Par Pierre

 

 « Passe la vie, passe le temps… »

Aux quartiers populaires et à leurs habitants,

A ma mère,

 

Un concert de Zebda, c’est un peu comme une fête de famille. On retrouve tous ces gens qu’on n’avait pas vus depuis longtemps, on est un peu étonné d’en revoir certains, il y a une fois de plus le petit cousin insupportable qui fait l’intéressant dans son coin, mais ça fait partie de ces moments qu’on attend toujours, si ce n’est avec impatience, du moins avec plaisir.

Comme pour les fêtes de famille, on croise toutes sortes de gens en allant au concert. D’anciens camarades de collège ou de rugby, des collègues de ses parents, des visages croisés au détour d’une promenade dans le parc des Coquibus. On peut même croiser de lointains cousins gauchistes venus en famille. Comme pour les fêtes de famille, il y a les petits derniers qui courent d’un bout à l’autre de la salle, et les anciens qui cherchent des places assises en haut des gradins.

Comme pour les fêtes de famille, il y a les potes du cousin rasta pour mettre un peu d’ambiance en attendant le dessert. Comme pour les fêtes de famille, c’est Tata Christelle qui gère le buffet et est un peu débordée parce que tout le monde lui demande des bières et qu’elle n’en a plus.

Photo : Essonne info

Comme pour les fêtes de famille, on est heureux de revoir ces cousins qu’on n’a plus croisés depuis 2003 et leur dernier album live. Alors, bien sûr, ils ont pris quelques rides et quelques cheveux blancs, mais ils ont toujours la même énergie et la même envie qu’avant. Ils passent toujours leur temps à sauter d’un bout à l’autre de la scène et à se lancer des piques pour animer les transitions.

Comme pour les fêtes de famille, on se raconte les vieilles histoires qu’on connaît tous par cœur, Tous ensemble, avec le même entrain que si elles étaient toutes fraîches. Et puis on est heureux de pouvoir entendre de nouvelles anecdotes, dont on avait déjà ouï dire par Mamy Germaine. Alors on saute ensemble, on chante ensemble, on danse ensemble, on s’émeut ensemble aussi.

Et quand sur Tomber la chemise, Magyd, Mouss et Hakim descendent danser dans la fosse avec le public pendant une dizaine de minutes, ça n’étonne personne. Quoi de plus normal que de danser tous ensemble, dans une fête de famille ? Alors bien sûr, l’oncle Jean-Paul est resté assis au fond comme d’habitude, mais sinon tout le monde est là, le petit Léo, la cousine Monique, toujours aussi jeune malgré ses soixante ans passés, Karima avec ses béquilles et son entorse de la cheville. Alors bien sûr, on fait attention, bien sûr il n’y aura pas de pogo. Mais après tout, on n’était pas vraiment venu pour ça.

Et puis comme dans une fête de famille, il y en a toujours un pour commencer à parler de politique. Qui en aurait douté, connaissant Zebda ? Alors bien sûr, le sous-texte de chaque chanson ressort. Et on est content, et on en parle, et on partage. Depuis La Promesse faite aux mains, consacrée aux « mains de prolétaires » (quel autre groupe aussi populaire que Zebda pour évoquer les prolétaires en concert ?) jusqu’à Harragas (les brûlés) dédiée aux gens qui se lancent dans l’aventure de l’immigration, « parce qu’on a tous droit à des lendemains meilleurs », la politique, la vraie, celle des petites gens et des grandes idées est là. Et on reparle du droit de vote toujours pas accordé aux étrangers, on écorche gentiment la guerre des « mythos » à l’UMP

Comme pour les fêtes de famille, on est si bien ensemble qu’on n’a pas vraiment envie de se quitter. Alors on fait durer les derniers morceaux, la présentation des musiciens, le rappel. Et ceux qui les connaissent bien, comme d’ailleurs le public de ce soir, savent que les deux dernières chansons interprétées par les Toulousains ne sont pas anodines. Tout d’abord Tout semble si…, consacrée aux victoires du FN aux municipales, puis Motivés, cette réinterprétation du Chant des partisans reprise en chœur par le public, et dédiée comme de coutume à ceux qui ont résisté par le passé, ainsi qu’à ceux qui luttent contre l’extrême-droite où qu’elle soit. Un appel à la solidarité aussi, « qui passe par un service public fort ». On vous avais bien dit qu’on se sentait en famille…

Alors bien sûr, comme pour les fêtes de famille, on est un peu triste de se quitter, on se dit que c’est passé trop vite et qu’on aurait bien chanté encore un peu. Mais après tout, on sait que, dans un an ou dans dix, on se reverra, qu’on rechantera ensemble les mêmes histoires, plus d’autres encore. On sait qu’on sera encore tous là. Et qu’on sera heureux d’être ensemble, une fois de plus…

 

Bonus copains : la rencontre de Zebda avec l’équipe d’Essonneinfo.fr

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Bonus vidéo : Zebda « Harragas (les brûlés) » Acoustic TV5 Monde