Drôle de jour que ce mercredi 10 octobre. La gauche est coupée en deux, nettement. Je n’en dirais pas plus, je consacre mon édito de demain sur Médiavox à la question. En effet, j’assume une chronique hebdomadaire ès qualité de blogueur de la gauche radicale sur ce nouveau média. Je ne parlerai pas plus de la pantalonnade du parti dit « sérieux » hier, sur les bancs de l’Assemblée. Ils ont voté avec la droite le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance en Europe (TSCG), s’avalant par là la « règle d’or ». Autant dire qu’ils n’ont plus rien à faire les députés ou si peu. Vu que le budget devra passer sous les fourches caudines de la Commission européenne, l’acte politique le plus important échappera désormais à la représentation démocratiquement élue. Je n’irai pas plus loin sur le sujet, mes amis du Front des blogs ont largement évoqué cette question dès hier soir. Je m’en vais plutôt parler de choses qui me donnent espoir.

Sur le point fixe du PG

Hier, nous étions 90 000 dans les rues de huit villes de France. J’étais en grève moi même. J’ai retrouvé les camarades dès 13 heures, place Denfert-Rocheraut à Paris, sur le point fixe du Parti de Gauche, à proximité immédiate du point de rencontre de mes amis communistes. Ce moment, c’est toujours chouette. On se retrouve entre nous, on se donne des nouvelles, on échange sur la situation politique. A titre personnel, je retrouve Pierre, qui pourrait vraiment être mon cousin alsacien, expatrié en Allemagne pas pour frauder le fisc mais pour suivre un master en physique. Il y a l’ami quasi voisin du 18e Benoît à la lecture duquel vous commencez à vous habituer. Ensemble, on papote syndicalisme, musique, politique. La vie quoi.

On lâche nos discussions quand – en tête du cortège syndical – les camarades d’ArcelorMittal Florange déboule sur la place. Sacré moment d’émotion que de voir ces fiers métallos, floués par les déclarations gouvernementales, massacrés par les exigences de rentabilité à court terme de la multinationale qui les a rachetés. Ils sont là, drapeaux claquant au vent ; banderole en avant ; la tête haute, le poing levé ; cent gorges qui hurlent l’amour de leur travail, de leur usine, de leur région. Je pense à ma mère, née pas loin, dans le bassin houiller à Mont-Saint-Martin. Les manifestants se suivent et s’égrène la litanie des plans sociaux en cours : PSA, Ford, Fralib, Doux, Sodimédical et tant d’autres qu’il nous est incapable de les citer tous de mémoire.

Les minutes passent, les demies-heures aussi avant que je ne retrouve mes camarades des communaux CGT de Montreuil. J’ai été militant de ce syndicat ; ma tradition, depuis que j’ai été lourdé de la mairie par l’amère – « Le contrat de Nathanaël Uhl ne sera pas renouvelé, c’est une décision politique, au revoir (sic) » (Bruno Saunier mai 2008) -, est de commencer chaque manif sur le point fixe du Parti de Gauche et de la finir avec les Montreuillois. Au fil des ans, la part des expatriés de Montreuil a grossi. C’est ainsi. A ce stade, vous allez peut être vous demander pourquoi des agents des collectivités territoriales se joignent à une manifestation pour l’emploi et l’industrie. Ce serait bien, d’ailleurs.

C’est que notre boulot à nous, « fonctionnaires » (avec le ton bien méprisant qui va bien), est intimement lié à notre environnement économique et social. Plus il y a de l’activité, plus il y a d’emplois, plus il y a d’impôt qui rentrent dans les caisses et cela nous donne les moyens de mettre en œuvre les politiques publiques que les élus ont reçu mandat d’impulser. Plus il y a de chômage, moins il y a d’argent dans les caisses et plus il y a de besoins à satisfaire. Les premières aides sociales que viennent demander ceux qui en ont besoin, c’est à la mairie qu’ils viennent les trouver. Je vous laisse imaginer le boulot des collègues territoriaux qui bossent dans les comités communaux d’action sociale genre à Roubaix, Villetaneuse, Hénin-Beaumont, Vitrolles, Grigny… Avec des moyens toujours en baisse. Entre un gouvernement qui vient d’entériner le gel des dotations aux collectivités pour la 3e année consécutive et un TSCG qui va étrangler les dites collectivités encore plus qu’avant. Merci la droite.

Voilà donc, en très bref résumé, pourquoi nous autres territoriaux sommes aussi dans la rue. Je tape le bout de gras avec les anciens collègues. On prend des nouvelles les uns des autres. Une telle a réussi son concours de rédacteur. Tel autre me demande ce que fout le Front de Gauche à Montreuil. Les discussions sont vives. Il y a de quoi. Autour de nous, les slogans filent dans les airs. Nous sommes 30 000 à Paris. A l’appel de la seule CGT. En arrivant à Montparnasse, les sourires s’affichent, crânes, insolents. On l’a fait. Même Fox France est obligée de reconnaître que nous avons réussi notre pari. Il y a de fortes probabilités qu’on retrouve la rue d’ici la fin de l’année, comme les Espagnols, les Portugais, les Grecs… comme toutes les victimes de l’austérité.

Après une pause en terrasse, on rentre vite chez soi. Ou presque. Le lendemain, ce mercredi, on retourne bosser. Et manifester, encore ! Ce soir, à 18 heures, nous serons devant le Sénat pour redire, après le 30 septembre, qu’on en veut pas de leur TSCG !

Christian Piquet (GU), Alexis Corbière (PG), Marie-Pierre Vieu (PCF) : le FDG est à sa place

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Bonus vidéo : Interpol « Barricade »