C’est fait. La Grèce a voté et les résultats sont clairs : près des deux tiers des votants ont refusé le chantage exercé par la troïka : Fonds monétaire international, Banque centrale européenne et Union européenne. Jean-Claude Juncker et Angela Merkel en sont pour leurs frais. Pour autant, ce choix politique doit encore être respecté pour ce qu’il est : un refus de l’austérité dans le cadre européen. Cela nécessite, au premier chef, que les dirigeants de la zone euro changent de braquet. Et là, ce n’est pas gagné. La première échéance est fixée ce lundi 6 juillet avec la réunion de la Banque centrale européenne.

Tsipras vote lors du référendum

Dès l’annonce des résultats, ce 5 juillet au soir, Alexis Tsipras, premier ministre grec, a rappelé la signification qu’il entend donner au vote des Grecs  :

Je suis confiant que demain, nous allons frayer un chemin à tous les peuples de l’Europe.
Un chemin de retour aux valeurs fondatrices de la démocratie et de la solidarité en Europe, en envoyant un message fort de notre volonté non seulement de rester dans l’Europe
mais d’y vivre avec dignité. De prospérer, de travailler d’égaux à égaux.
Faisons donc de cet acte de volonté, de cet acte festif de la démocratie, un acte décisif
vers un avenir meilleur pour nous tous en Grèce et en Europe.

Pour la coalition de gauche au pouvoir à Athènes, nulle question de quitter l’Europe. En guise d’apaisement, le ministre grec de l’Economie Yánis Varoufákis a démissionné dans la nuit. Sa présence n’étant plus souhaitée par certains partenaires aux réunions de l’Eurogroupe, il a donc préféré s’en aller avec dignité afin de ne pas gêner son Premier ministre dans les négociations à venir.

Yanis Varoufakis a donné sa démission

Mais, pour l’Eurogroupe, cet embryon de gouvernement européen, et pour les tenants de l’austérité, il n’en va pas de même. Jean-Claude Juncker avait prévenu : « Il ne peut y avoir de choix démocratiques contre les traités européens ». Et, dès les résultats connus, le vice-chancelier social-démocrate allemand, Sigmar Gabriel, par ailleurs ministre de l’Économie, a déjà déclaré que « les derniers ponts » entre la Grèce et l’Europe sont coupés. De là à imaginer que l’Eurogroupe veuille pousser la Grèce hors de l’Europe, pour éviter un précédent fâcheux, il n’y a qu’un pas. L’intransigeance du gouvernement allemand, pour l’heure, a déroulé son mépris aux allures de rouleau-compresseur pour imposer sa propre conception de l’Europe.

Dans ce cadre, Alexis Feertchack a bien raison de rappeler :

Le référendum n’est pas une victoire à la Pyrrhus pour les Grecs.
Au contraire, il a la vertu de mettre en lumière les agissements économiquement violents
et politiquement douteux de l’union économique et monétaire, la zone euro,
telle qu’elle fonctionne aujourd’hui.

Les apprentis sorciers de l'Eurogroupe veulent pousser Athènes vers le Grexit.
Les apprentis sorciers de l’Eurogroupe veulent pousser Athènes vers le Grexit.

Dans cette nouvelle partie qui s’engage, la Grèce aura besoin d’alliés. Elle en a déjà avec le gouvernement régional écossais, dont la Première ministre, Nicola Sturgeon, a demandé un « allègement de la dette » d’Athènes. La présidente argentine, comme nombre de ses collègues latino-américains, n’a pas ménagé son soutien au gouvernement Tsipras. Plus étonnants sont les mots de Barack Obama, même si ce dernier n’est pas totalement dénué d’arrière-pensées. Le président américain peut légitimement craindre que la Grèce, poussée hors de l’euro, ne se jette dans les bras des BRICS, en particulier de la Russie et de la Chine.

Mais c’est surtout des Européens dont le berceau de la démocratie aura besoin. Comme le souligne l’ami Kevin Victoire dans Le Comptoir : « La gauche radicale européenne a pour devoir de faire preuve de solidarité, pas qu’en parole, mais en acte, avec les Grecs. » Mais pas uniquement cette gauche-là, dont le soutien semble naturel. Tout autant pèsent les actes des élus et dirigeants de gauche plus modérés qui pourraient, demain, être au pouvoir dans leurs pays respectifs. C’est pourquoi il faut saluer, ce lundi 6 juillet, le meeting organisé par le comité pour la solidarité avec la Grèce. Devraient y prendre la parole Frances O’Grady, secrétaire de la confédération des Trade Unions ; Jeremy Corbyn, Membre du parlement pour Islington-North et candidat de la gauche au leadership du Labour ; Diane Abbot, MP travailliste de Londres… De Grande-Bretagne encore est parti une initiative citoyenne de crowdfunding pour financer le sauvetage de la Grèce. En huit jours, elle a rassemblé près de 2 millions d’euros…

Cancel Greek Debt

Aussi protéiformes qu’elles soient, ces initiatives contribuent à créer un rempart autour de la Grèce pour empêcher les intégristes de l’austérité d’exclure nos amis de l’Europe. Elles sont plus qu’un combat défensif, elles contribuent à créer, enfin, l’Europe politique à laquelle les partis au pouvoir et les gouvernements ont été incapables de donner vie. Mais une Europe qui est aussi bien fragile aux yeux des peuples qui la composent.

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Bonus vidéo : Is Tropical « The Greeks »