Ce jeudi 26 avril, j’en ai plein les pattes. Mes genoux me font un mal de chien, j’ai le dos en vrac et mon humeur ferait d’un chat mouillé un modèle de compagnon. Ça s’appelle la vie. Dans ma poche, j’ai le ticket : The Rapture, à l’Olympia s’il vous plaît. Alors, je me force, je me traine, j’y vais. Advienne que pourra.

Je passe sur Citizens !, première partie correcte que j’écoute d’une oreille distraite. Je suis encore trop dans ma journée pour leur prêter l’attention qu’ils méritent. Y aura séance de rattrapage le 7 juin au Point éphémère. Si je suis dans la salle, tout de même, la grande majorité du public, elle, est agglutinée autour du bar, sur les escaliers devant les portes pourtant ouvertes. Ça sent bon la réunion de fans des Rapture. Le combo new yorkais est chiche de ses apparitions, ceci explique sûrement cela. Pourtant, ce sont tout sauf des nouveaux venus. Le premier de leurs quatre albums parus à ce jour, Mirror, est sorti en 1998. Mais c’est bien Echoes¸ en 2003, qui va les faire exploser. Et me les faire connaître, de mémoire grâce à la radio Le Mouv dont on ne dira jamais assez de bien.

21h14. Les premiers accords de In The Grace Of Your Love¸ titre phare de l’album support à cette tournée, explosent dans une Olympia comble. Le public frappe dans les mains, chante les refrains. La communion est immédiate. Il n’y a pas – il n’y aura jamais – de temps morts. La basse, séminale, bourdonne son rythme funk par-dessus une batterie énorme. Si vous ne le savez pas encore, The Rapture c’est en quelque sorte l’enfant prodige né de l’union entre Talking Heads, Gang Of Four et Coldcut. Rien moins. Au début donc était la basse, jouée en slap pour les connaisseurs. Impressionnante de maîtrise et de groove. The Rapture c’est d’abord ce putain de groove qui te tape dans le ventre avant de – lentement – descendre le long de ta colonne vertébrale pour faire bouger ton cul.

Ce qu’il m’arrive au quatrième titre : Gonna Get Myself Into It. Entre funk froid et punk black, plus moyen de résister. C’est bon. Les rythmiques sont dantesques. La salle en fusion. Pas rien d’arriver à faire danser sur ses riffs de guitare qui se font autant des stries déchirant un ensemble de nappes et de beats enveloppant. Mais ça marche, bordel ! Encore plus quand le funk des années 80 et ses claviers solaires repartent à l’assaut. Une à une, les derrières barrières tombent. Les quatre Rapture nous entraînent dans leur sillage, rien ne vient détourner l’attention. Le jeu de scène est minimaliste ; le décor absent, à peine quelques roses vaguement blanches projetées sur le rideau noir. Laisse la musique s’emparer de toi. Plonge dedans comme je le fais.

Il n’y a plus dans le public qu’une masse unie sur House Of Jealous Lovers agressif avec sa guitare glacée sur une basse – toujours elle – plus bourdonnante que jamais. Ses boucles lancées, le clavier se concentre sur ses percussions qui aèrent l’un des tubes du quatuor. Sur le dancefloor qu’est devenu l’Olympia, nous sommes retournés. Même les petites pépètes en tenue recherchée se déhanchent sans plus faire attention aux regards qui se posent sur elles au hasard des mouvements de tête.

Et là, c’est mon moment à moi ami lecteur. Celui auquel je pourrais volontiers consacrer une note de blog entière. C’est Olio. Normalement, je pourrais aussi me contenter de dire ça et tu aurais compris. Je ne vais pas me priver de mon plaisir. Dès les premières notes de synthé, on a compris. Ça va être puissant. Ce sera tout en boucles, nappes, touches électroniques. Le chant est devenu plus encore un son parmi d’autres, en harmonie avec ses scansions électroniques entêtantes. Nous sommes au cœur de la transe. La basse électronique est à la limite de la rupture pendant des stridences donnent des accents mélancoliques à l’ensemble. Olio s’étire, le chanteur se barre en coulisses¸ les claviers et boîtes à rythmes achèvent le rituel chamanique. Je peux mourir. Mais, les New-Yorkais ne veulent pas ! Ca enchaîne cash avec Children, espèce de faux tango porté par des claviers accordéons. Hystérie merveilleuse dans et devant la scène.

Encore deux titres et le tubesque Echoes, hymne par essence de The Rapture, vient clore la premier chapitre de ce concert. Cinq minutes plus tard, le rappel. How Deep Is Your Love est joyeusement déconstruit, réarrangé en direct, avec ce saxo saturé à l’extrême qui déchire la base superbement dance donnée au titre. La bande des quatre martèle ses rythmes, concasse les boucles, fait vrombir la basse. Le public n’en peut plus de bouger en tous sens, hurlant les refrains à l’unisson. C’est juste énorme.

Et c’est juste la fin. Goût de pas assez dans la bouche. Mais j’ai retrouvé le sourire.

Le site web de The Rapture

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Bonus vidéo : The Rapture « Miss You » (live @ l’Olympia, Paris, 26 avril 2012