Si vous habitez en Île-de-France, vous avez – quasi – rendez-vous chez moi samedi 1er septembre. Je sais, je devrais déjà parler du référendum sur le Traité de stabilité européenne, le TCSG… Mais d’autres le font mieux que moi, comme mes amis Romain Jammes ou Alain Bousquet. Je vous invite donc à aller les lire pour en savoir plus sur notre manifestation du 30 septembre. Moi, en ce moment, ce qui me démange, c’est le sort des sans papiers et des Rroms. Et, samedi 1er septembre, à 14h30, nous avons rencart place de la République à Paris pour aller en cortège jusqu’à l’église Saint-Bernard. Il s’agit de se rappeler qu’en 1996, « avec humanité et cœur », le sinistre de l’Intérieur d’alors, digne prédécesseur de l’actuel, envoyait la police avec des haches pour déloger les « sans papiers » réfugiés dans cette maison. Pour se rappeler, vraiment, ce qu’il s’est passé ce 23 août 1996, je vous renvoie à la lecture d’un témoignage poignant.

Si ça me tient tant à cœur, cette question, c’est parce que je n’attendais rien de la nouvelle majorité sociale-libérale sur les questions qui constituent pour moi le centre de l’action politique : pouvoir, capitalisme, redistribution des richesses. Ça fait bien longtemps que j’ai analysé leur renoncement quant à changer la vie. Il n’est qu’à écouter les propos de Montebourg en direction des syndicalistes de PSA… Ou entendre Pierre Moscovici annoncer, royal au bar, une baisse de deux cafés sur un plein (6 centimes par litre) d’essence.

J’ai voté pour virer le nain, ça c’est fait, et pour ceux qui ne pouvaient pas « se défendre » avec les mêmes armes que nous autres : les « sans papiers » et les Rroms essentiellement. Je nourrissais l’espoir que le gouvernement dit « socialiste » les traiterait d’une autre manière. Je ne suis pas totalement amnésique : je garde en tête le mot de Rocard, « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Mais quand même… Il suffisait de pas grand chose pour faire moins pire. Las, le Valls a pas mis le temps pour réfléchir et poursuit l’action de son Guéant de prédécesseur. Fermez le ban, la messe est dite : le changement, c’était du flan.

Il s’agit donc de maintenir le cap : régularisation de tous les « sans papiers », qui ne demandent qu’à bosser – pour la plupart c’est le cas – légalement. Quand on cherche des recettes supplémentaires pour faire tourner la maison France (ah ? Là, ce serait plutôt « on cherche à supprimer des dépenses » ? Comme avant donc ?), ce n’est pas si con que cela de se rappeler que les immigrés légaux, ceux qui ont des papiers donc, « rapportent » 12 milliards d’euros à la collectivité nationale chaque année.

Je ne vais pas en rajouter sur les traditions d’accueil de la France « patrie des droits de l’Homme », tout ça… A la fin, si les gouvernements qui se succèdent depuis la IIIe République avaient mis en œuvre la même politique qu’aujourd’hui en matière de « sans papiers », je vous le dis comme ça en passant : je ne serais certainement pas Français, je ne serais même probablement pas du tout. Et il en va de même pour pas mal d’entre vous amis lecteurs. Pour ce qui me concerne, je préfère me rappeler de la place réservée aux étrangers pendant la Commune de Paris.

« Nombreux sont les étrangers qui participent à la Commune : les travailleurs immigrés, que l’on compte par milliers, surtout Belges et Luxembourgeois, les Garibaldiens et les révolutionnaires qui cherchaient asile dans le pays incarnant les Droits de l’homme. Fait unique dans l’histoire mondiale, plusieurs étrangers occupent une place dirigeante dans le processus révolutionnaire. Un juif hongrois, ouvrier bijoutier, Léo Frankel, siège au Conseil général de la Commune. La commission des élections, le 30 mars 1871, valide ainsi son élection : « Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent […], la commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis, et vous propose l’admission du citoyen Frankel.. » Léo Frankel est promu ministre du Travail et inspire toute l’œuvre sociale de la Commune. Des généraux polonais, Dombrowski et Wrobleski, assument des commandements militaires. La Russe Elisabeth Dmitrieff dirige l’Union des Femmes. »

Oh ! Pas de nostalgie dans mon propos. Juste la revendication d’une filiation politique et philosophique. Comme le précise mon syndicat, la CGT, il s’agit « de rappeler au gouvernement actuel ses engagements de campagne et faire la preuve que les sans papiers, travailleurs sans papiers, organisations syndicales, associations et collectifs restent encore et toujours mobilisés depuis l’évacuation de l’église Saint Bernard ». Alors, à samedi, j’espère.

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Bonus vidéo : Metroland « The Passenger »