« – Bonjour. Moi, c’est Michel, traminot, syndiqué.

– Moi c’est Maryse, bonjour. J’ai adhéré au soir du 2e tour quand j’ai entendu le discours de Marine Le Pen.

– Bonjour, je suis doctorant. J’habite Montreuil depuis un an. J’ai vu la campagne du Front de Gauche. Je voulais m’impliquer depuis quelques temps, maintenant c’est fait.

– Bonjour, moi c’est Nathanaël. Je suis communiste, membre du PG depuis sa création… »

Voilà comment commence la réunion du comité de Montreuil du Parti de gauche, ce mercredi 25 avril au soir. Comme je n’ai pas mis les pieds dans mon comité depuis le début de l’année, impliqué dans les meetings comme vous le savez, je demande un tour de table pour savoir qui est qui. Mis à part Juliette, Julien, Franck, Céline et Isabelle, je ne connais personne ! Un comble ! Donc, trois nouveaux adhérents nous ont rejoints depuis dimanche et ce fameux premier tour de la présidentielle. Plus d’autres qui ont adhéré pendant la campagne. Sacré coup de neuf chez nous. Heureusement, Juliette m’a prévenu. Merci Juliette.

Coucou Dominique Voynet on arrive

Il est vingt heures et nous sommes près d’une quinzaine autour de la table au centre Garibaldi, dans la bien nommée rue de la Révolution. Laurent, mon compère du réseau Gracchus Babeuf, est en vacances. L’ami Rémi n’a pas pu venir et s’est fait excuser. Riva est en campagne juste à côté. Sébastien bosse. François et Rosanne n’ont pas pu venir. C’est donc une belle assemblée, mine de rien. Juliette pose l’ordre du jour. Pour ne pas se tromper, nous allons rester sur l’analyse du résultat du premier tour et sur le second tour. Nul ne comprendrait qu’on enjambe cette séquence pour basculer sur les législatives. Nous sommes tout de même le parti qui a, le premier, fixé la bataille contre le sarkozisme avec nos affiches « Casse-toi pauvre con » mais aussi nos campagnes sur la laïcité, la retraite à 60 ans…

Il n’y a pas besoin de faire de longs discours pour que chacun s’approprie l’événement politique que constitue le score du Front de Gauche. Avec près de 4 millions de voix, même si personne n’en parle, c’est quand même un sacré coup dans le système qui en finit, déjà, avec l’ambition du bipartisme cultivé rue de Solférino et de la Boétie. Julien, notre co-secrétaire de comité, souligne :

« Ce qui est sacrément intéressant c’est que nous ne récupérons pas uniquement les voix traditionnelles du PC. Nous avons amalgamé des votes nouveaux, des anciens abstentionnistes, des jeunes, l’électorat populaire quoi qu’en disent les observateurs accrédités par l’oligarchie. »

Dans 12 régions sur 22 et dans 44 départements, le Front de Gauche fait plus que son score national.

Photo : Romain JAMMES

Bien sûr, le vote Front national a choqué pas mal de nos camarades. La discussion s’attarde sur ce point. Personne ne se coupe, chacun écoute. L’attention est maximale. Comprendre. Comprendre. Analyser. Pour retourner sur le terrain. Maryse enfonce la porte d’un coup d’épaule : « Ce qui m’a fait peur, dimanche, c’est le discours de Le Pen. J’étais quasiment d’accord avec les deux tiers de ce qu’elle disait. Il faut qu’on prenne ça en compte. » Chacun apporte sa pierre à l’édifice de l’éducation réciproque et collective. On en ressort armés : l’analyse fine des bureaux de vote, notamment à Montreuil et en Seine-Saint-Denis, met en lumière les transferts de voix massifs de Nicolas Sarkozy 2007 vers Le Pen 2012. Ce phénomène, nous l’avions déjà observé à l’issue des élections régionales de 2010. Il dessine la perspective d’un « fascisme souriant », adapté au nouvel âge du capitalisme et qui jouera son rôle de chien de garde de la finance quand il s’agira de liquider les derniers bastions du socle républicain de solidarité et de protection collective.

Petit à petit, les visages fermés du début de la réunion s’éclairent. Ces intelligences mises en commun, procédant de cultures et de postes de combat très différents, se répondent plus qu’elles ne s’opposent. Michel, le syndicaliste de la RATP, se fait lucide et pédagogue. Il insiste notamment sur l’enjeu du 1er Mai face aux tentatives de récupération sarko-pétainistes. Alors qu’il n’a pas encore sa carte du PG dans la poche, il aurait pu faire le rapport politique sans aucun problème. Faut bien le dire, notre campagne, axée sur l’éducation populaire politique, porte de très beaux fruits. Il y a aussi Claude l’ancien « gauchiste », comme il se définit lui-même, vétéran de l’extrême-gauche des années 70 où il a côtoyée Martine Billard, et qui a renoué avec l’action politique tout juste un mois plus tôt. Son souci du détail, son refus permanent de se contenter de quelques paroles officielles, font un bien fou.

Entre tâches départementales et implication nationale, le comité PG de Montreuil a beaucoup donné pendant cette campagne

Organisée et méthodique, la discussion peut s’arrêter au bout d’une heure et quart. C’est le moment des tâches militantes. Nos rendez-vous sont fixés : Premier Mai, avec participation au barbecue de l’union locale CGT comme tous les ans ; meeting contre « Nicolas le petit » place Stalingrad le 4 mai ; battre Sarkozy le 6 mai. Les échanges préalables permettent une chose : sans négocier, sans se vendre, on ira mettre le bulletin de vote pour battre la droite. Par contre, une chose est sûre : nous refusons de signer quelque déclaration commune avec le parti dit « sérieux ». C’est bien tenté mais c’est non, Alexie.

On se répartit le boulot et rendez-vous dans 15 jours. Moi, je sais ce que je dois dire au conseil national samedi. Les camarades m’ont donné ma feuille de route.

Bonus Hara Kiri :

Déconnez pas, je suis dans la ville où Eva Joly fait 4,4%. Ah… Elle est dirigée par EELV ? Oups… LOL coucou l’Amère !

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Bonus vidéo : The Smiths « Back To The Old House »