Et si ? Et si nous étions au gouvernement, quelle réforme des retraites mènerions-nous ? Puisque nous ambitionnons de prendre le pouvoir, la question est légitime. Je ne vais rien inventer mais reprendre les éléments que nous avons déjà posés sur la table. Puisque la contre-réforme solférinienne s’inscrit dans la stricte continuité des précédentes : Fillon 2003 et Fillon 2010, il est regrettable de vérifier que nos propositions d’alors restent d’actualité.

retraités pauvres

Déjà, il faut revenir sur le contexte général dans lequel nous évoluons. Sur ce sujet, je m’efface derrière un fin connaisseur de la problématique, l’ami Bernard Teper :

Depuis 30 ans, nous observons une déformation du partage de la valeur ajoutée. Donc dans le partage de la richesse produite. Entre 1970 et 2010, la richesse produite en France a doublé. En même temps, la part des salaires et des prestations sociales a diminué de 9,3 % du PIB selon la Commission européenne. Cet argent est allé aux profits. Si nous retrouvions la même clé de répartition entre capital et travail qu’il y a 30 ans, cela générerait 180 milliards d’euros pour les salaires et les prestations sociales. Effectivement, cela aurait pour effet d’assécher les dividendes. C’est une question de choix politique.

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C’est bien là le cadre dans lequel il faut réfléchir à l’évolution des régimes de retraite publics comme privés. Elle prend donc les atours de la question centrale : celle de la redistribution des richesses. Pour la part qui me revient, j’assume que la réforme des retraites que je défendrai s’inscrira dans une modification radicale du partage des richesses au profit de celles et ceux qui la produisent : les salariés.

Dans ce contexte, nous assumons aussi que l’allongement – extrêmement différencié selon que l’on soit cadre ou précaire – de la durée de la vie constitue une chance pour tout un chacun et qu’elle ne doit absolument pas s’accompagner d’un allongement de la durée du travail. Bien au contraire, vu que la productivité des salariés français est la plus élevée au monde, il convient de diminuer la durée du travail sur l’ensemble de la vie. Donc, je fais partie de ceux qui défendent la semaine de 32 heures et la durée de cotisation fixée à 37,5 annuités de travail.

Retraites et fonds de pension

Ceci posé, puisque j’ai commencé à les évoquer, voici les objectifs que nous devons assigner, en termes d’amélioration des conditions de vie pour les salariés partant en retraite :

  • garantir le droit au départ à 60 ans et le rendre effectif dans les régimes complémentaires ;
  • arrêter l’allongement de la durée de cotisation et revenir à une durée qui permette un départ effectif à 60 ans sans pénalisation, soit 37,5 annuités de cotisation ;
  • permettre aux carrières longues de partir à taux plein avant 60 ans ;
  • prendre en compte la pénibilité sur des critères définis par branche et par emploi ;
  • revaloriser les retraites en assurant un taux de remplacement d’au moins 75 % du dernier salaire ;
  • revenir au calcul des retraites sur les 10 meilleures années dans le privé (et non les 25) ;
  • indexer les retraites sur les salaires et non sur les prix ;
  • aucune retraite en dessous du SMIC ;
  • valider les périodes de chômage en référence au salaire antérieur, ainsi que les périodes de stage et d’apprentissage, et aller vers une prise en compte des années de formation continue et initiale ;
  • verser les pensions de réversion aux couples pacsés à égalité avec les couples mariés.

Retraites Osez le féminisme

Pour financer ces améliorations, il faut mobiliser 3 points de richesse nationale à horizon de 2020, contre 1,7 point sans rien améliorer. Ces 3 points représentent l’équivalent de 60 milliards d’euros. Plusieurs leviers permettent d’y parvenir :

  • Rendre aux salariés, notamment en augmentant les salaires, les 9,3 points de richesse nationale qu’ils ont perdus depuis 1982, soit 180 milliards de salaires. Cela générerait 11 milliards de nouvelles cotisations retraites.
  • Elargir l’assiette des cotisations sociales aux rémunérations qui en sont aujourd’hui exemptées : intéressement, participation, stock-options et autres revenus d’épargne salariale. Cela rapporterait au moins 5 milliards de cotisations supplémentaires.
  • Augmenter les cotisations patronales (suppression des exonérations, instauration d’une surcotisation sur les emplois précaires et à temps partiel, augmentation du plafond de cotisation, hausse du taux de cotisation…) : une hausse d’un point de cotisation employeur rapporterait 7 milliards. Deux points représenteraient 14 milliards de ressources nouvelles. Contrairement à ce que dit le MEDEF à longueur d’articles et de chroniques d’économistes dans les émissions télévisées, les exonérations de cotisations sociales part employeur n’ont aucun impact réel sur la création d’emplois.

Parti de gauche pour nous la retraite c'est toujours à 60 ans

Enfin, contrairement aux orientations du gouvernement actuel, il faut renouer avec la lutte contre le chômage. L’insuffisance actuelle de recettes est très largement due aux effets de la crise et à la montée du chômage qui en est la conséquence. Les destructions d’emploi génèrent des pertes de recettes qui se chiffrent en milliards d’euros pour les caisses de la protection sociale. En créant 300 000 emplois par an de 2014 à 2025, on dégagerait 25 milliards de ressources nouvelles pour les retraites. Créer ces 3 millions d’emplois en 10 ans n’a rien d’impossible quand on sait que 2 millions d’emplois avaient été créés en à peine 5ans sous le gouvernement Jospin. Pour cela, il faut une politique volontariste en faveur des salariés, des services publics et de la reconversion écologique de l’économie.

Bonus « pour en savoir plus » : Les propositions sur les retraites de la CGT.

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Bonus vidéo : Young Natho « Work Buy Consume Die »