Ca y est ! Enfin ! A l’Elysée, et surtout rue de la Boétie, l’humeur morose de ces dernières semaines cède la place à quelques sourires. On a eu très peur là-bas : les Etats-Unis, ces traitres gauchistes, recréaient de l’emploi et annonçaient une reprise mondiale. Mais heureusement, l’agence de notation Standard & Poor’s fait enfin ce que Nicolas le petit attendait depuis longtemps : elle a annoncé ce vendredi 13 janvier qu’elle allait dégrader la France, qui va perdre son AAA. Bien sûr, cela faisait longtemps que la rumeur annonciatrice courrait. Il fallait le temps de préparer l’opinion, de lui faire prendre conscience de la gravité de la situation ainsi générée. Nicolas le petit a, pour tenter de nous en convaincre, laissé « filtrer » que cette perte causerait la sienne. Dans le fond, il n’en est rien. Certes, les sondages laissent apparaître que le chef de l’Etat n’est pas jugé crédible pour sortir le pays de la crise…

Le siège de campagne de l'UMP

J’ai écrit ici, et encore là, pas plus tard que quelques heures plus tôt, que la crise, ou dite « crise », constitue le dernier espoir pour la droite d’éviter la défaite, face à la montée inexorable du Front national. Je maintiens et je vais expliquer pourquoi, un peu plus en détail. J’avais commencé au travers d’une note sur la rigueur. Donc, repartons de là.

Le désaveu dont souffre le chef de l’Etat en matière économique est un désaveu personnel. Dans l’ensemble, les Français font plus confiance à la droite en période de difficultés économiques qu’à la social-démocratie. Cette dernière n’en revient toujours pas d’une telle ingratitude, elle qui a négocié si brutalement le tournant de la rigueur en 1983. Et oui, la gauche apparaît toujours dépensière, jetant par la fenêtre de la solidarité l’argent durement gagné par les actionnaires.

Le président à l'annonce de la perte du AAA

Elle a bien tenté, ces dernières années, cette fameuse « gôche », de donner des gages qui aux marchés qui aux téléspectateurs de TF1. François Hollande a assumé la « règle d’or » qui interdit les déficits publics, calant ses pas sur ceux de la vraie droite. Rien n’y fait. La social-démocratie n’est toujours pas crédible pour mener à bien l’austérité et le cortège de malfaisances qui l’accompagne. Elle pourrait s’en réjouir, elle s’en plaint.

Du coup, pour la droite, l’accroissement des difficultés économiques, c’est du pain béni. Le premier ministre n’a jamais été aussi populaire que lorsqu’il a clamé être « à la tête d’un état en faillite ». Ca, ça fait sérieux. C’est du solide. On peut gentiment dérouler le tapis des infamies : hausse de la TVA, mise en place de la TVA sociale, baisse des prestations sociales… Le troisième plan de rigueur pourra enfin être annoncé, comme prévu, en février ; et le candidat de droite d’en appeler, en mars, la mine contrite et la main sur le cœur, la larme à l’œil, qu’il va y avoir « du sang et des larmes ».

Ce soir, Sarko va se payer une andouilette AAA

Déjà, les communicants de la rue de la Boétie et de Matignon sont à l’œuvre, ça va faire de beaux discours sur l’unité de la Nation, les nécessaires sacrifices pour le bien du pays, tout ça. Hollande et Valls pourront tout dire et tout faire, qu’ils seront plus austères que les autres, les résultats sont là : la social-démocratie ne gagne, au niveau national que pour accompagner les reprises économiques. Comme en 1997.

Rue de la Boétie, on respire. A l’Elysée, on se prend à rêver que tout n’est pas perdu et que Sarko pourrait finalement y aller. Pensez, une crise économique – avec dégradation – c’est autre choses que quelques petites affaires judiciaires…

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Bonus vidéo : EPMD « Strictly Business »