J’aurais pu intituler cette note « Manuel Valls, l’homme qui ne s’aimait pas »
mais j’ai déjà utilisé le titre.

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« Personne ne m’aime, sauf le chien. Et le chien est mort. »
(Maman)

Un spectre hante la France : Manuel Valls. Le sinistre de l’Intérieur, aux méthodes musclées et démagogues, en tous points comparables – jusqu’à la taille (moi, je n’ai jamais dit « pas le physique ») – à Nicolas Sarkozy hante les discussions politiques jusqu’à nous en donner la nausée. Même le très pragmatique Jean-Vincent Placé, sénateur Europe Ecologie-Les Verts, l’a solidement éreinté : « Je trouve assez paradoxal que celui qui veut incarner l’ordre républicain au sein du pays, crée à la rentrée un tel désordre au sein du gouvernement et de sa communication »… Placé n’est jamais avare de bons mots. C’est aussi pour cela que je ne le déteste pas.

Universite d'ete du Parti Socialiste a La Rochelle, en aout 2010

Comme son prédécesseur place Beauvau, Valls se comporte en ministre de la Police plutôt qu’en ministre de l’Intérieur. Cela lui vaut moult détestations. En premier lieu, celui de la Garde des Sceaux mais aussi des militants de RESF ou de celles et ceux qui se battent contre les mesures iniques que le Valls met en œuvre à l’encontre des Rroms. Là encore, l’ancien maire d’Evry a placé ses souliers dans les traces laissées par Nicolas le petit. D’aucuns me diront que, à bien regarder le contenu de la contre-réforme des Retraites, il n’est pas le seul à ce faire au gouvernement. Ce n’est pas faux mais cela m’éloignerait de mon propos.

Parce que, dans le fond, Manuel Valls est un homme seul. Il est le croquemitaine du gouvernement. Un peu comme une sorte de marionnette horrible que l’on brandit pour faire peur aux enfants. Mais au final, ce sont désormais les adultes qui ont peur : Rroms, je l’ai déjà dit ; sans-papiers ; syndicalistes… Jusqu’à ses propres troupes. Hier, je raccompagnais mon ami et néanmoins compère Silvère gare du Nord et je croise une troupe : six flics en tenue bleu marine, arme de service au côté, menottes à la ceinture, talkie-walkie, tout le toutim quoi… J’ai été effaré de lire la trouille dans leurs regards. Mais une vraie sale frousse, sans déconner.

Manuel Valls aime la police

Comme si ces fonctionnaires, qui ont choisi le service du public, avaient peur des citoyens qu’ils croisent. A dire le vrai, les relations entre Police nationale et habitants, dans le 18e arrondissement de Paris, ne sont pas au mieux depuis les années Sarkozy. Il faut reconnaître que déserter le terrain de la proximité pour se livrer à la seule politique du chiffre n’aide pas à maintenir des relations cordiales entre forces de l’ordre et une population en voie de paupérisation, laissée pour compte, comme abandonnée à ses propres problèmes. Si les forces de l’ordre, sur consignes de la place Beauvau ont quitté le terrain de la présence permanente, le présentéisme médiatique reste la marque de fabrique du « premier flic de France »

A croire qu’il lui faut compenser. Et là, je ne parle pas de sa taille. Il lui faut compenser, par son omniprésence télévisuelle, un isolement terrible. Parce que les sondages ont beau faire de lui le ministre le plus apprécié, Valls est un homme seul. A la primaire des Solfériniens, il a récolté un peu glorieux 5,6 %. Quand, aux universités d’été de la Rochelle, il a débattu avec Emmanuel Maurel, animateur de Maintenant la gauche, il a été sifflé et hué. J’ai déjà eu le plaisir de le raconter.

Manuel Valls bousculé lors de sa venue à Amiens-Nord

Cette bronca toute d’hostilité faisait suite à d’autres lazzi qu’il avait eu à endurer dans les rues d’Aurillac. OK, vous allez me dire que ça compte pas, vu que ça venait de la part de comédiens, donc des intellos de gauche. Sachez donc qu’il a aussi été élus par des vrais gens lors de sa venue à Amiens-nord. Pour finir, il a même été recadré, peuchère, par le président de la République après avoir voulu remettre en cause le regroupement familial. Le pauvre petit a cru bon donner ses… pardon, son lieutenant : l’horrible Luc Cavournas, cumulard de premier ordre, dont le nom fait gondoler de rire jusqu’au militant de base du Val-de-Marne.

A croire que Valls n’est aimé que des gens de droite, lui qui cherche visiblement à être aimé de tous. On a les complexes que l’on peut. Au demeurant, c’est peut-être là son rôle, outre faire peur aux enfants. Ce gouvernement qui divise jusqu’à son propre parti – après avoir divisé ses électeurs, puis sa majorité, puis les syndicats – a peut-être besoin d’un soutien sur sa droite.

Sérieux, quelle sale gueule quand même

Et Manuel Valls serait là pour le lui apporter, avec ses propositions démagogiques. Parmi celles-ci, figure son ambition de « déverouiller les 35 heures » : « Cela doit permettre aux Français, pour ceux qui ont la chance d’avoir un emploi, de travailler davantage -deux heures, trois heures…- sans avoir recours forcément aux heures supplémentaires qui ont beaucoup coûté à l’Etat », précisait-il en 2011. Soit, tout simplement, travailler pour gagner moins. Sarkozy est dépassé sur sa droite.

Allez, Manuel, sans rancune. Ou presque.

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Bonus western : trouve toi-même la légende adaptée à la photo ci-dessous.

FRANCE-POLITICS-FAMILLY-PROTEST

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Bonus vidéo : Radiohead « Paranoïd Androïd »‘