C’est le dernier gimmick à la mode. Après une séquence électorale complexe, qui se traduit par une augmentation du nombre de voix captées par le Front de Gauche mais aussi une baisse du nombre de ses députés, les rancœurs s’expriment. Les départs se font publics. A tout le moins, profitons de ce que les lumières des caméras sont encore – un peu – braquées sur nous pour donner quelque éclat à des postures individuelles. Donc, Jacques Rigaudiat (il m’a fallu du temps pour savoir qui c’était) quitte le Parti de Gauche. Dans sa foulée, mais sans grand lien, quelques camarades des Bouches-du-Rhône font de même. Il y en a d’autres. Qu’ils se dépêchent, bientôt les médias ne s’intéresseront plus à nous.

C’est assez courant dans la vie des organisations politiques que des militants brisent avec éclat avec leur parti. Nous, au Parti de Gauche, n’avons pas le monopole de ce genre de gestes. C’est encore plus fréquent après des résultats électoraux en apparence décevants. La difficulté à appréhender la réalité nouvelle, le refus « exprimé de longue date » d’une ligne complexe qui allie radicalité concrète d’un côté et vocation majoritaire de l’autre  – les deux jambes d’une marche en avant entamée il y a trois ans et demi seulement -, les ego mal dégrossis autorisent tous les éclats de voix. Tous les « je vous l’avais bien dit ». Notre candidat à la présidentielle et co-président du parti est assez en ligne de mire.

Certains de ces départs seraient justifiés par des « désaccords profonds » avec la ligne du parti. D’autres s’expliqueraient par « l’absence de démocratie ». La plupart demeurent le fait de cadres intermédiaires qui réclament d’être « co-fondateurs » du Parti de Gauche. Moi aussi j’en suis un. J’ai fait partie de ceux qui dès le 8 novembre ont décidé de se mettre en branle pour créer ce parti à durée de vie limitée puis étaient au meeting de l’Île-Saint-Denis. S’il faut exhiber les brevets, je vais étaler les miens. Mais revenons aux faits, ce sont des cadres intermédiaires du Parti qui s’en vont. Au moment que j’ai indiqué : juste après les élections. A croire que les résultats les ont déçus, à croire aussi qu’ils n’ont pas eu ce qu’ils attendaient.

Mais, m’objecterez-vous, certaines de leurs critiques peuvent être justifiées. Mais oui ! Sûrement ! En ce cas, pour les différends quant à la ligne aussi bien que sur le manque de démocratie, je ferais remarquer à mon tour deux trois bricoles. Primo : en tant que cadre du parti, chacun a son rôle à jouer dans le respect de la démocratie interne autant que dans sa mise en œuvre. C’est bien même la première de nos responsabilités que de ce faire. Si nous n’y parvenons pas, balayons devant notre porte. Il est bien facile de dire que les membres de la direction nationale phagocytent les débats, empêchent la libre expression des sensibilités, manœuvrent dans leur coin… C’est bien connu, l’enfer c’est les autres.

Je ne suis pas membre du Bureau national du PG mais j’en connais suffisamment de membres pour attester que les points de vue s’y opposent de manière parfois virulente. Les membres du BN, par ailleurs, ont charge, suite à notre vote, de faire vivre la ligne politique du Parti entre deux congrès. Ce ne sont pas, dans les départements où ils sont impliqués, des barons locaux. En Seine-Saint-Denis, la membre du bureau national qui siège au sein de notre coordination départementale se fait souvent chahuter, son mandat ne la protégeant de rien. Riva, puisque c’est elle dont il s’agit, nous fait profiter des débats et nous informe des propositions émises par l’exécutif politique du parti. Fort bien, nous les discutons tout le temps.

Reste la question de la ligne politique. Elle est et doit être questionnée en permanence mais aussi acceptée tant qu’elle n’est pas réécrite. Pourquoi doit-elle être questionnée ? Parce que c’est sain, parce que rien n’est intangible, parce que notre ligne n’est pas parole d’évangile. Bien sûr, 5 000 militants ayant participé à sa définition peuvent avoir tort. Donc, oui, discutons-la. Mais, respectons-la aussi parce qu’elle est notre règle de vie commune entre deux congrès. Et de congrès justement, il est question. Nous allons tenir le nôtre en mars 2013. Dès la rentrée donc, nous allons commencer à débattre, à travailler, à écrire notre feuille de route partagée pour les trois années à venir. Le tout en contribuant à faire grandir le Front de Gauche aux côtés de nos partenaires.

C’est donc étonnant que des camarades chargés de faire vivre la démocratie dans le Parti se plaignent qu’elle ne soit pas assez respectée et en tirent argument pour nous quitter… Il est assez drôle que des camarades qui questionnent avec raison la ligne du parti ne profitent pas de la période de congrès qui s’ouvre pour faire valoir leur voix légitime et s’en aillent avant. Je ne les accable pas, je constate. Bien sûr, comme toute organisation humaine, nous avons nos travers. Bien sûr, il y a chez nous des petits caciques avides de pouvoir dont il serait opportun de se débarrasser. Bien sûr, nous devons collectivement mieux faire.

Qu’on s’entende bien : chacun a ses motifs légitimes de mécontentement contre son parti. J’ai les miens, par exemple, que j’exprime dans les lieux adéquats et aux moments appropriés. Il y a des fois où je parviens à ce que mes désaccords n’en soient plus parce que le point de vue que je défends est pris en compte. Il y a souvent des fois où je me trouve battu ; le respect de la démocratie m’astreint à l’accepter. J’ai écho, dans des départements, que des petits chefs à plumes font et défont les règles à leur convenance : on saura les remettre à leur place. J’ai en tête que des camarades ont été malmenés sans vraie raison. C’est navrant. Cela dit, je ne céderai pas à la mode du moment et je ne quitterai pas le parti.

J’ai réussi à éviter mon propre gimmick : « Le Parti se renforce en s’épurant ».

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Bonus vidéo : New Order « Here To Stay (Felix Da Housecat remix) »