La « Dame de fer » rouille désormais en enfer. Ses obsèques, mercredi 17 avril, ont montré que l’ancienne Première ministre divise encore profondément, tant la société britannique que celles et ceux qui se piquent de politique. Plus que d’autres, elle a incarné ce qu’est l’ultra-libéralisme, sa férocité, son mépris fondamental de l’Humain. Mais sa mort ne signifie point celle de cette idéologie. Mon confrère Pierre Parillo, qui doit hurler en lisant cette introduction, en est l’illustration parfaite. Pierre, avec tout le respect que j’éprouve pour l’être humain, est un des héritiers de la sorcière. Je lui reconnais aussi le mérite de l’assumer sans aucune nuance.

La vieille harpie, l’assassin de la classe ouvrière britannique, est morte. Je ne m’en félicite pas. Ce n’est pas une femme, ou un homme, que je combats mais les idées. Et les idées que portait la Thatcher vivent bien. Bien trop à mon goût. Outre Pierre, elles ont infusé jusqu’à la partie modérée de la bourgeoisie connue sous le nom de « parti solférinien ».

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L’idéologie thatchérienne professe en effet la fin de l’Etat comme outil de protection, de redistribution, d’émancipation. Elle impose que le marché, l’argent donc, règle tout et que la « main invisible » régule elle-même les rapports sociaux entre êtres humains. Elle a dessiné un ordre nouveau qui s’impose, peu à peu, dans toute l’Europe sous la forme d’une vraie contre-révolution.

C’est bien au nom de cette vision idéologique des relations économiques que le gouvernement français a capitulé devant Renault et PSA. C’est au nom de cette « main invisible du marché » et de son corollaire « l’Etat ne peut pas tout » que le ministre du Redressement productif s’est privé des moyens d’intervenir auprès des salariés de Petroplus, de Florange ou de Fralib.

C’est enfin au nom de cette idéologie libérale que le parlement a décidé de se couper les ailes en entérinant, au mot près, l’Accord national interprofessionnel écrit par la Thatcher française, Laurence Parisot. C’est bien cette idéologie du désengagement public qui est à l’œuvre et qui bouleverse la hiérarchie des normes en imposant un simple accord comme supérieur à la loi.

Au demeurant, à qui sait lire, cette idée figurait déjà dans le programme du résident de l’Elysée. C’est pourquoi je le nomme ainsi : il ne fait qu’occuper les locaux, s’étant privé volontairement des moyens d’intervenir dans la vie publique. En ce sens, Margaret Thatcher a enfanté François Hollande.

La clé du succès, pour la non regrettée Dame d’enfer, a été de chercher et d’imposer le clivage. Ainsi, elle a animée la bataille culturelle et idéologique jusqu’à la gagner. Cette méthode, héritée de Gramsci, montre bien que les idéologues ultralibéraux sont encore ceux qui ont le mieux compris Marx et ses continuateurs. Reste à la gauche à se réapproprier ses propres outils.

Nathanaël Uhl