« Pas de mannequins dans le parti (…) Que les bouches s’ouvrent (…)
Semons la pagaille ! »

(Maurice Thorez, août 1931 dans l’Humanité)

« C’est la vérité qui est nécessaire aux pégistes
comme un instrument de l’action »

(Adapté de Léon Trotsky)

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J’ai eu l’occasion de m’exprimer – à titre personnel – sur la situation du Front de gauche, en termes d’orientation. Alors que les vacances, les miennes en tous cas, s’approchent, je me dois de me pencher, en termes de bilan, sur la situation du Parti de gauche. Ceux qui me suivent sur facebook ont eu l’occasion de lire sur ma page les mots « dysfonctionnements » et « inconséquences », je les maintiens et je vais les expliquer. Mais, d’abord, je veux expliquer pourquoi cette note. Tout part d’un constat : « Ce qui n’est pas écrit n’existe pas », selon le propos fort juste d’Eric Coquerel.

Laurence Sauvage, François Delapierre, Eric Coquerel sur le Front des luttes avec les Goodyear

Or, ce qui existe aujourd’hui, à travers les échanges que j’ai avec mes camarades de la région parisienne dans son ensemble, mais aussi du Nord, des Bouches-du-Rhône, de l’Hérault, de la Gironde, de la Moselle, de l’Ile-et-Vilaine, du Loiret, du Tarn et j’en passe, c’est un sentiment profond de malaise de la part d’un nombre certains de militants. J’aurais pu – certains diront que j’aurais du – me taire ou, à tout le moins, confier ces éléments sous le sceau de la discrétion militante aux hiérarques du Parti de gauche. Nous sommes nombreux à avoir tenté de ce faire depuis des mois, pour attirer discrètement l’attention sur ce qui ne va pas dans notre organisation. Le résultat de cette attitude conforme a été… discret. Si discret que les remontées dont je suis dépositaire n’ont pas cessé. Il faut donc aller plus loin.

L’enthousiasme né de la campagne présidentielle et le souffle que nous avons créé à cette occasion sont retombés. Le Parti de gauche se trouve confronté à la gestion d’une crise de croissance qui a vu ses effectifs plus que doubler en moins d’un an. L’impossibilité prévisible (c’est important) d’une évolution du Front de gauche vers une forme française de Die Linke a contraint le parti à s’installer dans la durée et à se structurer. Mais pour quoi faire ? Cela aurait dû être l’objet unique du congrès que nous avons tenu à Bordeaux en mars dernier. Nous aurions, à mon sens, trancher sur la nature du parti que nous voulons : organisation de masse ou colonne de fer, sur la base d’une vision de la révolution citoyenne que nous appelons de nos vœux.

Avec Alain au congrès du PG à Bordeaux

A défaut, nous avons survolé ce débat dans la commission éponyme pour tenir un congrès d’orientation. Laquelle orientation une fois adoptée fait, à mon sens, l’objet d’interprétations très personnelles de la part de bon nombre de dirigeants… Je vous renvoie à mes réflexions sur le Front de gauche pour en savoir plus. La structuration du PG reste donc soumise aux aléas des situations locales ; au bon vouloir des militants au mieux, des baronnets locaux au pire. Parce que, oui, nous ne sommes pas à l’écart des mauvaises pratiques politiques. Reconnaissons-le ensemble, l’absence globale de renouvellement de nos directions a accouché d’une caste de petits hiérarques. Ce ne sont même pas des apparatchicks, alors qu’ils mettent en avant leur position dans l’appareil, puisque leurs pratiques illustrent leur autonomisation vis-à-vis du parti. Cette réalité donne l’impression désagréable d’un parti dont la ligne est à géométrie variable en fonction des intérêts personnels de tel ou tel.

Ces petits barons locaux, ou nationaux, ont en commun de vouloir conforter leur position de pouvoir. En témoigne qu’il n’y a plus de communiqué du Parti de gauche sur le site Internet du PG mais des communiqués d’un tel ou de telle autre, parfois au nom du Parti… Cela pourrait prêter à rire dans une organisation qui ne compte déjà plus 12 000 adhérents, eu égard aux départs discrets (le maître mot de cette note) qui émaillent la vie du PG depuis plusieurs mois. Le corollaire de cette affaire est un recul net de la démocratie interne, sujet qui ne figure pourtant pas dans la liste de mes préoccupations. Du coup, aussi, bon nombre de militants de la première heure décident de réorienter leurs propres priorités militantes, s’éloignant gentiment et discrètement d’une organisation à laquelle ils ont sacrifié beaucoup.

Contre la réforme Fillon des retraites

Le résultat de cette involution d’un parti creuset, qui se faisait fort de faire de la politique autrement – comme quoi, nul ne peut vivre hors du réel -, c’est une forme de vie hors sol. Les idées fort justes et intéressantes développées pour renouveler, en profondeur, le logiciel idéologique de la gauche : écosocialisme, révolution citoyenne, autonomie conquérante, sont souvent développées sans lien avec le monde réel. Ce qui nous colle à la peau une image de doux rêveurs, au mieux. Cette situation a aussi pour conséquence de nous voir développer des discours extrêmement argumentés, fort bien étayés, comme celui sur le PS qui serait devenu un parti objectivement de droite, et qui ne rencontrent d’échos que dans des sphères extrêmement minoritaires.

Cette absence de lien avec la réalité est singulièrement palpable quand nous observons l’implication de nos militants dans les luttes sociales ou les débats qui nécessitent de se confronter à l’altérité. Alors que ce devrait être là notre priorité, nous n’y participons que de manière épisodique voire éparse, trouvant toujours le mot qui justifie notre absence. Bien évidemment, notre organisation est petite, disposant de peu de moyens et nous avons tous des emplois du temps extrêmement chargés. Il faut donc opérer des choix. A mon sens, nous faisons trop souvent le choix confortable de l’entre-soi. C’est ce que j’appelle de l’inconséquence.

Marche pour la 6e République le 5 mai

Le résultat de ce genre d’attitude, nous le connaissons, c’est le NPA. Et comme je ne veux pas que mon parti devienne l’avatar républicain du NPA, avec tout le respect que j’ai pour les militants de cette organisation (pas pour leur ligne, en revanche), j’ai encore repris ma carte au Parti de gauche ce matin.

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Addendum mercredi 17 août : A lire vos commentaires ainsi que la dernière note de mon camarade Alain Bousquet, j’ai bien eu raison de reprendre ma carte. Alain propose un programme simple en quatre points que je résume en « unir ! Unir ! et encore unir ! ».

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bonus vidéo : Damien Saez « La Chute »