me paraît de nature à mettre en œuvre une autre répartition des richesses. J’en appelle bien là à la socialisation des moyens de production et à la nationalisation de certains secteurs, réduits mais clés, qui gèrent les biens communs indispensables à la vie. Je veux parler de l’eau, de l’énergie par exemple.