Le 11 septembre est toujours l’occasion, pour celles et ceux qui n’ont pas d’abord la culture de gauche, de reparler des attentats contre le World Trade Center. C’est donc aussi l’occasion pour la galaxie « conspirationniste » ou les adeptes de la « théorie du complot » de revenir questionner la thèse officielle. A savoir, les attentats ont été perpétrés par Al Qaida. Pour couper court aux polémiques inutiles, Oussama Ben Laden a fait état de son rôle dans ces attentats dans plusieurs vidéos. Le 13 décembre 2001, le décédé fondateur d’Al Qaida déclare :

Nous avons calculé à l’avance le nombre d’ennemis qui seraient tués, d’après la structure de la tour. Nous avons estimé que trois ou quatre étages seulement seraient touchés. J’étais le plus optimiste de tous […]. En raison de mon expérience dans le domaine, je pensais que l’incendie du carburant de l’avion ferait fondre la structure en fer du bâtiment, et que cela provoquerait uniquement l’effondrement des étages percutés par l’avion et de ceux situés au-dessus. C’est tout ce que nous espérions.

11 septembre 2001

Pour autant, un nombre certains de gens, malheureusement de tous bords, continuent à mettre en cause ces éléments de preuve. Le plus connu d’entre-eux est Thierry Meyssan, fondateur du Réseau Voltaire et considéré à l’époque comme « de gauche ». Il est principalement connu pour avoir ouvert la polémique sur les attentats du 11 septembre 2001 avec son livre L’Effroyable imposture, dans lequel il y attribue la responsabilité de ces attentats à « une faction du complexe militaro-industriel ».

Il y a suffisamment de choses à reprocher au gouvernement nord-américain et au complexe militaro-industriel sans s’égarer dans des dénonciations foireuses. La CIA a bel et bien tenté de tuer Castro à plusieurs reprises, elle a organisé la tentative de débarquement dans la « baie des Cochons », elle a fomenté le coup d’état au Chili en 1973 et permis l’assassinat d’Allende, elle a formé et armé Ben Laden engagé contre les troupes soviétiques en Afghanistan… La liste est très longue des malversations de l’Agence sur ou sans les ordres du gouvernement US. Pas la peine d’en rajouter car, au final, les « théories du complot », au final, ne servent que l’extrême-droite radicale.

Dieduonné Meyssan Soral chez Assad

Contrairement à ce que la proximité entre le FN et les néo-conservateurs états-uniens laisserait croire, une frange importante de l’extrême-droite est farouchement anti-américaine. Ces fascistes-là dénoncent le « capitalisme apatride », si possible « enjuivé » et l’impérialisme culturel des Etats-Unis. Convaincus qu’ils sont de la supériorité des Européens blancs, ils ne peuvent pas supporter qu’un pays d’immigrants et de brassage ethnique puisse détenir le leadership politique. Pour cette frange de l’extrême-droite, les USA sont vraiment le « Grand Satan ». Adeptes de l’adage « les ennemis de mes ennemis sont mes amis », ces fachos sont capables de soutenir Bachar Al Assad, Khadafi voire l’Iran et la galaxie Al Qaida.

Ils sont aussi capables de nouer des dialogues avec une frange de l’ultra-gauche qui ne retient de leur discours que les termes « anticapitalisme » et « anti-impérialisme », lesquels ne devraient faire partie que du registre lexical de l’extrême-gauche. Las, les choses ne sont pas si simples. Dans ce contexte général, rapidement brossé, la « théorie du complot » constitue une passerelle privilégiée. En se basant sur la seule question « A qui profite le crime ? », à laquelle il faut répondre « La Maison blanche », tout devient limpide et l’Ennemi apparaît dans toute sa splendeur. C’est d’autant plus simple que, comme le rappelle ConspiracyWatch, « le récit proposé s’affranchit des règles élémentaires du raisonnement scientifique, notamment en écartant systématiquement les éléments qui seraient de nature à le contredire ou – lorsqu’il consent à les examiner – en échouant à les réfuter de manière satisfaisante ». Le philosophe Philippe Huneman résume ainsi les choses : « Le conspirationniste méprise absolument tout ce qui serait de l’ordre de l’attestation matérielle de ses dires ».

Les Etats-Unis sont dirigés par des extraterrestres

ConspiracyWatch souligne enfin : « Se parant des oripeaux de la pensée critique, se réclamant du rationalisme et des Lumières, un conspirationnisme pathologique se livre à toute une série de mystifications visant à faire passer en contrebande une camelote idéologique souvent nauséabonde ». Ce qu’Alternative libertaire résume plus lapidairement par « le conspirationnisme est aussi une passerelle vers l’extrême droite », avec le cas d’école de Dieudonné. Ce dont il faut donc se rappeler c’est que l’anticapitalisme ou l’anti-impérialisme ne font pas une ligne politique. Encore moins l’anti-américanisme.

La base d’une analyse critique sérieuse des faits, ce sont… les faits, matériels, les preuves, les documents. Mais aussi une vision politique globale et cohérente. Le problème des adeptes de la « théorie du complot », c’est qu’ils ont une vision parcellisée de la réalité, arc-boutée sur quelques obsessions : « les Etats-Unis sont LE mal », « tout sauf le capitalisme » et autres lieux communs qui, même mis bout à bout, font tout sauf une pensée. Le refus des arguments délivrés par les institutions ne caractérise pas une pensée révolutionnaire. Une pensée révolutionnaire s’attaque à la complexité et l’embrasse. Elle ne vise pas la simplification, elle vise l’explication.

Les bobards partent toujours du même nid

Or, les conspirationnistes préfèrent toujours la simplification quitte à embrasser les thèses de l’extrême-droite la plus radicale.

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Bonus vidéo : Crass « So What »