« Je suis dans une situation sur ce sujet totalement schizophrénique. » Ainsi s’exprime Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale. Le député de Seine-Saint-Denis parle de la proposition de loi d’amnistie sociale, présentée par le Front de gauche et désormais combattue par le gouvernement. Bon, ce n’est pas vraiment une nouveauté, le défenseur du SMIC à 1 500 euros par mois célèbre le CAC 40 au Perchoir. Celui qui plaide pour un « deuxième temps du quinquennat (…) qui rassemble toutes les composantes de la majorité qui a élu François Hollande » n’entend même pas donner suite aux revendications du monde du travail.

Rassemblement devant le Sénat pour la loi d'amnistie sociale

Après avoir été présentée au Sénat par le groupe Front de gauche, la proposition de loi portant amnistie des faits commis dans le cadre de conflits sociaux a été votée, après avoir été vidée d’une bonne partie de sa substance, par la haute assemblée le 27 février. Le MEDEF ne s’est pas satisfait d’un texte réduit au strict minimum et a pesé de tout son poids. Résultat : le gouvernement et les têtes du parti solférinien ont déclaré leur opposition nouvelle à l’amnistie sociale alors que le texte arrivait à l’Assemblée nationale. Résultat, fin avril, la Commission des lois a retoqué la proposition de loi. Elle sera néanmoins examinée en séance ce jeudi. J’ai eu l’occasion d’écrire, pour Regards, que ce crime vient de loin. Je n’y reviens pas.

C’est dans ce contexte que Claude Bartolone a déclaré au très libéral journal Challenges sa « schizophrénie » quant à l’amnistie sociale. « A la fois, je suis attentif à ces textes qui peuvent permettre à la gauche de se rassembler. Mais dans le même temps, je vois ce qu’a pu être l’effet pervers des lois d’amnistie dans le passé », a-t-il osé. Il a encore poursuivi en parlant des PV qui étaient auparavant supprimés par le président de la République en début de mandat. « Généralement, six mois avant une élection présidentielle, il y avait une envolée des mauvaises pratiques sur la route », a renchéri le locataire du perchoir.

Rassemblement au Sénat pour la loi d'amnistie sociale

L’assimilation de l’amnistie sociale à celle des procès-verbaux est proprement scandaleuse. Elle fait suite à une justification tout aussi fallacieuse du revirement présidentiel sur le sujet. Du côté du Parti solférinien, on se justifie en effet par le « devoir de faire respecter l’ordre républicain », au moment où les militants d’extrême-droite multiplient les violences de rue en marge de la « manif pour tous ». Propos tenus par le ministre des Relations avec le parlement, Alain Vidalies.

Qu’ont en commun avec les fascistes les salariés qui défendent leur emploi ? Qu’ont en commun avec les auteurs d’incivilités routières les syndicalistes qui se battent pour que les patrons voyous ne puissent pas déménager les entreprises dans la nuit ? On entend, dans la bouche de certains hiérarques solfériniens à l’unisson des éditocrates comme Christophe Barbier, que les salariés casseraient les machines. Il faut totalement méconnaître les us et coutumes de la classe ouvrière pour oser proférer pareilles inepties.

Rassemblement au Sénat pour la loi d'amnistie sociale

J’ai assisté, en tant que journalistes, à beaucoup de luttes sociales, même les plus désespérées. Jamais au grand jamais, les salariés qui se battent ne touchent aux machines si ce n’est pour les entretenir. Pour un ouvrier qui se bat pour sauver son emploi, il est vital que l’outil de travail soit opérationnel, prêt à repartir immédiatement après que la reprise de l’activité soit décidée. C’est cela le réflexe de la classe ouvrière. Les affabulations sur l’éventuelle « casse des machines » relèvent du mensonge éhonté et conscient.

Pour laver cet affront qui est fait aux nôtres, il relève de notre honneur de répondre favorablement à l’appel de la CGT. Pour obtenir le vote de la loi d’amnistie sociale :

rassemblement jeudi 16 mai à 12 heures
place Edouard-Herriot,
devant l’Assemblée nationale.

—————————

Bonus vidéo : Pixies « Where Is My Mind »