Création de l'alternative : en progrès

Vous ne le savez pas mais j’ai un petit secret de fabrique. La femme de ma vie, celle que j’aime, est aussi mon partenaire de pensée. Nous n’avons pas les mêmes idées, les mêmes sensibilités parce que nos histoires sont différentes. Cela nous offre la chance de beaux échanges intellectuels, de sérieuses confrontations, de débats enflammés. Aussi, l’autre jour, nous avons parlé de l’objet d’une élection politique. Et s’est imposé à nous le constat : une élection, c’est la redéfinition du contrat social. En clair : que sommes-nous prêts à aliéner de nous même, en tant qu’individu donc, pour que la société fonctionne ? Ce contrat social repose sur un socle de valeurs. Avant même que de nécessiter une répartition des richesses, laquelle n’est, au fond, que le moyen pour mettre en œuvre les composantes du contrat, que nous appelons nous, au Front de Gauche, pacte républicain.

Ce matin, dans un quotidien gratuit, je lis une enquête assez intéressante sur les « 20 valeurs des Français ». Voici le résumé de cette enquête :

Liberté et justice au top : « Au firmament des attentes : liberté et justice. La crise est passée par là, qui a soulevé la question de l’égalité des citoyens en termes de rémunération et de fiscalité. »

Une fraternité individualisée : « Moins attendues d’un président car c’est aux Français qu’il revient de les construire, les valeurs de fraternité et de partage. Mais autonomie et tranquillité sont tout aussi importantes. Aujourd’hui, la fraternité s’individualise (sic). Halte aux discours sur la France éternelle ! Place à un « vivre ensemble » où convivialité et espace privé feraient bon ménage. »

Une égalité à réaffirmer : « L’égalité et, plus bas, la solidarité et l’équité, sont des valeurs sûres qu’il revient à un président de défendre alors que la crise a rendu les inégalités inacceptables. Mais la première des égalités est individuelle : la sécurité. »

Pas n’importe quel travail : La valeur travail reste une valeur phare. A condition que l’individu trouve un équilibre entre prudence et ambition. On ne rejette pas l’assistance, mais on lui préfère le mérite. On ne rejette pas l’esprit d’entreprise, mais on préfère la réussite à l’ambition. Il faut redéfinir la valeur travail pour lui donner un contour plus humain. »

Voici les grandes lignes donc, qui seraient celles des aspirations des Français. J’en trouve écho ici et là. Sur touittère, Merle teigneux, un de mes contacts, explique ce matin, tranquillement : « #Mélenchon n’attire pas que les classes populaires, je gagne plus que le salaire médian et je vote #Mélenchon ». La solidarité reste donc aussi une valeur forte parmi nos concitoyens. Des comme ça, je peux vous en trouver plein, qui rappelle que bon nombre de nos amis, voisins et même des gens que nous ne connaissons pas sont prêts à aliéner, voire à « sacrifier », une part de ce qui les constitue pour que le collectif puisse avancer. Je suis assez heureux de lire, dans une autre étude du CSA, ci-dessous, que notre candidature est bien vécue comme solidaire : 42 % des personnes interrogées estiment que les propositions du Front de Gauche s’adressent surtout aux gens socialement plus modestes que la personne qui répond.

Revenons donc à cette part d’aliénation qu’implique nécessairement le contrat social. Dans cette aliénation, ce qui rend autre, et souvent meilleur, il y a du matériel : l’impôt ; la cotisation sociale, mais aussi autre chose, souvent, le renoncement à une part de liberté. Comme avec le vieux dicton : « Ma liberté s’arrête là où commence celle des autres ». C’est d’ailleurs ce pari qui étaie le socle des valeurs du Front de gauche et explique son programme. Le résumé du fond et de la méthode est contenue dans cette phrase prononcée par Jean-Luc Mélenchon dans l’émission de TF1 Paroles de candidats, lundi 5 mars au soir : « On aime nos vieux, on en prend soin, on cotise ». Celle-là, elle est spécialement pour ma maman (coucou et au 13 mars !), qui dirige une maison de retraite publique.

Le Contrat social s’applique donc aux différents axes de la solidarité : inter-personnelle, inter-générationnelle, inter-régionale, internationale. Il s’applique aussi pour ce qui est de l’accès aux droits : logement, santé, emploi. Oui, nous le disons : un emploi est un droit – je pourrais même dire un dû, si le travail n’était pas une aliénation fondamentale (mais c’est un autre débat – , pas une aumône. Enfin, il s’applique à la liberté individuelle : liberté de croire ou de ne pas croire dans une religion, liberté d’exprimer ses idées politiques ou philosophiques, liberté de rester chez soi et de regarder le monde aller à vau-l’eau…

Je veux croire que notre contrat social, notre pacte républicain, est clair. Jean-Luc Mélenchon l’a encore explicité mardi 6 mars au soir, à Rouen. Nicolas Sarkozy, de son côté, présente un contrat social à sa manière, ne nous leurrons pas. Il repose sur des valeurs identifiées : celles d’une France blanche et chrétienne, fermée aux autres, dans laquelle la solidarité laisse le pas à la charité et à la marchandisation des échanges humains. Il l’a clairement expliqué dans son meeting de Bordeaux.

Pour ma part, je constate qu’il n’y a d’alternative qu’entre ces deux pôles radicalement tranchés. Notre contrat social bouscule l’ordre établi, c’est un fait. Il nécessite de reprendre au capital les dix points de richesse (le fameux Produit intérieur brut) qui sont passés du travail au capital. C’est pourquoi sa mise en œuvre nécessite un sursaut républicain ; mieux, une insurrection citoyenne. Assurément, l’oligarchie de ce pays ne se laissera pas déposséder en nous regardant gentiment depuis les fenêtres de ses palais modernes.

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Bonus vidéo : Public Enemy « Revolution »