La nouvelle est tombée dans le ciel déjà bien agité d’un Parti socialiste aux abois. « Le 6 décembre dans les Etats généraux nous ferons notre Bad Godesberg idéologique », a déclaré, dimanche 23 novembre, son Premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis. Il confirme, par là, ce que l’on pressentait dans Regards, dernièrement : le congrès annoncé pour juin 2015 ne portera pas sur le fond, puisque les Etats-généraux s’en chargent. Par ailleurs, le député de Paris annonce la couleur : il entend mener la clarification, réclamée par les « frondeurs », mais à sa manière. En rompant définitivement avec ce qu’il reste d’affichage de transformation sociale au sein du PS. La référence à Bad Godesberg est claire, à qui maîtrise son histoire politique. C’est lors de ce congrès, tenu en 1959, que le Parti social-démocrate allemand a rompu avec le marxisme.

tweet Camdadélis

De fait, l’ambition de Cambadélis, et de ses mandats tant à l’Elysée qu’à Matignon, est de clore l’involution idéologique du Parti socialiste. La conclusion des Etats-généraux, le 6 décembre prochain, va parachever un changement politique de la nature du PS, entamé pour d’aucuns en 1983, lors du « tournant de la rigueur ». En effet, et contrairement au SPD allemand, le PS français a fait le choix des renoncements successifs dont l’abandon de la revendication d’une retraite à 60 ans pour tous a constitué, selon moi, le dernier cap. C’est donc une sorte de Bad Godesberg par étapes, qui autorise l’Accord national interprofessionnel, le Pacte de responsabilité mais aussi l’annonce d’un possible retour sur les 35 heures. Par petites touches, pas toujours de manière claire, le PS a toiletté son programme, son discours, jusqu’à permettre à François Hollande de nommer Valls à Matignon.

Bref, Jean-Christophe Cambadélis annonce la fin de la mue « démocrate » du Parti socialiste. Une mue qui va mettre la rue de Solférino dans le même moule que le Parti démocrate italien, le SPD allemand, le Labour Party britannique… Ce dernier a fini de tomber le masque en affirmant, nous l’évoquions ici, sa rupture avec les syndicats. Le scénario que dessine l’actuel premier secrétaire du PS correspond à l’une des trois hypothèses évoquées par Liêm Hoang-Ngoc et Philippe Marlière dans leur Manifeste des socialistes affligés, La gauche ne doit pas mourir. Des trois scénarios, c’est le plus noir puisqu’il porte en lui une rupture insurmontable au sein de la gauche provoqué par la quête d’une alliance au centre pour le PS post Etats-Généraux.

Qui demandera la main du PS

Loin d’être une construction intellectuelle d’universitaire, le possible évoqué par Philippe Marlière s’appuie sur des déclarations claires. Ainsi, dans une interview accordée récemment au Nouvel Obs, Manuel Valls a défendu l’idée d’une gauche « pragmatique, réformiste et républicaine », mais sans utiliser le qualificatif « socialiste ». A cette occasion, il a proposé de « bâtir une maison commune » de « toutes les forces progressistes » et s’est dit également  ouvert à un changement de nom du Parti socialiste, une idée déjà portée en 2007 et 2011. Même le très loyal Cambadélis avait dû réagir : « Si je suis favorable à changer la carte d’identité du Parti socialiste, je ne suis pas favorable au changement de nationalité ».

Mais Manuel Valls n’est pas le seul à vouloir tendre la main au centre-droit, dans un scénario à l’italienne qui voit le chrétien-démocrate Mateo Renzi diriger le parti démocrate fondé sur les cendres du Parti communiste italien. Ainsi, Jean-Marie Le Guen avance : « Les gaullistes, les centristes ont leur place aux côtés des socialistes et des écologistes pour construire une maison commune de la République et faire évoluer la France. » Ces évolutions se basent aujourd’hui sur la pratique gouvernementale. C’est ce que relève la sénatrice de Paris Marie-Noëlle Lienemann : « Le nouveau discours de François Hollande rend possible un rapprochement avec le centre. La preuve, François Bayrou a été le premier à l’applaudir ».

PS Modem

Reste, pour rendre l’alliance avec le centre possible, à définir le projet politique, ce qui est du ressort du Parti socialiste. En annonçant son « Bad Godesberg idéologique », Jean-Christophe Cambadélis ouvre la porte. Et le bien informé Juan, dans ses Coulisses, peut constater sérieusement : « Cela (l’alliance PS-centristes) calmerait peut être nos critiques. Nous serions sortis de l’hypocrisie, des débats sans fin sur la gauchitude des uns, la trahison des autres. Cette alliance aurait le mérite de la cohérence. Elle précipiterait certains à sortir de leur double jeu. »

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Bonus vidéo : Humannequin « Let’s Make It Clear »