Si le gouvernement est muet, la campagne de communication politique a commencé. La réforme des retraites de 2010 n’a servi à rien. On le savait, le Comité d’orientation sur les retraites l’a confirmé dans un document d’étape qui a opportunément fuité lundi 17 décembre. Jusque là donc, pas de surprises. L’innovation tient dans l’alarmisme soigneusement mis en scène par médias aux ordres interposés qui augure de nouvelles reculades coupables de la part du parti dit « sérieux ». Le résident de l’Elysée avait annoncé, dans son programme électoral, une « grande réforme en 2013 ». Il avait été discret sur son contenu, nous pouvons en deviner les contours dès à présent.

la retraite

Mais revenons d’abord sur ce que dira le rapport du Comité d’orientation des retraites (COR) qui fait l’objet d’une délibération ce mercredi 19 décembre.

La France n’est toujours pas en mesure d’équilibrer son régime de retraites. Malgré la réforme de 2010, le besoin de financement du système à l’horizon 2020 varierait dans une fourchette de 20,1 à 24,9 milliards d’euros, en fonction des hypothèses économiques retenues. Ce besoin passerait de 14 milliards en 2011 à 18,8 milliards en 2017.

La réforme de 2010 a été mise en œuvre par le gouvernement Fillon ; le parti dit « sérieux » y avait opposé une molle résistance, laquelle n’a pas contribué à ouvrir une perspective de nature à amplifier les mobilisations syndicales. A l’issue, on l’a eu dans l’os. L’âge légal de départ à la retraite a été reculé à 62 ans et la durée de cotisation allongée. Mais tout cela devait nous sauver. La seule chose qui a été sauvée, c’est une fois de plus le portefeuille des patrons et des actionnaires dont le niveau de cotisation a été préservé.

retraites hypothèses macro économiques

Parmi les raisons de l’échec de la réforme Fillon mises en lumière par le COR figure le faible niveau d’emploi – bref, la hausse du taux de chômage – synonyme de baisse des cotisations sociales part salariés. L’alarmisme du COR laisse à penser que la lutte contre le chômage ne sera pas une priorité dans les années à venir. Au demeurant, au vu des politiques austéritaires mises en place par le parti dit « sérieux », on comprend que le très sérieux COR ne s’aventure pas dans cette voie dangereuse.

Autre raison invoquée : la faible activité professionnelle des plus de 50 ans. Le ministère du Travail et des Affaires sociales le constate lui-même : « Pour diverses raisons, la France présente un taux d’emploi des plus de 50 ans parmi les plus faibles des pays de l’OCDE, alors que pointent déjà les difficultés liées à une faible croissance démographique et au vieillissement de la population active. » Vous aurez noté le très drôle et très elliptique « pour diverses raisons ». Parmi lesquelles, je suppose, nous devrions évoquer les « incitations » des patrons pour que les salariés de plus de 50 ans, avec une expérience confirmée et souvent un salaire en rapport, fassent valoir leurs droits à la préretraite. Quand ils ne sont pas, tout bonnement, licenciés.

Quel âge pour le départ à la retraite ?
Quel âge pour le départ à la retraite ?

Alors quoi ? Il faut aller chercher du côté de la conseillère occulte de Matignon et de l’Elysée pour devenir quelle sera la mesure phare officielle de la prochaine réforme des retraites. Ce sera donc, selon la très bien informée et pour cause Laurence Parisot, un nouveau recul de l’âge de départ à la retraite. A 63 ans. Et la durée de cotisation serait allongée à 43 ans. Si je m’en réfère à la réalité décrite plus haut, ces mesures n’auront pas plus d’effet sur l’équilibre financier que celles mises en place au knout par Fillon et consorts. Nul n’est dupe et surtout pas les « experts » du parti dit « sérieux ». L’urgence est donc à faire peur au peuple. Le déferlement médiatique qui a eu lieu dès lundi et encore toute la journée du mardi remplit sa mission. Mais dans quel but ?

Au final, l’allongement de la durée de cotisation pour les salariés et le recul de l’âge de départ n’auront pas d’effet. Parce que les entreprises sont toujours exonérés de cotisations sociales part employeur pour les salaires inférieurs à une fois et demi le SMIC, un chiffre supérieur au salaire médian qui, en France, s’élève à 1 675 euros par mois. Ce qui signifie que pour plus d’un salarié sur deux, les entreprises ne participent pas au financement de la retraite ni même des autres branches de la protection sociale. Par ailleurs, les revenus financiers ne contribuent toujours pas au budget de la Sécurité sociale, toutes branches confondues. Evidemment, ces pistes restent inexplorées par le COR et le gouvernement.

manif pour les retraites

Donc, il ne reste qu’une chose à faire : introduire la retraite par capitalisation et ouvrir, enfin, aux groupes d’assurances privées le marché juteux de la protection sociale. Bien sûr, vue l’impopularité de la mesure, cela ne se fera pas de manière ouverte – comme sur d’autres sujets – mais par incitation en réduisant progressivement le montant des pensions versées aux salariés, du public comme du privé, jusqu’à ce que s’impose à eux l’évidence de la « retraite complémentaire » financée individuellement.

 ———————–

Bonus vidéo : Neil Young « Old Man »