On en apprend de bonnes dans les cérémonies de vœux. Comme vous ne le savez pas, sûrement, j’étais, mardi 10 janvier au soir, invité à celle du groupe des élus communistes et du Parti de gauche au conseil de Paris. Comme j’y ai quelques amis, je me suis décidé à m’y rendre. Petits fours, perrier, tout ça… Les discussions avec les camarades. Jusqu’au discours d’Ian Brossat, mon voisin de président de groupe. Qui m’en apprend une belle.

souriez, vous êtes filmés

Vous n’êtes pas sans savoir que 7 camarades communistes ont été interpellés dimanche 8 janvier au matin rue Rambuteau dans le 4e arrondissement de Paris. Ils vendaient l’Huma dimanche, ce que les policiers ont qualifié de « trouble à l’ordre public ». Mais ce que vous ne savez peut être pas, c’est que, « selon les policiers ayant procédé à l’interpellation », me dit Ian Brossat, l’intervention des soit disant « forces de l’ordre » s’est produite suite à un signalement par vidéo-surveillance.

La capitale comptera 11 000 caméras au mois de juin 2012. En décembre dernier, le Premier ministre s’est déplacé pour inaugurer la mise en place des 200 premières de la nouvelle série, qui en compte mille. Montant de cet investissement : 82 millions d’euros pour l’Etat, 5 millions pour la ville de Paris. On comprend mieux, après l’interpellation de nos camarades, à quoi servent vraiment ces outils de vidéo-surveillance.

Parce que, pour ce qui est de lutter contre la délinquance, les caméras ne servent pas à grand chose. « On » dit que, dernièrement, un violeur a été arrêté « grâce à » ce dispositif. « On » raconte encore que l’agresseur d’une femme, victime de viol dans un train, a pu être confondu grâce aux enregistrements du dispositif vidéo embarqué dans le RER. Dit-on que le viol aurait pu, dans ce dernier cas, être prévenu si les wagons voyaient encore passer des contrôleurs ou agents de train régulièrement et à toute heure ? L’objectif, en matière de délinquance, est-il la prévention des crimes ou leur punition ?

Dessin de Manu

Les études publiées sur le sujet, vous en trouverez deux à la fin de cette note, mettent en avant la très faible évaluation des dispositifs de vidéo-surveillance. Pour ce que j’ai eu à connaître du sujet, pour être confronté à cette question en matière professionnelle, il apparaît que l’impact, y compris en termes d’élucidation des affaires, est pratiquement nul dans l’espace public. Il est un peu supérieur dans les espaces fermés : parkings souterrains par exemple. Mais, pour un coût extrêmement élevé pour les finances publiques et dont les premiers, et quasi uniques, bénéficiaires sont les opérateurs de vidéo-surveillance privés. 87 millions d’euros d’investissements pour mille caméras à Paris… C’est pas mal comme cadeau de noël pour l’attributaire du marché public, vous ne trouvez pas ?

La droite a beau tenter de faire passer l’idée qu’il s’agit de « vidéo-protection » plus que de vidéo-surveillance, on est loin du compte. D’autant que le changement de modes de comportement parmi les jeunes délinquants, cible régulièrement mise en avant par les ministres successifs de l’Intérieur, rendent les caméras inopérantes. Et pour cause : ils se filment eux mêmes quand il s’agit de violence à la personne, secteur de la criminalité qui ne cesse d’augmenter. Il n’est qu’à chercher sur les sites communautaires, ou les réseaux sociaux, pour voir que les « petites frappes » se filment en action avant de se mettre en ligne.

George Orwell - 1984
Un peu en retard mais on y est

Qu’on arrête de nous prendre pour des animaux, l’objectif de big brother est ailleurs. Il s’agit bien d’un instrument de surveillance sociale comme nous le rappelle l’interpellation de nos amis dimanche dernier.

Pour en savoir plus, deux documents à télécharger :

Rapport public thématique sur la sécurité publique Cour des comptes

rapport sur l’efficacité de la vidéoprotection – ministère de l’Intérieur juillet 2009

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Bonus vidéo : Rockwell « Somebody’s watching me » (Extended version 1983)