Par Pierre

Au taulier, qui a fait passer ses intérêts de classe
devant ses intérêts personnels,

A Hervé, pour tout le temps passer à parler musique

 

Schlachthof, here I come

 

Aller à un concert des Hives, c’est un peu achever un projet resté en suspens pendant des années. Depuis la première rencontre avec les Suédois, un jour de collège, à l’écoute du Mouv’ ou de Ouï FM (paix à son âme). Les six compères venaient de sortir Tyrannosaurus Hives, et la radio diffusait Two-Timing Touch And Broken Bones, ce morceau qui pourrait être le manifeste de ce groupe garage-rock, si ce n’était pas déjà le cas d’une bonne partie de leur discographie. Ce style survitaminé et désinvolte. Dansons une dernière fois sur les ruines du monde, avant de remettre la même au morceau suivant.

L’auteur de ces lignes, le cousin chez les Germains, est caché dans ce public. Sauras-tu le retrouver ?

C’est donc non sans un soupçon d’excitation adolescente que je me dirigeai mardi vers la toute nouvelle halle du Schlachthof de Wiesbaden, ce centre culturel indépendant aménagé dans un ancien abattoir par une bande de jeunes que tout le monde ici prenait pour des fous il y a 18 ans, et qui vient donc de s’agrandir. Une salle qui a un rapport particulier au combo suédois : il s’agit de l’unique groupe à y avoir fait halte à chacune de ses tournées allemandes. Lors de leur premier passage, ils y ont joué pour une centaine de personnes. Nous serons 2 000 ce soir.

En garçon prudent, j’arrive une petite heure avant l’ouverture des portes. Las, le Schachthof n’est pas le Zénith de Nantes et il n’y a guère que le personnel de la salle pour être déjà arrivé, et commencer à mettre en place les barrières. Un détour par le 60/40 s’impose donc, le temps de prendre une bière et de patienter un peu. Quinze minutes avant l’ouverture des portes, nous sommes une vingtaine à faire la queue. Ce qui me permettra donc de me faufiler aisément au premier rang, ce qui n’est pas inutile connaissant les performances scéniques du groupe.

La première partie est assurée par The Bronx, groupe punk qui, comme son nom l’indique, est originaire de Los Angeles. Le gorille qui leur sert d’emblème annonce d’emblée la couleur : « The beat that kills ». Et en effet, le groupe nous sert une très bonne prestation, qui rappelle que les Américains savent faire du punk et pas uniquement de la soupe vendue par des groupes à numéros… Ils ont de l’énergie à revendre, que l’ingé son semble d’ailleurs avoir du mal à canaliser : la voix du chanteur est quelque peu étouffée par l’excellent duo batterie-guitare rythmique, mais peu importe, j’apprécie la musique. Les quelques Allemands plutôt jeunes qui m’entourent semblent moins bien goûter cette énergie brute. Derrière moi, une jeune adolescente au regard sceptique a sorti les bouchons d’oreille. Et à part quelques agités, pas de trace de pogo à l’horizon. La salle est d’ailleurs encore à moitié vide.

Les trois-quarts d’heure sont déjà écoulés, et on commence à préparer la scène, alors que la salle finit de se remplir. Deux techniciens habillés en ninja et arborant le blason des Hives débarquent alors sur scène. Ils ne la quitteront plus jusqu’à la fin du concert, à veiller sur les câbles, les pieds de micro, les gobelets en plastique ou l’approvisionnement en baguettes.

Les cinq lettres du groupe sont désormais suspendues au marionnettiste qui sert de toile de fond, les lumières s’éteignent, le batteur monte sur scène, costume à queue de pie et haut de forme. Et résonnent évidemment les premières mesures de Come On !, ce morceau qui semble avoir été écrit pour démarrer les concerts. Les 90 minutes qui suivent sont une débauche permanente d’énergie. Les grands succès du groupe sont entrecoupés de morceaux un peu plus « calmes » (tout est relatif) nous permettant quelque peu de souffler. Le public s’agite en tous sens, Howlin’ Pelle Almqvist est bien le showman tant décrit, qui court d’un bout à l’autre de la scène, monte sur les retours, les barrières, revient, et passe son temps à exiger de la foule plus d’applaudissements, sous des airs délicieusement prétentieux de jeune premier bien trop sûr de lui. Nicholaus n’est pas en reste, qui s’amuse à faire tourner sa guitare, et à enchaîner les mimiques mi-comiques mi-aguicheuses à destination des premiers rangs.

Avec tout ça, la section rythmique en paraîtrait presque timide, ce qui est pourtant loin d’être le cas. Si elle est moins extravagante, il est clair qu’elle prend un énorme plaisir à échanger avec le public, même Chris Dangerous situé plus en retrait, qui passe son temps à se lever pour jeter ses baguettes dans la salle.

Les morceaux s’enchaînent, articulés par les transitions de HPA, qui sont évidemment toujours prétexte à se plaindre de ne pas être assez applaudis. On arrive peu à peu à la fin du set. Pelle annonce qu’il s’agissait de la dernière chanson, déclenchant la colère du public. Sa réponse : « Gimme some hate! Insult me ! » Et d’applaudir au premier qui lance son gobelet de bière vide. La scène est donc désormais jonchée de gobelets, et le groupe entame Patrolling Days, avant de quitter la scène.

Le rappel est ensuite l’occasion pour HPA de revenir sur la relation du groupe au Schlachthof . Et de rappeler cette vérité : la nouvelle salle a été bâtie au-dessus des sous-vêtements portés par le groupe lors de leur dernier passage ici, pour la tournée qui suivait le Black and White Album. Pelle déclare donc la nouvelle salle ouverte et demande au public s’il est prêt à la faire exploser. Prétexte évident pour lancer un Tick Tick Boom décompté en chœur par le public. Le break est d’ailleurs l’occasion de la dernière extravagance de HPA : faire s’asseoir les 2000 personnes de la salle. Le concert est désormais fini, et après une dernière distribution de baguettes et de médiators, il est temps de rentrer, trempé et fatigué mais heureux.

On aura beau ne pas avoir entendu Hate To Say I Told You So, ne pas avoir vu Randy Fitzsimmons, et penser ce qu’on veut de Lex Hives, on est désormais certain d’une chose : les Suédois n’ont pas usurpé leur réputation de groupe scénique à ne pas rater, capable de sublimer n’importe laquelle de leurs chansons en live, et de faire faire à peu près n’importe quoi à son public dans une grand-messe survoltée et délirante.

 

Bonus fanboy :

La setlist de The Bronx

Ribcage
            Shitty Future
            Unholy Hand
            Knife Man
            Under The Rabbit
            Along For The Ride
            Too Many Devils
            False Alarm
            Youth Wasted
            Heart Attack
            Torches
            Valley Heat
            Historys

 

La setlist des Hives

Come On !
Try It Again
Take Back the Toys
1000 Answers
Main Offender
Walk Idiot Walk
My Time is Coming
No Pun Intended
Wait a Minute
Die, All Right !
I Want More
Won’t Be Long
Hate to Say I Told You So
Abra Cadaver
Patrolling Days

Rappel :
Go Right Ahead
Insane
Tick Tick Boom

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Bonus GEMA : The Hives “Wait A Minute (Live im Schlachthof Wiesbaden, 2012)”