Non, Jean-Luc ! Je suis désolé, mais, pour une fois, tu te trompes mon cher camarade. José Bové ne fait pas montre de jalousie. L’ancien apôtre de la désobéissance civile, le démonteur de McDonald’s que j’ai été soutenir lorsqu’il était emprisonné du côté de Montpellier, le faucheur volontaire, est à l’image d’un gamin contrarié. La violence de sa réaction à notre proposition commune de marche le 5 mai pour une 6e République démontre qu’il est pris au piège, à son propre piège.

Ca c'était avant

L’ex agitateur du Larzac a donc couiné : « A un moment, quand on dit : « tous pourris d’un côté, coup de balai, le peuple doit reprendre le pouvoir », la moindre des choses, c’est que soi-même, on n’ait rien à se reprocher ». Bon, c’est la même absence d’argumentation que celle de Cohn-Bendit il y a peu. On va pas y passer la nuit, nous avons déjà répondu. Alors, revenons aux raisons de la colère du petit José.

Il faut comprendre. C’est difficile pour un ancien désobéissant d’assumer ce qu’il est devenu : le défenseur du two pack soit le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance en Europe. Il pensait pouvoir se frayer, par là, une voie tranquille vers la notoriété assagie, préalable à ses rêves de gloire institutionnelle. L’exemple de Daniel Cohn-Bendit lui semblait le meilleur à suivre. Las, l’ancien rebelle devenu molosse aux crocs limés voit ses rêves disparaître à mesure que le peuple se rallie à des formes d’action plus en phase avec ce qu’il était avant.

José Bové prisonnier de l'électoralisme EELV

Donc, il enrage, il trépigne, il glapit. Et il lui faut un déversoir à colère. C’est donc toi, Jean-Luc Mélenchon, toi qui a osé commettre l’irréparable. Tu as puisé dans le lexique et l’outillage militant qu’il a contribué à créer. En prônant l’insurrection citoyenne, tu ouvres à la colère noire du peuple la perspective d’une construction. En offrant aux habitants de ce pays le drapeau de la 6e République, tu mets à disposition d’autres moyens que le vote F-Haine. En sollicitant l’irruption du peuple dans le jeu fané de la politique solférinienne, tu permets à chacun de constater que la règle ne vaut plus quand ceux qui ont la charge glorieuse de l’écrire s’en affranchissent.

Là est le ressort du petit José Bové, comme l’enfant qui refuse un jouet qu’on lui donne et qui enrage de voir son voisin l’utiliser. Combien avons-nous été, comme toi, comme moi, comme des milliers de gens, à croire que José la moustache poursuivait un autre rêve que celui du maroquin ministériel ? A dire le vrai… Moi, en 2007, j’ai voté Marie-Georges Buffet aux deux tours. J’ai toujours la méfiance à fleur de peau quant aux « sauveurs suprêmes ». Pour Bové, on dirait que j’ai eu le nez creux.

Mélenchon fait encore la leçon au petit José

Allez Jean-Luc, ce n’est pas grave que tu te sois trompé sur la cause de la réaction de José. Le fait est bien qu’il a réagi par rapport à la proposition que tu as exprimée au nom du Front de Gauche, en notre nom à tous. Oui, comme l’a si bien exprimé Christiane Taubira en 2002, avec des mots terriblement actuels, il y a urgence à permettre l’implication des citoyens dans la vie publique. Que ce soit en participant au processus législatif ou en démontant un McDo.

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Bonus vidéo : Santigold « Big Mouth »