Ils ne veulent pas de la loi d’amnistie sociale. Après Razzy Hammadi, député se revendiquant de « l’aile gauche » du parti solférinien, c’est Bruno Le Roux, patron du groupe à l’Assemblée nationale, qui l’a dit ce 24 avril au matin chez Jean-Jacques Bourdin. La proposition de loi d’amnistie de faits commis dans le cadre d’une lutte sociale ne sera donc pas votée « en l’état » à l’Assemblée. Déjà, le texte présenté par les sénateurs Front de gauche a été considérablement vidée de son contenu. A encore la modifier, autant dire que le texte sera nul et non avenu.

 

Choisis ton camp camarade

On peut comprendre la colère de Xavier Mathieu, des Conti. Il l’a exprimée assez vertement, à sa manière.

Les faucheurs volontaires ne sont pas concernés par la loi, les postiers du 92 non plus. Si c’est juste pour dire « on a amnistié Xavier Mathieu », on n’en va pas de leur loi !

Les sénateurs solfériniens ont déjà considérablement réduit le champ d’application du texte d’amnistie. Il ne concerne plus que les faits passibles de moins de 5 ans de prison. Exit aussi les faucheurs d’OGM, désobéissants, antipubs, militants antinucléaires, Notre Dame des Landes, ligne THT, Base Elèves et RESF… A lire entre les lignes du patron des députés solfériniens, il n’y aura plus personne de concerné par la loi.

Tout est dit militant pas voyou

Ce qui interroge dans les propos de Bruno Le Roux, c’est qu’il utilise les mêmes arguments que le patronat et la droite pour expliquer que la proposition de loi déposée par les sénateurs communistes ne lui va pas. « Cette amnistie est inacceptable, choquante, incompréhensible, ne cesse d’ailleurs de fustiger Laurence Parisot, l’ex présidente du Medef. À un moment où tout le monde veut rappeler des valeurs essentielles, je ne vois pas comment on peut justifier cette amnistie. »

Bruno Le Roux, sur les ondes ce matin, a procédé à des amalgames qui ont manqué de peu que je ne recrache mon café sur l’écran de mon ordinateur. Il s’est retenu, je suppose, de tirer un trait d’égalité entre les syndicalistes qui défendent leur outil de production et les fascistes qui descendent dans la rue « casser du pédé », mais il lui a audiblement fallu faire des efforts.

Manifestation pour la loi d'amnistie devant le Sénat

Portant aux nues le « dialogue social » – l’Accord national interprofessionnel, en bon français -, il n’a pas eu un mot sur la violence patronale. Pourtant, c’est bien ce 24 avril que PSA annonce que le site d’Aulnay va fermer plus tôt que prévu. C’est encore aujourd’hui que débute l’extinction définitive des hauts-fourneaux de Florange et l’enfouissement des promesses du candidat Hollande. Il y a là l’expression d’un deux poids deux mesures qui rappelle violemment Lafontaine :

Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements du PS vous rendront blanc ou noir.

Dans la guerre de classes qui s’intensifie, le parti solférinien semble choisir son camp. Pourtant, Benoît Hamon, ministre délégué à l’Économie sociale, voyait dans le texte du Front de gauche « un message de paix et de dialogue ». La ministre de la Justice, Christiane Taubira, elle, parlait d’une « œuvre de justice ». La ligne de fracture passe donc dans le gouvernement autant que dans la majorité parlementaire. Pourtant, malgré cela, les conditions d’une autre politique existent, pour mettre en place le « nouveau pacte majoritaire » qu’appellent de leurs vœux Marie-Noëlle Lienneman et Emmanuel Maurel à l’unisson du Front de Gauche. A l’image de la transposition de l’ANI en loi, l’attitude de nos amis sur le texte d’amnistie sociale sera éclairant quant à la sincérité de leur démarche.

Avec Gérard Cazorla devant le tribunal de Nanterre

Il faudra choisir entre Filoche et Hammadi, les camarades. Et là, c’est à vous de jouer. Nous, nous avons choisi notre camp.

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Bonus vidéo : Einstürzende Neubauten « Kollaps »