J’écris cette note avec des gants de chirurgien. Il m’est assez pénible en fait d’ouvrir le dossier de Daniel Cohn-Bendit, tant les remugles nauséabonds abondent dès lors que le scalpel de l’enquête pénètre la chair de ce corpus médiocrate. De quoi donc cause-t-on ? On connaît le Cohn-Bendit depuis des lustres, il fait partie, « trublion » autoproclamé (encore un) du paysage éditorial français. Oui, vous avez bien lu, je refuse de lui accoler le qualificatif « politique » et pour cause. Ouais, on le connaît, celui qui fait passer une envie de baiser pour une aspiration à une autre société. Donc, pourquoi revenir disséquer ce cadavre de la pensée ? Il bouge encore le bougre.

Il a de nouveau bougé ce 2 décembre, appelé par téléphone par la chaîne >itélé à commenter le meeting électoral de son pote Sarkozy à Toulon. On attendait de l’eurodéputé ver (pas de faute !) une saillie bien violente sur les errements du prési-candidat à propos de l’Europe. Ce sera finalement un tacle à hauteur des cervicales pour ses « camarades » de gauche.

Résumé : Après Chevènement et Mélenchon, Montebourg réveillerait la vieille germanophobie de gauche. Et de conclure que ces trois « font du Front national de gauche ». Une récidive puisque, interrogé sur RTL le 11 novembre, voilà ce qu’il disait à propos de Jean-Luc Mélenchon : « Quand on voit son livre, ce qu’il dit sur l’Allemagne, quand il parle de la « grande France », ce qu’il dit sur les boches, c’est insoutenable, intolérable ». L’ancien agitateur de la cité universitaire de Nanterre concluait déjà que Mélenchon tient un discours qui « va même labourer sur les terres du Front national ». Au moins, il a de la constance.

Je veux juste profiter de cette  note pour vous renvoyer au fond politique de ce que dit le candidat du Front de Gauche à la présidentielle : « Nous ne reprochons pas à madame Merkel d’être Allemande, nous lui reprochons d’être conservatrice et libérale (…) Voilà pourquoi nous n’acceptons pas que l’on parle des Allemands en les réduisant à madame Merkel ou en faisant comme si madame Merkel était Hitler ou Bismarck ». Voilà ce qu’il a déclaré le 1er décembre à Talence.

Dany le jaune, chien de garde du capitalisme

Ce n’est pas non plus une nouveauté que de voir Dany-le-jaune flinguer dans le dos la gauche française qu’il ne voit, de toutes les façons, « pas gagner en 2012 » (déclaration à l’AFP 15 janvier 2011). Ainsi, en 2000, il préfère aux rencontres des Verts la 2e université d’été du MEDEF, fraichement créé par le baron Ernest-Antoine Sellière et l’ex maoïste Denis Kessler pour apporter une réponse idéologique aux 35 heures votées par l’Assemblée de gauche plurielle. Le très libéral thème « Nouvelle économie, nouvelle société » a convaincu l’ex-rebelle de participer. Le Figaro raconte : « Ils étaient tout contents, les trois mille patrons en chemisettes réunis hier sur le campus HEC de Jouy-en-Josas, de s’être offert pour leur université d’été du Medef l’insaisissable Dany qui, quelques jours plus tôt, boudait ses amis les Verts (…) “Votre question, commence Dany, le capitalisme est-il moral ?, ne m’intéresse pas. Arrêtez ! Laissez-ça aux curés ! Le souci des capitalistes, c’est de gagner et ils ont raison.” »

La liste des vilénies du libéral libertin à l’encontre de la gauche est bien longue. Vous en trouverez des extraits sur le site du journal écolo La Décroissance. Personnellement, je fais remonter la première trahison de DCB à mars 1968, mais c’est personnel.

Cela dit, Dany-le-jaune n’avance pas à visage couvert. Mû par son égocentrisme, il dit tout haut ce qu’il fait. Et ne se cache pas, ainsi, d’une vraie amitié pour Sarkoy.

« Ce qu’il y a de fascinant chez [Nicolas Sarkozy], c’est son énergie, sa capacité d’avancer. Mon fils me dit souvent : “Arrête d’attaquer Sarko, il est comme toi !” » Daniel Cohn-Bendit, Le Monde, 18-4-2009.

« Dis à ton fils qu’il a raison. On se ressemble beaucoup. » Nicolas Sarkozy, Libération, 19-6-2009

De fait, ils se voient régulièrement, déjeunent ensemble et tout ça. Julien Dray aussi, c’est exact. Mais Julien, à qui j’ai pas mal de choses à reprocher, ne tire pas dans le dos de ses camarades.

Dany-ami

Aujourd’hui, alors que les forces de la gauche de transformation sociale rassemblées progressent fortement dans l’opinion, que François Hollande fédère l’électorat social-fataliste et que le FN recrute les déçus du Sarkozisme populaire, il fallait bien Cohn-Bendit pour sauver son pote Nicolas. En qualifiant le PS de germanophobe, en alimentant la campagne calomnieuse sur Mélenchon, il contribue à tenter de discréditer toutes les gauches. Sarko, qui a raté son deuxième discours de Toulon, est content. Pendant que Pécresse, Mariani, Morano, Wauquiez et Fillon déconnent à plein tube, Cohn-Bendit fait le job.

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Bonus vidéo :
Rage Against The Machine « A Bullet In The Head (Alex Spanky Remix) »