Depuis le 10 juin au soir, la toile bruisse d’un nom : Ségolène Royal. Les caciques et autres thuriféraires du parti dit « sérieux » sont mobilisés pour sauver le soldat Royal en difficultés dans sa circonscription de La Rochelle. Face à elle, un candidat issu, lui aussi, de l’appareil de Solférino, « ami de la première heure » de Hollande, et qui bénéficie du soutien ouvert de la droite. Voilà dans quoi il faudrait prendre parti. Ce sera sans moi, les amis. J’ai toujours combattu avec ardeur la Royal, sur le plan idéologique. Qu’elle soit femme ou homme m’importe peu. Ce sont ses idées que je trouve nauséabondes.

Dans ce grand fourre tout des idées qu’est le parti dit « sérieux », elle incarne un courant de pensée que je croyais battu par Blum lors d’un congrès de la SFIO datant de 1932 : le néo-socialisme dont les hérauts ont nom Marcel Déat et Adrien Marquet, entre autres. Ce constat, que je m’en vais développer un peu plus avant, m’a amené à l’affubler du sobriquet « la Pétain en jupons ». La formule est rapide mais évocatrice, quoiqu’un poil exagérée. Mais « Marquet en jupon », ça fonctionne moins bien, vous me le concéderez. Donc revenons sur le fond.

Il faut, pour cela, se projeter quelques années en arrière, en 2006 lorsque la fan de Jeanne d’Arc a présenté sa candidature à la candidature dans ce qui n’était pas encore la primaire des socialistes. Elle a développé un système de pensée, tout aussi fourre-tout que celui du PS certes mais avec quelques marqueurs idéologiques que je trouve, personnellement, troublants. Son histoire d’enfermement des jeunes en centres militarisés « au premier acte de délinquance » ; sa proposition de mise sous tutelle des familles pauvres « au premier acte d’incivilité » ; sa fascination pour l’ordre, certes qualifié de « juste » ; peignaient alors un tableau qui n’a pas été démenti depuis.

Elle a toujours en tête un objectif : celui de transformer le parti socialiste en parti social conservateur, défenseur de l’ordre juste cher au pape Benoît XVI. Dans ce schéma de pensée, elle a joué la pourfendeuse des 35 heures qu’elle juge « sources d’injustice ». Ancienne ministre de l’enseignement scolaire, elle s’est faite dénonciatrice des enseignants qui « travaille trop peu ». A la moindre résistance, elle oppose encore un temps doctoral et autoritaire, quand il n’est pas méprisant.

Le corpus idéologique qui se dessine en creux n’est pas, à proprement parler, nouveau dans la mouvance socialisante. Au tout début des années 30, au sein de ce qui est encore la Section française de l’Internationale ouvrière, apparaît le néo-socialisme. Je laisse la parole à René Merle :

« Les « Néos » socialistes reprochaient alors à leur direction de naviguer entre l’attachement stérile à la pensée marxiste, ignorant les modifications de la société française, et un réformisme au petit pied. Un œil sur le planisme belge et sur l’interventionnisme roosveltien, un œil sur l’autoritarisme nationaliste fasciste (jusqu’au slogan de Marquet, maire de Bordeaux, issu de l’extrême gauche socialiste, « Ordre , autorité, nation »), ils proposaient donc un renouvellement total de la pensée socialiste. Ils adoptaient volontiers les analyses de la presse, qui présentaient cet affrontement en conflit de générations. »

On sait comment vont finir les Marquet et Déat : collabos des nazis et laquais dociles du régime fasciste de Vichy. Je ne dis pas que Ségolène Royal finira facho. J’ai le procès d’intention facile mais pas jusqu’au « point Godwin ». N’en reste pas moins qu’elle constitue un élément dangereux de dérive au sein du parti dit « sérieux ». Elle n’est pas la seule, je vous l’accorde. Notre nouveau sinistre de l’Intérieur en est un autre.

Je vous écris tout cela, au final, juste pour dire que le sort électoral de la Maldonne du Poitou m’importe peu. Je sais que ces quelques lignes vont peiner un certain nombre de nouveaux venus au Front de Gauche qui furent de chauds partisans de la madame. Ne m’en veuillez pas, il n’y a rien de personnel. Je veux juste rappeler des faits, les placer dans une continuité historique. Cela est utile et nous permet à tous, de nous positionner en connaissance de cause. Connaître son passé, c’est éclairer son propre avenir (avec ou sans désir).

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Bonus vidéo : Orchestral Manoeuvres in the Dark « Maid Of Orleans »