A David Reveillault, évidemment

C’est une chouette histoire que celle de Family Affair. Faut d’abord que je vous explique comment je les ai découverts. A la base, il y a la marche organisée à la mémoire d’Emilienne Mopty, dans le Pas-de-Calais en juin dernier. Un pote me bippe et me mets le lien entre les yeux, option « écoute ça, ça devrait te plaire ». Et ouais ! Ça le fait. Quelques jours plus tard, je reçois un coup de fil d’un dénommé Pierre qui me demande comment on fait pour être programmé sur le stand du Parti de Gauche à la Fête de l’Huma. On cause et il s’avère que Pierre est membre fondateur de Family Affair. J’en profite, égoïste, pour lui demander la possibilité d’utiliser un titre sur une note. Et roule.

Je retrouve donc Pierre à la Fête de l’Huma, entouré par les six autres membres du groupe de Strasbourg. Oui, Strasbourg, ville qui m’est chère. Mais passons. Ils vont se produire dans la soirée et acceptent néanmoins de me consacrer un peu de temps. Sympa, très sympa. Il y a donc la famille, d’où le nom : Pierre (guitare et chant) et Catherine (basse, contre-basse), les parents ; Lisa (violoncelle et chant) et Léo (batterie et percus), les enfants ; Mickaël (claviers), Renaud (guitare), Agnès (piano) les amis. Ensemble, ils me racontent l’histoire d’un groupe né il y a 14 ans quand Lisa, l’aînée, rentre au conservatoire en classe de piano avant de choisir le violoncelle.

« On s’est rendus compte à ce moment-là que Lisa voulait apprendre son instrument autrement, explique Pierre. Former un groupe de rock lui permettait de travailler son improvisation. » Ce sera donc Family Affair, qui va grandir avec l’entrée de Léo en classe de percus, toujours au conservatoire. Ce qui rend le groupe singulier, c’est l’utilisation faite du violoncelle. Plutôt que d’en faire un instrument d’accompagnement, comme c’est trop souvent le cas, dans Family Affair, il prend toute sa place, leader, comme une guitare solo. Au fil des ans, le groupe de rock prend des accents de plus en plus bluesy, mais va piocher aussi dans la folk, les musiques populaires quoi. L’Irlande, terre chère au cœur des Wurtz, irrigue ces compositions collaboratives.

Il n’y a pas de leader dans Family Affair. Chacun amène sa pierre à la construction musicale, la nourrissant de ses propres découvertes, de ses expériences : un morceau de mélodie par ici, un bout de chant par là, une rythmique ailleurs. Ne croyez pas que ce côté apparemment patchwork nuise à la cohérence de l’ensemble. Au contraire ! C’est une belle alchimie qui fonctionne et débouche sur des morceaux de lumière à l’image d’Into The Wild, le somptueux Saturation ou Along The Shore. Le groupe s’est offert un premier album 10 titres, Bridges, via le label allemand Uniqueopia Records.

Reste un point à élucider dans cette affaire de famille. La participation à la marche Emilienne Mopty, la fête de l’Huma sur le stand du Parti de Gauche. Ça sent un peu l’engagement qui tait son nom. « Heu… Tu as bien écouté les paroles ? », rétorque Catherine, plutôt discrète en temps normal. Certes, le groupe ne brandit pas vraiment l’étendard rouge à tout bout de chant. Mais il n’est qu’à écouter les textes de L’Emilienne ou de Rêv’olution pour se rendre compte qu’ils ont des choses à dire. « Oui, nous sommes un groupe engagé, précise encore Catherine. Dans le sens où nous avons des idéaux et que nous les défendons. » Leurs textes évoquent aussi le Sinn Fein (la branche politique de l’IRA, l’armée irlandaise de libération), la violence, l’indifférence.

Lisa s’agite soudain et renchérit : « Nous sommes un groupe, nous sommes une famille. On a grandi dans un environnement de gauche, avec une conscience de gauche. Dans nos textes, nous parlons des choses qui nous touchent, forcément. Si, avec notre musique, on peut aider à faire bouger les choses, tant mieux. Moi, je suis fière de le faire. C’est important de le faire. » Fermez le ban. L’étudiante en médecine – « pour faire de l’humanitaire » – rejoint son institutrice de maman et son réalisateur de documentaires (« sur l’éducation notamment, il n’y a pas de hasard ») de père.

De source sûre, un deuxième opus serait en préparation, dont la sortie est un peu soumise aux aléas de la scolarité des Lisa et Léo. Donc, il va falloir guetter. En attendant, vous aurez peut être la chance, comme moi, de les voir sur scène, notamment en Allemagne où ils bénéficient déjà d’une jolie notoriété. La prestation vaut plus que le coup d’oeil, surtout si, de l’aveu de l’organisateur du concert, vous bénéficiez d’un meilleur son qu’à la Fête de l’Huma. En effet, en live, le groupe peut encore plus que sur album se laisser aller à casser les structures, à se livrer aux improvisations magiques qui sont sa marque de fabrique. Et c’est peu de dire, question énergie, qu’ils ne retiennent rien.

 

Le site de Family Affair est là.

Acheter l’album Bridges sur les plateformes légales, c’est ici.

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Bonus vidéo : Family Affair « Into The Wild (live) »