A dire le vrai, les premiers jours, j’ai bien ri. Les mésaventures de l’UMP prêtent plus qu’à se gondoler quand on se situe hors champ. Les déchirements proprement personnels entre un Fillon, ex premier ministre et candidat à la candidature, et un Copé, patron en titre du parti majoritaire à droite et tout aussi candidat à la candidature, étaient de nature à me faire oublier, quelques heures les mésaventures du gouvernement dit « sérieux ». Entre le ratage sur le mariage pour tous, les déconvenues de celles et ceux qui attendaient une politique un tout petit peu à gauche et la saloperie que constitue Notre-Dame des Landes, changer de regard et se laisser aller à rire plus qu’aux larmes de rage me faisait du bien.

Mais… Oui, il y a un mais. Dimanche matin, je me promène comme souvent dans les rues de Paris, délaissant (ceux qui ont besoin de savoir sont au fait) le militantisme pour une salutaire respiration du cerveau. La conversation (je ne suis pas seul) coule évidemment sur les mésaventures de la droite la plus bête du monde. Je suis cela avec une voracité, une gourmandise, une addiction non feintes. Je n’en ai pas assez moi ! Et puis… Voilà que je croise quelques militants, à l’entrée du marché de la rue des Pyrénées. Je jette un œil, qui sont-ils ? Quelques dizaines de mètres plus haut, c’étaient mes amis communistes. Le POI peut être ? Pas même ! Les tracts bleu blanc rouge sont frappés du chêne cher à feu le parti créé par et pour Jacques Chirac en 2002.

Ah ouais… Ils en ont du courage. Faut braver les refus, pas toujours polis ; les lazzi pas même discrets ; les sourires narquois des « autres ». Ces autres sont les membres des partis de gauche, pour la plupart ; des adhérents du Front national, plus rarement, qui se délectent, vautours devant une bête à l’agonie. Les militants de l’UMP présents ont le visage triste mais relèvent la tête face à la moquerie. Leur engagement leur est plus précieux que ces coups bas, quand bien même ils viennent de leur propre camp. Pourtant, à bien y regarder, il y a du désarroi dans leur regard. « Comment a-t-on pu en arriver là ? »

D’aucuns, à l’image de mon désormais ancien collègue éditorialiste chez Médiavox Pierre Parillo, ont éprouvé, un temps, la tentation de Venise. Il y a de quoi quand volent bas les doux noms comme « imposteur », « voyou », « menteur », « tricheur »… Et que, à bien y regarder, il y a l’épaisseur d’une feuille à cigarette entre les positions de l’un et de l’autre. Certes, les pains au chocolat d’un Copé font paraître Fillon comme un Républicain modèle. Et puis, on se rappelle qu’un des très proches soutiens du dit Fillon a vomi « Vive l’Algérie française » lors d’une réunion publique il y a peu ; qu’il bénéficie de l’appui marqué d’Eric Woerth, bien connu des services de police, ou de Claude Guéant… Nous sommes bien à droite, cette droite dont la porosité idéologique avec le Front national s’étale chaque jour un peu plus.

Vous savez ce que j’en pense, vous pouvez lire que je n’ai aucune sympathie pour ce qui fait de ces gens-là pas de simples adversaires mais des ennemis politiques. Mais, là, ce lundi matin en allumant la télévision, je ne peux qu’éprouver une forme de condoléance pour les dizaines de milliers de militants anonymes pris en otage par la guerre des chefs de l’UMP. Oh, je sais moi qu’à droite c’est le chef qui dirige, de ferme main, l’appareil, que tout tourne autour de lui. La preuve par Chirac, la preuve par Sarkozy. Plus que dans tout autre appareil, dans un parti de droite, tout est organisé par et pour le chef. Pas étonnant donc que Copé, maître de la machine, ait pu, visiblement, aussi bien façonner le résultat selon ses propres désidératas. Pas surprenant donc qu’à Nice, Ciotti et Estrosi aient eu la latitude de se faire un score sans appel.

Mais les militants ont pu y croire, à la démocratie, à la sincérité du scrutin, à la prise en compte de leur voix. Et, depuis une semaine, ils ont sûrement le cœur gros, les yeux rougis de larmes, la nausée pour certains. Ils pensaient que c’était fini, ça n’en finit pas de continuer. Il faut connaître le dévouement que demande le militantisme, les matinées passées dans le froid à distribuer des tracts dans l’indifférence quasi générale, les heures de réunion loin de chez soi, le temps consacré à coller des affiches à la durée de vie aussi éphémère que celle du papillon éponyme pour, soudain, ne plus avoir envie de rire. Ils sont de droite, certes. Mais ils sont aussi comme moi, par certains aspects. Et, ce matin, en repensant à ces quelques courageux croisés rue des Pyrénées, je n’ai plus envie de rire à leur sujet. L’UMP les a tuer.

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Bonus vidéo : Morrissey « You Have Killed Me »