Après une sorte de « pause » – j’ai quand même été au conseil national du Parti de Gauche samedi dernier -, je renoue avec ce Cri du peuple. Hier donc, mardi 1er Mai, j’étais dans la rue pour la journée internationale des travailleurs, cette journée de solidarité et de lutte lancée en 1890 par la IIe Internationale pour, à la fois commémorer le massacre des ouvriers de Chicago et mobiliser pour la journée de huit heures. J’avais prévu deux choses : manifester aux côtés de la femme de ma vie et rejoindre les Montreuillois pour défiler avec mes amis et camarades. Je n’ai fait que la première. Désolé les potes, mais y avait carrément trop de monde pour pouvoir se retrouver.

J’ai donc défilé avec les non encartés, ces citoyens qui ne revendiquent aucune appartenance politique ou syndicale. Ils étaient sacrément nombreux ! Pour vous donner un ordre d’idée, sachant que l’itinéraire du cortège parisien partait de Denfert-Rochereau pour arriver à Bastille en passant par le boulevard Saint-Germain. Petit extrait de texto échangés avec un ami :

« 17h03 : Lui – t’es où ? Moi UL de Montreuil, un peu après Denfert.
17h06 : Moi – un peu avant le carré de tête, boulevard Saint-Germain.
18h41 : Moi – on vous attend rue de Lappe.
18h46 : Lui – Suis à Luxembourg.
18h47 : Moi – Le défilé est pas fini ???
18h48 : Lui – non. »

Le pont Henri IV vers 17h10 alors que l'UL CGT de Montreuil quitte à peine Denfert-Rochereau

Tout au long du parcours, les trottoirs sont pleins de gens qui nous regardent défiler, nous encouragent ou font une pause avant de reprendre leur cheminement. Aux balcons, il n’est pas rare de voir des personnes arborer des chiffons rouges, comme cette dame qui brandit un pull incarnat au bout d’un manche à balai pour manifester sa solidarité avec nous autres manifestants. J’en profite pour évoquer ce rouge du drapeau de la classe ouvrière qui excite tant la bête à cornes nommée Nicolas le petit. S’il est rouge, c’est tout simplement qu’il symbolise le sang des ouvriers tués par la réaction. A l’origine, lors d’une manifestation réprimée par la troupe, un anonyme trempa sa chemise blanche dans le sang d’un de ses camarades tombés sous les balles et brandit l’étendard de fortune maculé comme signe de ralliement. Quand nous brandissons fièrement nos drapeaux écarlates, c’est ce geste que nous reproduisons : nous pensons à toutes celles et tous ceux qui sont tombés pendant les luttes ouvrières, de Chicago à Fourmies en passant par la Croix-Rousse et les barricades de la rue Myrrha.

Mais revenons à cette journée d’hier, passée aux côtés de celles et ceux qui sont descendus dans la rue juste parce que la situation est trop grave. Alors que je m’extasie devant l’ampleur du rassemblement, « la voilà notre réponse à Sarko », un jeune homme portant son enfant dans un harnais, sa compagne à ses côtés, me répond : « C’est clair ». Il n’est visiblement venu que pour cela, relever le défi lancé par une UMP flirtant avec le Front national et qui se réunit au Trocadéro. Dans cette partie du cortège, l’ambiance est, du coup, assez grave. Pas de chants, pas de slogans, rien d’organisé. Les discussions tournent toutes autour du même sujet : battre Sarko, qui nous insulte, tente de nous diviser… Au hit parade de ce premier mai : l’autocollant du Parti de Gauche « Casse-toi pov’ con » fait un carton. Suivi de très près par « nous sommes tous des travailleurs », seul cri repris par les uns et les autres.

Vue du carré de tête de la manifestation parisienne unitaire

Mais, dans le fond, chacun a le regard porté vers le 6 mai. Une femme, me voyant arborer un autocollant « Mi merche ek Mélenchon », rapporté de la Réunion par un couple d’amis qui en rentre juste, m’interpelle : « Hep, vous, les Front de Gauche. Vous allez pas déconner dimanche ? » Je prends le temps de lui répondre sincèrement :

« A la base, je me tâtais. Si Hollande était donné à 54%, je pensais voter Mélenchon. Mais après avoir entendu Le Pen
puis Sarkozy le soir du premier tour, même si Flamby est donné à 60 %, je voterai pour lui. C’est une opération de salubrité publique. »

Un sourire, on se quitte.

A dire le vrai, il n’y a aucun enthousiasme autour de la candidature présentée par le Parti dit « sérieux ». Pour la plupart de ces personnes, le bulletin Hollande c’est juste le désinfectant sur la plaie SarkoPen. Ça ne fait pas de bien, mais il faut nettoyer le blessure. Les visages reflètent cette manière de voir. On ne sourit guère. En fait, nous sommes là pour laver l’affront national fait par Nicolas le petit à la classe ouvrière de notre pays.

Pour autant, quand nous arrivons à Bastille vers 17h30, la place est déjà à moitié pleine. Spontanément, celles et ceux qui nous attendent se disposent de manière à faire une haie d’honneur aux manifestants. Et là, nouvelles interpellations : « Il est où Mélenchon ? Il arrive quand ? ». Il faudra attendre les amis, le Front de Gauche défile derrière les organisations syndicales.

Arrivée à Bastille vers 17h20

Pendant ce temps-là, au Trocadéro, l’UMP réunit la fange. Elle bouleverse même les règles de l’occupation de l’espace. Ce qui inspire à mon amie Maëlle Dubois ce touit plein d’humour :

« Hé, mais si on tient à 10 par mètre carré ça veut dire que je peux faire des fêtes à 170 personnes chez moi ! #trocadéro »

Dans ce rassemblement on entend bien : « Allez, allez ! la France aux Français ! ». Ce qui est sûr, c’est qu’il y a bien deux France ce premier mai 2012. Il faut choisir son camp.

Bonus mémoire et enjeu : Je vous recommande la note de mon ami Dareljedid dont voici un extrait

« Les lignes n’ont jamais été aussi claires, quelque soit l’efficacité du brouillage et de la confusion que sèment les droites et leurs médias. Nous ne serons pas dupe des attaques minables d’un pouvoir qui pense pouvoir tout galvauder, tout travestir.
Dans les urnes, dans les rues, sur les places, avec les syndicats : elle peut compter sur nous, la droite! Nous serons toujours présents pour lui rappeler qu’on ne joue pas impunément avec notre mémoire et nos symboles. »

—————————

Bonus vidéo : Glasses Malone « May 1st »