C’est enfin la conclusion de la séquence électorale entamée après les élections législatives. Les élections européennes entérinent et confortent ceux des municipales. Dans ce cadre, le score enregistré par l’extrême-droite le 25 mai 2014 aux européennes ne constitue ni une vague brune ni une surprise. L’électorat sensible au discours de l’extrême-droite s’est mobilisé, moins qu’au scrutin présidentiel de 2012 (4,2 millions de voix contre 6,4). Mais, avec une participation en hausse de près de deux points par rapport aux européennes de 2009, le Front national passe de 1,09 millions de voix et 6,34 % à 4,2 millions de suffrages et plus de 25 % des exprimés.

La résistible ascension d'arturo ui

De son côté, le Front de gauche confirme la panne qu’on lui a connue depuis le lendemain des législatives. Il évolue de 1,04 millions de voix et 6,05 % des électeurs à 1,2 millions de suffrages pour 6,33 % des exprimés. Cette légère progression est contrecarrée par la perte d’un député européen dans la circonscription Nord. Ils sont bien loin les 4 millions de suffrages qui se sont portés sur le Front de gauche à l’issue de la campagne exemplaire de l’élection présidentielle.

Il est de bon ton dans l’entre soi militant de se lancer, au lendemain d’une mauvaise soirée électorale, dans la chasse au coupable. En se voilant la face avec aplomb. C’est donc, au choix : la faute aux abstentionnistes, au PS, aux médias… Cela dit, il va de soi que le premier responsable de l’abstention massive de l’électorat de gauche, c’est le gouvernement et sa politique d’austérité à marche forcée, de même que son refus de tout changement en faveur d’une politique sociale après la première étape de la déroute que constituent les résultats des municipales. Cela va mieux en le disant, parait-il. Pour autant, il importe de se demander pourquoi l’électorat de gauche ne s’est pas tourné vers le Front de gauche et ses mots d’ordre contre l’austérité ? C’est la question majeure et nous y reviendrons. Pour commencer, examinons les autres.

déprime post électorale au Front de gauche

Notre mauvais score serait dû à la multiplication des listes avec, notamment, l’émergence de Nouvelle Donne  d’un côté et une extrême-gauche dispersée ? Vu les résultats de ces listes, et sans manquer de respect à ces camarades, cette réalité influe de manière marginale sur le résultat final. Ce vieux refrain n’a donc pas cours.

Les appels au boycott de la part d’une coalition hétéroclite (MPEP, POI, MRC, MUP, PRCF…) qui n’avait pas la capacité de se présenter et qui a ainsi masqué sa misère ? Ces partis pourraient prétendre à un succès facile d’autant que le scrutin des européennes n’a jamais été synonyme de participation d’ampleur. Mais, au final, ils n’ont pas pesé. Les mauvaises langues que nous sommes rappellent même que la participation est en hausse cette fois.

On pourrait ailleurs souligner la responsabilité du PS et du gouvernement dans  l’acharnement à saucissonner la France en circonscriptions électorales dont la réalité est très relative. Ce découpage a effectivement accentué le hold-up démocratique. Cette fois ci au profit du FN qui rafle un tiers des sièges avec seulement 25 % de suffrages exprimés. Un scrutin de listes national aurait sans doute permis au Front de gauche d’obtenir 6 élus au lieu de 3 en France métropolitaine.

LA prise de tête au Front de gauche

Au-delà et pour revenir sur le fond, malgré sa légère progression le Front de gauche subit de plein fouet le désaveu qui frappe l’ensemble de la gauche. Mais il a ses propres responsabilités dans cet échec. Son discours ne prend pas. Celui sur l’Europe en premier lieu, ou plutôt « ceux » sur l’Europe. Par ailleurs, la dénonciation tribunicienne permanente des « solfériniens » n’a eu aucun effet d’attraction, confirmant une analyse que nous avions déjà ébauchée au lendemain de la fessée de Villeneuve-sur-Lot. Le Front de gauche n’est toujours pas perçu comme une alternative au PS par l’électorat qui participe, encore moins par celui qui boude les urnes. Le Front de gauche a été incapable, alors que c’était sa feuille de route, d’aller chercher les citoyens qui se sont durablement exclus du vote. La majorité de l’électorat est toujours hors de notre portée. A tous.

Et cela ne date pas des européennes, nous l’avions déjà constaté lors des élections partielles qui ont toutes renvoyé le front de gauche dans ses cordes. Il va pourtant falloir se retrousser les manches et entrer vraiment en campagne pour regagner le terrain perdu.

Distribution de tracts sur le marché

Pour cela, la nouvelle mode est de réclamer des Assises du Front de gauche. Des assises ? Pour quoi faire ? A l’image du monstre du Loch Ness, cette revendication revient de manière irrégulièrement périodique : « Il faut faire des assises ! » Les militants, qui ont beaucoup donné pendant la campagne, aimeraient s’asseoir, c’est vrai. Mais pour quoi faire ? Pour régler des comptes ? Réécrire une ligne forcément juste vers laquelle les masses vont spontanément se précipiter ? Quand le Front national capitalise un électeur sur quatre, que l’UMP et l’UDI cumulent, en plus, près de 30 % des suffrages sur une ligne assez proche de celle du FN, avouez que ce n’est pas très sérieux. Depuis plus de deux ans, nous prônons de réfléchir d’abord au projet politique plutôt qu’à l’organisation. Rien ne nous fera changer.

Et si nous revenions, bêtement, à nos fondamentaux : le concret, le pouvoir d’achat, les conditions de vie, les loyers trop chers, les études des gamins qui coûtent un bras, le renoncement aux soins qui sont de plus en plus coûteux. Bref, les salaires à la place du poulet. Plutôt que de nous asseoir, si nous allions vraiment à la rencontre de nos concitoyens, en étant prêts à entendre des choses désagréables ? Dans notre propos, il ne s’agit pas de jouer « le retour à la base » version spontex. Il s’agit plutôt d’articuler campagnes nationales et lien avec la population entre les séquences électorales. C’est bien dans l’inter-élections que tout se joue pour qui fait de la politique.

Il ne s’agit en rien d’une recette magique. Elle ne va pas faire disparaitre d’un coup les rancœurs  accumulées par des militants en mal de règlements de compte post municipales. Depuis un an, les dysfonctionnements du Front de gauche, les divergences sur la manière de mettre en œuvre la feuille de route de cet objet politique en perpétuelle gestation, la dramatisation des élections municipales ont généré l’envie d’en découdre au sein du Front de gauche. Comme si ce tout jeune rassemblement était incapable d’affronter avec maturité ses propres différences.

Le projet politique ce sont les fondations de la maison Front de gauche

Cette incapacité à accepter autrui pour ce qu’il est se traduit, d’ailleurs, dans les relations entre le Front de gauche – dans son ensemble même si c’est faux de l’écrire ainsi – et les autres composantes de la gauche. Le dialogue avec les gauches du PS réduit à « quitte ton parti et on causera après » ou l’instrumentalisation des différends internes au PS pour justifier ses propres prises de position ; les rapports à géométrie variable avec Europe Ecologie-les Verts au gré des accords et désaccords internes au Front de gauche… sont autant de signes d’immaturité flagrante.

Mais il est vital du point de vue de l’implantation militant de retrouver le terrain au quotidien. Sinon d’autres à Henin et ailleurs l’occuperont. Il ne s’agit – au final – pas seulement de retrouver la rue : c’est tout le tissu social et les solidarités de classe qui sont à reconstruire.

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Bonus vidéo : Tribe « Here At Home »