Plus de deux ans après le début de la guerre civile syrienne, l’imbroglio est total. Le régime dictatorial de Bachar Al-Assad et les rebelles armés par l’Arabie Saoudite ainsi que d’autres pétromonarchies se renvoient la responsabilité de l’usage du gaz sarin sur les populations civiles. Cette réalité pèse sur les opinions publiques qui rejettent massivement l’idée d’une intervention militaire même limitée à une « punition » du boucher Bachar. Pourtant, dans les chancelleries occidentales, c’est cette option qui tient la corde. Ou, plutôt, qui tenait. Sauf en France.

Armes chimiques en Syrie

Le résident de l’Elysée semble toujours décidé à utiliser les armes fabriquées par le tandem Lagardère-Dassault. Il affirme toujours qu’il ne demandera pas de vote au Parlement et trouve des alliés pour ce faire, parmi lesquels les héritiers autoproclamés de Jaurès. Ce lundi matin, sur Itélé, le président du groupe solférinien au Sénat, François Rebsamen, s’est employé à expliquer pourquoi -malgré les demandes croissantes des forces politiques, notamment de gauche– un vote des élus de la Nation n’est pas utile. On peut le comprendre. En Grande-Bretagne, le Premier ministre conservateur, bouillant va-t’en guerre s’il en est, a dû se présenter devant les élus. Il a été battu tant la Chambre des Communes a entendu le message de la rue. Ce qui permet à mon ami Alain de titrer : « Les Anglais ont de la chance d’avoir un Parlement ». Aux Etats-Unis même, le président Obama va présenter une motion devant le Congrès pour obtenir le feu vert à son projet de frappe.

Mais en France, non. Non, on va se la jouer malienne à nouveau. Et ce, malgré l’absence de preuves concluantes de la culpabilité du clan Assad dans les massacres à l’arme chimique. La protection des populations civiles est brandie pour culpabiliser les opposants à la guerre, parmi lesquels je figure. On se souvient que la dite « protection des civils » a été invoquée pour justifier l’intervention militaire en Libye. Puis, il s’est agi de faire tomber un autre régime dictatorial, lui aussi soutenu par la France quelques années plus tôt.

France Syria

Or, cela fait plus de deux ans que la guerre civile ensanglante la Syrie, un conflit sanctionné par quelque 100 000 morts. Ces deux années ont été marquées par la passivité totale de la diplomatie des pays devenus aujourd’hui des boutefeux. On m’arguera que la Russie et la Chine ont bloqué toute initiative en soutenant mordicus Bachar Al-Assad. Ce n’est pas faux. Mais il faut aussi admettre, en ce cas, que les doubles discours des puissances occidentales ont échaudé leurs concurrents orientaux. C’est ce que rappelle notamment Pascal Boniface, directeur de l’Institut de Relations internationales et stratégiques (IRIS) :

Si la Russie bloque la situation, c’est qu’en Libye nous avons changé l’objectif même de la mission en cours de route. Partis avec un feu vert tacite des Russes – puisqu’ils s’étaient abstenus sur le fait de protéger la population -, nous avons transformé la mission pour aller au changement de régime. Et les Syriens paient aujourd’hui le prix de ce qui s’est passé en Libye il y a deux ans.

La rébellion syrienne armée par l'Arabie Saoudite

Il faut aussi se rappeler que l’usage d’armes chimiques n’a jamais constitué une « ligne rouge » que ce soit pour la France ou pour les Etats-Unis. Patrick Apel-Muller, rédacteur en chef de l’Humanité, nous l’a remémoré dramatiquement :

On se souviendra utilement qu’en 1983, lorsque les troupes de Saddam Hussein ont utilisé les gaz toxiques contre les soldats iraniens, le gouvernement français qui comptait alors des ministres d’aujourd’hui est resté discret. Comme celui de 1988 qui réunissait des ténors de la droite n’a rien dit quand « Ali le Chimique » massacrait les Kurdes…

Djihadiste en Syrie

La question restera donc de savoir quoi faire pour lier les mains du boucher Al-Assad. Je fais partie de ceux qui pensent qu’à un problème politique, il n’y a de réponse que politique. Aujourd’hui, le clan Al-Assad a confisqué le pouvoir au profit de la minorité alaouite, qui pèse 12 % de la population syrienne. Pour ce faire, il a mis en place un régime de terreur en tous points comparables à ce qu’avaient fait Ben Ali en Tunisie ou Moubarak en Egypte. Dans ces deux pays, le soulèvement démocratique a suffi à renverser un régime honni. En Syrie, la contestation politique a muté rapidement, en raison de l’armement d’une partie de la rébellion par les pétromonarchies du Golfe, qui entendent faire de la Syrie un nouveau bastion pour leur islam wahhabite.

Guerre en Syrie pas en mon nom

Reste donc l’action politique intérieure et extérieure. Je rejoins donc la position de Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières :

Les recours, c’est utiliser l’ensemble des moyens non-militaires à notre disposition, étatiques et non-étatiques : embargo sur les armes, sanctions économiques, la CPI si c’est possible, les condamnations répétées. Et pour la société civile, l’éventail des manifestations, protestations, tribunes, pétitions, etc.

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Bonus militant : Signez la pétition Non à une intervention militaire de la France en Syrie.

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Bonus vidéo : Barrington Levy « No War (Feat. Kardinal Offishall) »

Spéciale dédicace au Tune In Crew.