J’aurais pu introduire ce billet avec « Juste une mise au point » de Jackie Quartz,
mais tout le monde ne semble pas partager mon humour.

A l’approche du Remue-Méninges du Parti de gauche et des Estivales du Front de gauche, je me permets de vous faire partager quelques réflexions. Il y a des moments de vie politique que je trouve drôle. Il y a quelques semaines de cela, je m’engueule, une fois n’est pas coutume, avec mon alter ego du PCF à Montreuil. L’objet de la prise de bec ? Je venais de prononcer les mots « éducation populaire ». Mon ami me fait remarquer, de manière acerbe, que le Parti (le PCF) a abandonné la notion de parti guide depuis longtemps. Nous étions dans la confrontation, je lui réponds donc « dommage, c’était un des bons aspects du Parti ». Vous noterez que, quand j’écris Parti avec une majuscule, il s’agit toujours du glorieux Parti Communiste Français, la main sur le cœur. Nous nous sommes depuis réconciliés, notamment grâce au terrain, mais je veux prendre le temps de revenir sur les enjeux de la question.

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Mon organisation, le Parti de gauche, mon parti avec une minuscule donc, prône l’éducation populaire politique comme un de ses outils d’intervention. Il faut donc donner quelque corps à cette démarche si nous ne voulons pas tomber dans le travers aisé qui consisterait à croire que nous nous érigeons en parti guide. Pour nous, l’éducation populaire a deux vocations : aider à la conscientisation de soi même dans cet ensemble plus vaste qu’est la classe ouvrière ; contribuer à l’émancipation individuelle au travers de cette prise de conscience de son rôle individuel et collectif dans la lutte des classes. Normalement, je m’arrête là. Vous avez tous compris et m’envoyez gentiment un ironique « merci d’être là Nathanaël, on n’avait pas compris ». Sauf que les choses ne sont pas aussi simples…

Nous ne prétendons pas avoir la vérité encore moins révélée. D’abord, parce que le Parti de gauche assume sa vocation de « parti creuset ». C’est-à-dire que nous amalgamons avec bonheur en notre sein des cultures politiques extrêmement différentes : du communiste borné comme votre serviteur aux décroissants à l’image de mon indispensable amie Corinne Morel-Darleux ; du syndicaliste révolutionnaire au libertaire version Ibère en Exil ; du réformiste conséquent, comme notre co-président, à la militante trotskiste même pas repentie. Un joyeux foutoir, me direz-vous. Lequel nous permet de produire une pensée de gauche, radicale, conforme aux enjeux du temps présent parce que nos parcours militants respectifs nous ont permis de mesurer que nulle chapelle ne détenait la vérité absolue.

J'animerai une formation sur la Commune au Remue-Méninges

Nous avons donc choisi de produire un compromis politique en révisant nos classiques à l’aune des avancées idéologiques nombreuses qu’ont produit les mouvements sociaux et politiques de ces 50 dernières années, ici en France mais aussi en Amérique latine ou au Maghreb. C’est pourquoi nous débattons beaucoup et que nous votons peu, parce que le vote sanctionne le consensus qui nous rassemble. Du coup, avec la conscience de ce compromis valable dans une période donnée, il nous est difficile de clamer que nous détenons la vérité une et indivisible.

C’est aussi pourquoi le Parti de gauche n’est, comme je l’ai déjà écrit, qu’un outil dans une situation politique précise. So marxist indeed. Cela a pour conséquence de nous empêcher absolument de nous ériger en « parti guide », en « colonne de fer » laquelle, quand l’évolution mécanique de l’histoire en créera les conditions, sera portée au pouvoir par le flot des masses révolutionnaires. Bref, nous ne sommes pas des gauchistes empreints de nostalgie. Bref, nous sommes plutôt un parti de gens sérieux. Nous acceptons de mettre les mains dans le cambouis pour créer les conditions d’une nouvelle majorité politique en France, celle dont la classe ouvrière a besoin pour défendre et faire valoir ses intérêts de classe objectivement dominante. Dans le sens où, représentant largement plus de 50 % des habitants de ce pays, elle est plus que d’autres dépositaire de l’intérêt général.

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Alors, et l’éducation populaire dans tout ça ? La question se pose dès lors que l’on confond, ce qui est fréquent, éducation et enseignement. L’enseignement ce serait d’inculquer la doctrine, pour ne pas dire la doxia, aux masses ignares. Ce n’est pas notre démarche, à partir de ce que j’ai écrit plus haut. L’éducation consiste, a contrario, à donner des outils d’analyse du réel dont les bénéficiaires feront bien ce qu’ils voudront au final. C’est le pari radical de l’intelligence. C’est notre manière à nous de mener la bataille culturelle en permettant à la classe ouvrière de se réapproprier ses propres racines, ses codes, ses grandes réalisations… Le tout en les resituant dans le contexte actuel.

Ces outils sont autant théoriques, pour comprendre le réel, que pratiques, pour pouvoir intervenir de manière plus efficace. C’est là tout l’enjeu de nos formations militantes qui ne sont pas des séances de lavage de cerveau mais – tout au contraire – de mise en exergue de l’esprit critique, surtout de critique de nous-mêmes d’ailleurs.

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Au fond, l’enjeu demeure, pour nous, de mener la révolution dans les têtes avant que le peuple, conscientisé de lui-même, ne décide de la faire dans les structures. Bref, nous préparons le terrain en aidant les cent fleurs à éclore, pour citer Mao. Parce que parler de révolution culturelle sans citer le grand timonier, merde quoi.

Bonus programme :

* Au Remue-Méninges du Parti de gauche, vendredi, j’animerai une formation sur la Commune de Paris puis je co-animerai, avec mon ami pour de Vrai Sydné, un atelier d’écriture de blogs.

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Bonus vidéo : MC Shan « A Mind Is A Terrible Thing To Waste«