Demain c’est la fête des travailleurs. Oh, je sais bien que dans la nomenclature officielle on dit « fête du travail ». Mais je préfère rappeler que le travail est toujours produit par des personnes avec des noms, des visages, des adresses et que le fruit d’icelui est spolié par d’autres, moins nombreuses, mais qui ont aussi noms, visages et adresses. Ce matin, le 30 avril, les premiers ont pour nom Lionel, le visage de celui qui perdra son emploi fin juin et Avignon comme adresse. Les seconds ont pour nom Arnaud Lagardère, le visage du financier repu de bénéfices et l’adresse : le siège d’Hachette à Paris. Bref, j’étais avec les salariés de Virgin Megastore.

Manifestation des salariés de Virgin Megastore

Des salariés en plein désarroi à l’image de Lionel. S’il est venu du Vaucluse, il sourit en voyant ses collègues de Rouen et d’ailleurs. Les 26 magasins de l’enseigne rouge et blanche sont une nouvelle fois représentés, fournissant le gros des 200 personnes qui se rassemblent devant le site des Champs-Elysées. Ils se sentent un peu abandonnés alors que le plan social ne prévoit que le strict minimum légal. Pour Lionel, 13 ans d’ancienneté : « deux mois de salaire, autrement dit rien. Et vous imaginez pour celles et ceux qui n’ont que 5 ans d’ancienneté ? » Le ton est ferme, on sent poindre une tension.

On évoque les possibles repreneurs. Lionel coupe, direct : « Il n’y a pas DES mais une seule proposition de reprise ». Bref, il y a Rougier & Plé, le groupe propriétaire de Graphigro, entre autres, qui propose de reprendre 11 magasins sur 26 et offre, royal au bar, 285 postes de travail aux 1 016 salariés de Virgin Megastore. La Fnac et Cultura se sont rués sur la dataroom où ils ont eu accès à tous les chiffres clés de la chaîne de distribution culturelle et jusqu’aux plans des magasins. Puis, ils sont repartis. Reste Rougier & Plé qui met, impérial, 1,2 millions d’euros sur la table pour, selon Lionel, reprendre « le stock évalué à 30 millions, les 26 magasins dont il n’en conservera qu’onze, le matériel, les meubles… ». Bref, selon ses estimations, Lionel vaut 250 euros.

Manifestation des salariés de Virgin Megastore

Du coup, pour les salariés, pas question d’accepter cette reprise, d’autant que nul ne sait quelle est la nature des 285 postes promis : temps pleins, temps partiels ? Reste un plan social digne de ce nom. Et les 200 présents sont bien décidés à obtenir de Butler Partner Capital, le fonds de placement propriétaire de Virgin Megastore, un bonus. Et, pour faire bon poids, il vont aller sonner les cloches d’Arnaud Lagardère, actionnaire minoritaire après avoir vendu ses parts à… Butler.

Dans le cortège, j’entends parler d’un rendez-vous avec Anne Hidalgo… Je cherche autour de moi, pas de politiques. Ah, si ! Il y a une délégation du Front des luttes du Parti de gauche, menée par mon amie Laurence Sauvage et mon pote Philippe Juraver. Comme je suis là pour Regards.fr, j’interviewe Laurence pour de vrai, qui a un peu de mal avec ma nouvelle casquette.

Laurence Sauvage, du Front des luttes (au centre avec la veste en jean)
Laurence Sauvage, du Front des luttes (au centre avec la veste en jean)

« Moi : alors Laurence, pourquoi es-tu là aujourd’hui ?
Laurence :
En soutien aux salariés en lutte évidemment. Le PSE est juste inacceptable, nous sommes là pour mettre la pression. Virgin fait le minimum patronal en profitant de l’attitude du gouvernement. Les syndicats de Virgin s’y sont adressés sans aucune réponse. C’est inacceptable. Il y a mille emplois en jeu.

Moi : Comment réagis-tu ce matin, aux côtés des Virgin, après la prestation de Hollande hier avec les « entrepreneurs » ?
Laurence (elle me regarde avec des grands yeux) :
Tu as vu ça ? C’est… C’est honteux ! Ils font rentrer l’entreprise à l’école dès le collège ! C’est une proposition de Nicolas Sarkozy au départ. C’est hallucinant !

Manifestation des salariés de Virgin Megastore

(Elle fait une pause et reprend 🙂
On n’attendait rien de cette gauche-là et elle a réussi à nous décevoir quand même. »

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Bonus vidéo : Jamaoby « Alerte »