Par mi hermanito Ibère en exil

Mais où sont-ils ?

Lundi est tombée sur mon téléscripteur personnel l’annonce du blocage patronal de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois. Une sorte de réponse à la grève reconductible lancée par les salariés depuis mercredi 16 janvier. Les patrons du groupe automobile n’ont pas seulement fermé l’usine, ils ont de plus installé à l’intérieur une milice patronale afin d’empêcher que les ouvriers[i] ne puissent entrer dans les lieux. Alors que le site devait rouvrir hier, mardi à 14h, il est toujours fermé ce matin.

Vous imaginez bien que, choqué par une telle annonce, je me suis précipité sur la toile à la recherche des premières réactions des ministres que le dossier PSA doit, ou devrait, déjà tenir en alerte. J’attendais aussi un mot d’une invitée de dernière minute, je veux bien entendu parler de la ministre de la Justice, ci-devant madame Taubira, garante devant la Nation du respect des lois par toutes et tous. Car oui, en France, jusqu’à nouvel ordre, la justice est la même que l’on soit misérable ou puissant.

Peut-être le lien n’est-il pas si direct qu’il pourrait y paraître pour certains d’entre vous[ii]. Il me faudra donc passer par l’explication de l’une et le parallèle politique et sociale de l’autre.

 PSA en grève

Saint MEDEF

Alors, soit, commençons par la première. En France, le droit pour un patron de fermer une usine, entreprise ou tout autre société est soumis à des conditions particulièrement strictes et nous comprenons bien pourquoi. Le législateur dans sa sagesse[iii] a su mettre des gardes fous à ce droit de vie ou de mort du patron sur les ouvriers. Ainsi, le lock-out est-il soumis à des conditions clairement établies et sur lesquelles la Cour de cassation a eu tout loisir de s’exprimer. Dans un arrêt du 27 mai 1998, la Court de Cassation affirme que « le lock out est illicite s’il a pour but de faire obstacle à l’exercice du droit de grève ou d’entraver la liberté de travail ».

Et, si d’aventure, Peugeot SA voulait faire jouer son droit de police et fermer l’entreprise en cas d’impossibilité de maintenir l’ordre et la sécurité des personnes et des biens ,et bien, nous rappellerons à Mr Peugeot, que la Cour de cassation précise que la « simple crainte d’événements futurs et incertains » ne saurait suffire (Cass. soc. 8 décembre 1977 ; Réf: 76-40.594; Bull. soc. N°685 P. 549).

Maitre Amine Ghenim expliquant les procédures juridique à une syndicaliste de Fralib.
Maitre Amine Ghenim expliquant les procédures juridique à une syndicaliste de Fralib.

Il existe toutefois une dernière raison par  laquelle les magnats de Peugeot pourraient justifier de la fermeture de l’usine d’Aulnay : la jurisprudence française pose là l’exception d’inexécution. En clair, cela  qui signifie que l’employeur peut procéder à la fermeture de l’entreprise lorsque les salariés grévistes ont des revendications illégitimes (grèves illicites) ou des modes d’action prohibés.

Voilà donc, posées en quelques lignes les conditions qui rendraient possible l’exécution d’un lock-out. Celles-ci sont si éloignées des réalités que je refuse de perdre mon temps à les réfuter les unes après les autres.

 Fralib

Syndicalistes talibans[iv]

Maintenant, venons-en au parallèle de traitement dont devraient faire l’objet d’une part les patrons et d’autre part les ouvriers et plus particulièrement les syndicalistes[v]. En France, sous le gouvernement de Mr Hollande, gouvernement, soit dit en courant et le nez bouché, issu du Parti Socialiste, les syndicalistes sont trainés devant les tribunaux et les patrons, qu’ils soient voyous, escrocs ou simplement privilégiés, sont accueillis à l’Elysée et à Matignon. Qu’il s’agisse d’ArcelorMittal à Florange, de Fralib à Gémenos ou de Pilpa à Carcassonne, les salariés sont traqués, menacés et poursuivis devant les tribunaux jour après jour.

Je ne sais combien de fois je me suis rendu, en soutien à mes camarades de Fralib, devant tel ou tel tribunal. Je suis persuadé que nombre de mes camarades du Parti de gauche et du Front de gauche en font autant chez eux, dès lors que leur présence est utile aux côtés de ceux qui luttent l’intérêt général.

