Allez, ce mercredi, le militantisme reprend ses droits entiers. En plein air en tous les cas. A 13 heures, le 9 janvier, je serai avec mes camarades du Front des luttes, dont mon ami Philippe Juraver, pour aller soutenir les salariés de Virgin Megastore. Pas moins de mille emplois sont sur le tapis vert, jetés à nouveau par la main invisible du marché. Qui sait dans quel état nous allons les retrouver… Pour l’heure, ils ont l’air motivés et mobilisés les copains. Espérons que nous serons un peu mieux qu’un soutien symbolique dans ces quelques heures qui nous séparent du rendez-vous devant l’enseigne des Champs-Elysées. C’est en effet ce mercredi que Virgin devrait annoncer le dépôt de bilan. 26 magasins, 1.000 emplois, sans compter les postes de travail indirects, sont concernés.

Virgin licenciements

Bon, à force, je crois que vous avez compris que, lorsque je parle de « main invisible du marché », c’est une boutade. Pour les nouveaux venus que je salue, je ne suis pas sérieux quant à cette expression. Parce que, contrairement à ce qu’a déclaré notre résident de l’Elysée durant la campagne, l’ennemi des Virgin a un nom, un visage, une adresse. En l’occurrence, et pour ce qui concerne ce papier, il a le visage de Butler Capital Partners, repreneur de l’enseigne fondée par Richard Branson et un temps propriété de Lagardère.

C’est bien ce fonds d’investissement qui est montré du doigt par les organisations représentatives des salariés de Virgin, comme « principal responsable », faute d’avoir réalisé les investissements nécessaires. Sylvain Alias (SUD) a affirmé avoir reçu lundi 7 janvier au soir « des documents accablants » démontrant une « incurie de gestion, qui ne peut être que sanctionnée par les tribunaux ». Selon lui, « depuis des mois, Virgin ne paie plus ses bailleurs ». Le représentant de FO relève de son côté que « les loyers n’avaient pas été payés sur tout le réseau en octobre, novembre et décembre ».

virgin megastore soutien

Bien sûr, la direction de Virgin évoque l’effondrement du marché du disque et des livres, en raison du téléchargement. L’argument ne tient pas, balayé d’un revers de main par mon ami Ian Brossat, président du groupe Front de Gauche au conseil de Paris : « La mutation des industries culturelles a bons dos. C’est faire peu de cas de la responsabilité de Butler, un groupe qui, sans spécialisation quelconque ni stratégie, rachète et presse le citron avant de s’en débarrasser. Les salariés et leurs syndicats avaient alerté sur le manque de stratégie de l’entreprise ; si on les avait écoutés, on n’en serait pas là. »

Au demeurant, habitant pas loin du Virgin Megastore de Barbès, j’ai pu mesurer que la clientèle reste présente, malgré la crise. Pour pouvoir acheter ma place pour Depeche Mode (au stade de France le 15 juin prochain, si ça vous intéresse), j’ai du m’y prendre à trois fois pour finir un jour de semaine vers 11h45, heure la moins pénible pour qui veut éviter d’attendre plus d’une demie heure. Et oui, bien que grand adepte du téléchargement – et pas que légal – je fréquente encore les enseignes physiques pour m’approvisionner. Je sais que je ne suis pas le seul, loin de là. Cela conforte l’analyse d’Ian ci-dessus.

virgin

En revanche, ce qui est certain c’est que l’absence d’investissements conjuguée à la quête d’une rentabilité maximale dans les délais les plus courts, marque du capitalisme moderne, ne plaide pas en faveur de la pérennité des emplois. A Virgin ou ailleurs.

Bonus militant : signez la pétition de soutien aux salariés de Virgin.

————————

Bonus vidéo : Van She « Virgin Suicide »