Vous avez peut être fini par remarquer, à la longue, je suis loin d’être un intégriste question musiques. Aussi, je cède facilement à la tentation : j’avais très envie de voir le groupe indé à la mode en ce moment, les Black Keys. Sur album, avant le dernier en tous cas, j’ai goûté jusqu’à satiété le son sale, nerveux, mâtiné de blues du duo américain. La tournée de soutien à El Camino, leur septième album en date passant par le Zénith de Paris, était la bonne occasion pour aller vérifier leurs qualités sur scène.

Me voilà donc embarqué, ce mercredi 25 janvier, de retour de Besac où j’avais assisté au meeting de Mélenchon la veille, dans un nouveau bain de foule. Pas tout à fait la même, faut reconnaître. Coincé devant un Zénith sold out depuis des semaines, je côtoie plutôt la branchitude que les militants. Pas grave. Pas grave non plus de zapper la première partie qui ne me laisse aucun souvenir notable.

De toutes façons, je suis venu pour les Black Keys et j’assume. Sur touittère, Citizen Sam me sollicite pour le live tweet du concert, je vais tenter de lui donner satisfaction, d’autant plus que c’est mon carnet de notes pour préparer cette chronique. Ne croyez pas que cela me gène : je ne vais jamais voir un concert, ou si rarement, je vais la plupart du temps écouter un concert. Bref… D’entrée, « Howlin’ For You » : le son explose, entre guitares distordues et rythmiques en plomb, un solide fond de blues pour enrichir ce rock carré.

Le duo s’est enrichi d’un bassiste et d’un organiste, très présents tous deux. L’orgue évolue dans les ambiances psyché vintage avec des accents de farfisa de temps en temps, pour relever le côté boogie bayou. Un exercice d’autant plus aisé que l’essentiel de la set list est contenue dans les deux derniers albums en date : El Camino, déjà évoqué, et l’excellent Brothers qui a beaucoup contribué à la popularisation du duo. Pour autant, la colonne vertébrale des « clés noires » reste le couple guitare – batterie qui structure les chansons, leur insuffle ce groove bien noir, mieux adapté aux bars clandestins enfumés qu’aux grandes salles de concert moderne.

Il faut en convenir, les Black Keys sont la sensation du moment. Du coup, adieu les petites salles. Même si quelques farouches résistants s’acharnent à transformer le Zénith en autre chose, parfumant mon air ambiant d’effluves d’afghan. Grâce leur soit rendue, ils me font oublier ma hargne contre une assistance finalement bien statique. Ce n’est pourtant pas la faute du groupe qui, à défaut de charisme magnétique, occupe correctement la scène. Il n’y a que lorsque le chanteur s’essaie à ressembler à son homologue des Bee Gees (Everlasting Night) que je décroche. Mais je conçois que cela ne concerne que moi, au vu des réactions alentour.

Pour moi, les Black Keys reste ce groupe découvert au travers de leur avatar Blackroc, projet sur lequel ils ont invité de somptueux rappeurs pour coller à leur goût plus que prononcé pour les musiques black. J’en aurais pour mon plaisir deux approches, dans tout le concert. Assez pour ne rien regretter du tout.

Sans temps morts, ou presque (quelques changements de guitares), le show se déroule sans accroc jusqu’à une heure et quarante minutes, rappel inclus. C’est, sous les atours d’un son saturé et gentiment sale, très carré, très pro. Trop ? Ouais. Pour moi, en tous les cas. Mais je ne mégotte pas. Ces gars méritent le détour, ne serait-ce que pour rappeler que, malgré leurs ornementations pop, le rock vient bien du blues.

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Bonus vidéo : The Black Keys « Howlin’ For You » (live Zénith Paris, 25 janvier 2012)