Avec les Fralib, au tribunal d'Aix en Provence en janvier 2012
Avec les Fralib, au tribunal d’Aix en Provence en janvier 2012

Nous, à gauche, pensions que le harcèlement juridique dont étaient victimes les syndicaliste disparaitrait aussitôt le gouvernement, libéral et réactionnaire, de Mr Sarkozy fichu à la rue. Et puis rapidement, très rapidement, nous avons commencé à avoir des doutes. Je me souviens encore de mon camarade Gérard Cazorla, secrétaire du Comité d’entrprise de Fralib et délégué syndical, au tribunal de Nanterre. A l’issue de l’audience et alors que nous entourions tous Gérard, Hélène Le Cacheux, ma camarade et membre du Bureau national du Parti de gauche, échangeait avec maître Amine Ghenim, avocat des Fralib, et lui disait ceci : « La première des mesures que doit prendre François Hollande devra être celle de gracier tous les syndicalistes poursuivis sous l’ère Sarkozy. Elle aura un effet double, redonner confiance à ceux qui luttent et leur permettre de « vivre » et elle donnera un signal fort aux patrons. Ensuite il devra dépénaliser l’action syndicale. Mais, nous savons bien qu’il ne le fera pas ! ». Elle a été la première que j’ai entendu dire cela. Depuis, nous en avons fait un slogan et un mot d’ordre.

Nous sommes encore loin du compte !

Depuis lundi, les patrons de PSA se rendent coupables d’un acte sévèrement réprimé par la loi. Mme Taubira n’a pas eu la moindre réaction, Mr Montebourg, probablement à la pêche avec sa jolie marinière, reste, comme à son habitude, inutile au combat de classes. Pour terminer ce triste tour d’horizon, Mr Ayrault était … mais au fait … Où est Mr Ayrault ? Qui a de ses nouvelles ?

Peugeot PSA Varin m'a tué

Ces ministres sont-ils au courant des pratiques de la famille Peugeot ? Est-il nécessaire de leur rappeler les agissements des milices patronales ? Devons-nous leur rappeler les morts de 1968 ou encore les exactions de 1973 ? Jusqu’ici la famille Peugeot ne s’est JAMAIS expliquée, elle n’a même JAMAIS déposé plainte contre les auteurs des différents livres portant sur le sujet.

Alors mon camarade Gérard F., toi qui dit être si important que tu peux peser sur la ligne de ton parti et sur le gouvernement, qu’attends-tu pour rappeler à tes camarades l’histoire qui est celle du mouvement ouvrier ? Ou bien, serait-ce, que, comme j’ai la faiblesse de le croire, la « gauche » du PS n’existe que dans les rêves enfiévrés de quelques nostalgiques ?

Violences chez Peugeot à Sochaux en 1968

Plus sérieusement, je veux m’adresser à toi, le brave type, la brave femme qui se dit qu’un gouvernement de gauche doit aider les petits, les sans grades ; que la gauche au pouvoir elle sert à ça, à protéger celles et ceux qui en bavent pour vivre. Alors, la prochaine fois que tu devras voter, rappelle toi qui te laisse tomber et rappelle toi qui est à tes côtés lorsqu’il faut serrer le poing et se redresser pour faire entendre sa voix.

 

 

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[i] Je me permets ici une explication de texte pour faciliter la lecture de la suite de l’article par celles et ceux qui manqueraient dramatiquement de culture ouvrière et d’une connaissance, même basique, du vocabulaire de base et des concepts initiaux du monde 1- du travail, 2-de la lutte de classes, qui sait, si d’aventure un ministre ou un journaliste ne vienne trainer ses guêtres par ici. Donc OUVRIER, n’est pas une insulte, un qualificatif dépréciatif mais un terme chargé de sens, d’histoire, de luttes et de victoires. Ouvrier, celui qui œuvre en d’autres termes, dans le monde du travail, l’ouvrier est celui qui bosse contrairement à l’administrateur qui est celui qui suce le sang. Vous comprenez la différence j’imagine. Le terme issu du latin « operari » (Opérer, travailler avec ses mains ) et « operarius » ( celui qui fait). Fin XII° évolue vers « overier » puis « ouvrier ».

[ii] Visiblement, il y a beaucoup de ministres et de journaliste qui lisent ce modeste blog J

[iii] J’ai toujours rêvé d’écrire un tuc pareil. La seule sagesse du législateur est due aux rapports de force que la classe ouvrière dans son infinie sagesse a su mettre en place face aux puissants pour faire valoir ses droits. Ne nous trompons pas, la loi n’est bonne que si elle est collectivement rédigée et acceptée!

[iv] C’est ainsi que l’avocate d’UNILEVER a qualifié les syndicalistes de Fralib durant sa plaidoirie au tribunal d’Aix en Provence le 24 septembre 2011

[v] Les syndicalistes n’étant que l’avant-garde éclairée des ouvriers.

 

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Bonus vidéo : Lard « The Power of Lard »