Vous allez dire que j’ai mis du temps. C’est vrai. J’ai préféré, pour une fois, ne pas surfer sur l’actualité pour bloguer mais laisser un peu le temps de mûrir ma réflexion. J’étais un poil en boule lundi au réveil, que les participants à la primaire PS aient choisi Hollande. Dans le fond, c’est vrai : je n’en ai rien à faire puisque je n’ai pas participé à ce simulacre de démocratie. Je suis d’autant moins concerné que je voterai pour le Front de Gauche au premier tour et que j’ai comme le sentiment que Mélenchon pourrait bien porter les couleurs de la gauche rassemblée au 2e tour. J’aurai plus que l’occasion d’expliquer pourquoi dans de futures notes. Donc, vous allez me dire « pourquoi t’étais en boule coco ? ».

Et bien, c’est simple. J’ai déjà vécu ce qui vient de se produire avec cette primaire en 2006. J’étais alors encore membre du Parti socialiste, de ce genre de membres à qui mes « camarades » ne cessaient de répéter « Retourne au PC dont tu n’aurais jamais dû sortir ». Comme quelques vrais amis également militants du PS, j’avais décidé d’opter pour le candidat le moins pire, mais ce n’est pas là mon propos. Celle qui avait alors le vent en poupe, en 2006, était Ségolène Royal, que j’avais coutume d’appeler la « madone des sondages » tant il apparaissait époustouflant qu’une personne issue de nulle part, dont personnes ne se souvenait ou presque, puisse, d’un coup d’un seul, apparaître comme la championne de la gauche face à Sarkozy. Nous avons été quelques uns, pendant et après coup, à nous rendre compte de la grande manipulation. La droite, Sarko en tête, avec l’aide de ses amis propriétaires de médias et d’institut de sondages, s’est alors fabriqué tout seul comme un grand son adversaire.

Sarkozy et Hollande et Paris-Match
"non, non, rien n'a changé, tout tout va continuer, ouais, ouais"

La manip est simple. Prenons un candidat lambda, du genre pas dangereux du tout, celui qu’on battra forcément et facilement. Surtout parce qu’il n’y a, au fond, pas grande différence entre les idées qu’il porte et celles que la droite défend. Faites-le grimper dans l’opinion, à coups de sondages bien orientés, bien construits. La victoire appelle la victoire, comme l’a rappelé Arnaud Montebourg avec son « si Aubry avait été en tête, j’aurais appelé à voter pour elle ». Donc, plus on grimpe dans les sondages, plus on s’attire des sympathies. Au final, les militants résignés, l’idéologique ne comptant plus depuis longtemps au PS, choisissent celle, en 2006, qui apparaît la mieux placée pour battre la droite. Hop, Ségolène ! Le tour est joué. Sarko se frotte les mains et l’on connaît le résultat : la plus grande claque que la gauche ait enregistrée depuis que le président de la République est élu au suffrage universel : 53 % pour le candidat des riches, 47 % pour la « madone des sondages ».

L’héritier du petit père Queuille

Et là, voilà-t-y pas que le nabot de l’Elysée recommence la même manœuvre mais avec Hollande cette fois-ci et avec autant de succès. Faut croire que le candidat du « c’est compliqué, on verra », de l’évitement, de la posture représente le moindre mal pour l’homme aux talonnettes.

Mais, cette fois, je pense qu’il peut y avoir des surprises. L’envie de battre Sarkozy est très forte. A telle enseigne que le nouvel héritier du petit père Queuille, ci-devant président du conseil général de Corrèze, est crédité de 62 % d’intentions de vote au 2e tour cette semaine. Ca c’est sûr que l’autre énervé et énervant est solidement discrédité entre sa politique et le climat délétère qu’alimente les affaires qui surgissent de ci, de là. On se croirait à la fin du septennat de Valéry Giscard d’Estaing, avec les valises de Takkiédine en lieu et place des diamants de Bokassa. Mais le contexte international, avec la montée en force de la radicalité en Grèce comme aux Etats-Unis, les avancées que connaissent les pays s’essayant à d’autres voies que le capitalisme, nourrit la perspective de remplacer l’alternance par l’alternative.

A force de se chercher l’opposant le plus insignifiant avec Hollande, Sarko a peut être bien ouvert le chemin à une vraie rupture citoyenne.

Affaires à suivre donc…