Allez, après vous avoir fait suer avec mes réflexions sur la République, après que mon cousin vous ai régalé avec ses histoires de famille, tentons de vous faire rire.

Evidemment, ce qui suit n’est qu’une fiction, toute ressemblance avec des personnes et des lieux connus ne serait que fortuite et due au hasard.

Dans la lignée des manuels de survie chers au Fight Club, blog que je vous recommande chaudement, voici le mode d’emploi pour flinguer une réunion unitaire dans la famille de la gauche radicale. Pour les autres camps, c’est beaucoup plus simple et je réfléchis à vous en donner les ficelles une autre fois.

Lisez http://fightclubnpa.blogspot.fr/

D’abord, il faut préciser que la réunion unitaire constitue le moment privilégié de la politique politicienne. Chaque organisation présente en profite pour montrer ses muscles. Les désaccords de fond sont rares, on ne se rencontre guère quand on défend des lignes diamétralement opposées, donc il est de bon ton de focaliser sur la forme. En général, l’objet de la réunion unitaire porte sur une action commune dont chacun suppose qu’elle sera mise en œuvre au final puisque nous sommes d’accord sur le fond (lire plus haut). Voici quelques voies et méthodes pour, néanmoins, la faire échouer.

En préalable, il convient avant tout d’insister sur ce qui divise plutôt que sur ce qui rassemble. Plus le motif de discorde sera insignifiant, mieux ce sera. C’était évident, mais cela va mieux en le disant.

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Leçon 1 : ne jamais tenir compte des positions qui se dessinent

Dans une réunion politique unitaire, à un moment donné, une position majoritaire se dessine, dans un sens ou dans l’autre. Il n’est pas bon d’y céder. Ce n’est pas parce que 80 % de l’assemblée réunie autour de la table paraît se mettre d’accord sur une position qu’il faut l’accepter. La démocratie, c’est bon quand on parle aux vrais gens, pas dans l’entre-soi militant. Donc, si la position minoritaire que vous défendez se voit fermer la porte, n’hésitez jamais à nier la réalité des faits de l’instant et tentez de passer par la fenêtre. Peut-être que ça réussira. De toutes façons, ça évitera de se mettre d’accord trop vite. Ce serait dommage, imaginez, on gagnerait du temps pour s’occuper des vrais problèmes des vrais gens. A quoi servirait-il donc de faire de la politique ? Parce que, pour certaines organisations, la politique ne consiste pas à offrir des solutions aux problèmes immédiats, concrets, urgents des habitants mais à monter des usines à gaz (autres noms possibles : réunions publiques, communiqués communs, tracts unitaires) pour se donner bonne conscience avant d’aller rédiger une motion (autre nom : plateforme, position, document d’orientation).

Leçon 2 : venez à plusieurs

Dans une réunion unitaire, le non militant croit qu’on vient pour travailler. Il se dit donc que chaque organisation ne doit être représentée que par une ou deux personnes, histoire de se concentrer sur l’essentiel. C’est une faute grave que d’accepter ce genre de dispositif. Venez donc nombreux. En règle générale, plus votre organisation est petite, plus vous ferez participer de représentants. Ainsi, vous disposerez de plus de temps de parole puisque ce temps n’est pas réparti en fonction, de la représentativité de chaque parti mais bien du nombre de présents autour de la table. Là encore, on gagne du temps pour éviter de se mettre d’accord trop vite. Ce qui est le but (voir leçon 1).

Le résultat d’une bonne réunion flinguée

Leçon 3 : la mauvaise foi

Dans la politique (vie de la cité en grec ancien), il convient de faire preuve de bonne foi au risque, sinon, de se décrédibiliser. Dernier exemple en date Ayrault, Montebourg, le parti dit « sérieux » et Mittal à Florange. On ne rit pas avec la politique réelle, il y a des vies en jeu. Dans la politique politicienne, la mauvaise foi est non seulement tolérée mais fortement souhaitée. Sinon, on risque de se mettre d’accord trop vite (lire ci-dessus les risques encourus). La mauvaise foi est donc recommandée qui permet de ne pas se retrouver trop vite en prise avec le réel. Accessoirement, elle peut contribuer à énerver les partenaires, prolongeant d’autant la discussion aussi vaine soit-elle.

Leçon 4 : la malhonnêteté

Si la mauvaise foi ne suffit pas, la malhonnêteté viendra aisément compléter le dispositif. Ainsi, à une proposition ferme effectuée par quelqu’un qui a mandat pour ce faire, plutôt que de répondre « oui » ou « non », il est recommandé de répondre : « nous n’avons reçu aucune sollicitation ». Si le partenaire s’étonne, informé qu’il est par ailleurs des démarches effectuées, il conviendra de répondre avec plus de fermeté encore en niant absolument tout. L’effet est garanti. Dans la plupart des cas, le partenaire, choqué par tant de mensonges, quittera la table.

Un cadeau du Cri du peuple pour http://fightclubnpa.blogspot.fr/

Leçon 5 : tout ramener à soi

Si jamais une avancée devait se produire qui fasse l’assentiment de tout le monde ou, à tout le moins, qui témoigne de l’avancée d’un partenaire considéré jusqu’alors comme rétif, il ne faut pas hésiter à s’en approprier la paternité. Quitte à, voire même surtout en niant le travail mené par les autres organisations.

Ainsi, vous avez évité de vous mettre d’accord pour, au bas mot, un trimestre. Toujours ça de pris qui vous évitera d’aller diffuser des tracts en plein hiver, sous la pluie voire sous la neige. On a beau être militant, on n’en est pas moins attaché à son petit confort.

Leçon 6 : le mandat (merci Thomas)

Au final, il y a aussi cette jolie pirouette. Imaginons : tout le monde finit, par la force des choses, par se mettre d’accord. Flûte, encore raté ! Mais non, reste la parade ultime : le terrible « nous n’avons pas mandat pour nous prononcer » ! Imparable, tout est à refaire. A n’utiliser qu’en cas d’urgence mais fonctionne très bien.

Si aucune des leçons énumérées ci dessus ne fonctionne, pour flinguer une réunion, vous pouvez toujours inviter Besson.

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Evidemment, dans la vraie vie, nul ne se comporte de cette manière. J’ai bien indiqué qu’il s’agit d’une fiction qui se veut humoristique et ne vise personne. Encore moins au Front de Gauche. Nous, nous aspirons à changer la vie des gens pour de vrai. Nous ne prendrions pas le risque de gâcher du temps d’action précieux d’une manière aussi ridicule.

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Bonus vidéo : Ms Mr « Bones (Charli XCX Remix) »