Le petit oiseau bleu qui gazouille – twitter – serait-il en train de virer au brun ? Les événements de ces derniers jours pourraient le laisser penser. Depuis samedi, lorsqu’elle a commencé à tweeter en direct la manifestation organisée contre les Universités d’été du F-Haine, Julie Del Papa a été victime d’un déferlement de haine : menaces physiques, appels au viol… Notre camarade Sophia Hocini, qui n’est pas membre du PG, a subi des attaques racistes lorsqu’elle est venue soutenir Julie. Le tout sans que Twitter ne lève le petit doigt. Après que les blogs 6.0 aient révélé l’affaire, la presse a fini par s’en faire l’écho.

Twitter Julie Del Papa dans l'Huma

Certes, la firme née outre-Atlantique a toujours défendu la liberté d’expression au nom du 1er Amendement de la constitution américaine. Mais, suite à son formidable développement à l’international, Twitter a dû s’adapter aux lois en vigueur dans les autres pays où le réseau social s’implante. Depuis 2012, les tweets ne sont visibles que dans les pays où ils sont jugés conformes aux limites de la liberté d’expression. Les utilisateurs français ne devraient donc plus avoir accès aux tweets niant le génocide arménien, la contestation de son existence étant désormais sanctionnée. Mais ces messages resteront publics aux États-Unis.

Les appels au viol sur Internet relèvent de la loi. Ce sont des faits délictueux visés par l’article 24 de la Loi sur la Liberté de la Presse qui punit de « cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui (…) auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n’aurait pas été suivie d’effet, à commettre l’une des infractions suivantes : les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l’intégrité de la personne et les agressions sexuelles définies par le livre II du code pénal ». Pour l’heure, les tweets incriminés n’ont disparu que parce que leurs auteurs les ont volontairement supprimés pour tenter de se soustraire à d’éventuelles poursuites.

Menaces sur Julie Del Papa et Sophia Hocini

Twitter est encore plus passif lorsque ses services sont saisis pour une atteinte manifeste à la vie privée avec volonté manifeste de nuire. C’est le cas avec la diffusion des coordonnées postales et téléphoniques personnelles d’un militant, moi en l’occurrence. Après avoir pris connaissance des faits, j’ai signalé le tweet litigieux au support de la firme, qui m’a répondu avec son formulaire habituel. Auquel j’ai à mon tour répondu de manière plus circonstanciée. En l’absence de réponse, j’ai renvoyé un courriel avec une capture d’écran, de manière à expliciter ma demande de retrait. Sans nouvelles ce matin.

mail pour twitter

Le cas de Julie Del Papa est révélateur de l’utilisation croissante de réseaux sociaux, pour faire prospérer les discours racistes et violents. A l’évidence, la fachosphère est organisée sur les réseaux sociaux bien plus que la « gauchosphère », laquelle n’utilise ces outils pour se foutre sur la gueule au vu et au su de tout le monde. Mais là n’est pas la question. La question du moment est le sentiment d’impunité dont bénéficient les fachos cachés derrière leurs écrans, sentiment que l’attitude de Twitter entretient. Reste à savoir si c’est à dessein ou non.

D’aucuns me rétorqueront que, vu qu’il y a risque et que nous le savons depuis longtemps, il faut juste ne pas être présent sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas le souci. Nous vivons dans un pays où il y a des lois précises et qu’il faut faire appliquer, partout et tout le temps. Pour l’heure, Twitter se protège en arguant qu’il respecte et met en œuvre les décisions de justice et supprime les tweets litigieux sur demande des autorités judiciaires. Chacun gagnerait à ce que, comme sur bien d’autres sites et réseaux sociaux, Twitter supprime les publications manifestement illégales et suspende les comptes qui sont en infraction manifeste et répétée à la loi.

El connardo 19 sept 2013

Ou alors, c’est que le réseau social ferme, de manière consciente et bienveillante, les yeux sur les méthodes de l’extrême-droite. Cela nécessitera une réponse politique à la hauteur.

————————–

Bonus vidéo : Collectif Mary Read « Obscures hantises »