Malgré les vacances scolaires, la mobilisation en faveur de PSA Aulnay ne faiblit pas. Demain, jeudi 8 novembre, se tiendra une nouvelle séance de négociation tripartite, c’est à dire entre les organisations syndicales, la direction du groupe PSA et l’Etat. A cette occasion, j’irai manifester à 10 heures à Bobigny, de la Bourse du Travail à la Préfecture avec les camarades de PSA, évidemment, mais aussi ceux des autres entreprises en lutte en Seine-Saint-Denis.

Pierre Laporte, président du groupe Front de Gauche au conseil général de Seine-Saint-Denis, et Philippe Julien, secrétaire de la CGT PSA Aulnay

Lundi dernier, le 5 novembre, avec un de nos conseillers régionaux et par ailleurs délégué national du Parti de Gauche, François Delapierre, mes camarades du Front des Luttes Île-de-France ont organisé un petit happening. Philippe Varin, polytechnicien et patron du groupe PSA, devait intervenir devant les élèves de l’Ecole Polytechnique, dont il parraine une promotion. Fort bien, on reste entre soi, n’est-ce pas. Mais mes amis ont saisi l’occasion pour aller interpeller les élèves et les agents de l’Ecole « qui forme l’élite de la Nation » avec un petit tract sobrement intitulé « Les licenciements à PSA, un modèle pour Polytechnique ? »

Télécharger le tract unitaire du Front des luttes et NPA.

C’est peu courant que la gauche aille s’adresser aux élèves et agents de cette grande école. Il y avait possibilité de confrontation, le polytechnicien n’étant pas renommé pour son attachement aux valeurs de Jaurès encore moins de Marx. Au final, les choses se sont plutôt bien passées. Et quelques préjugés sont tombés puisque mon ami Philippe Juraver, animateur du Front des luttes en Île-de-France, a reçu un courriel de la part d’un élève de l’Ecole polytechnique. Lequel a souhaité que sa prose soit par nous autres utilisée. La voici donc in extenso.

 

« Salut, je vous raconte un peu la conférence :

Déjà, dans le hall avant l’entrée en amphi, c’était génial. Je voyais tout le monde en train de lire le tract, la diff a été super ! Au point qu’avant de démarrer la conférence, le « commandant de promotion » a été obligé de prendre la parole pour dire : « Bon, vous avez tous un petit prospectus avec vous, je vous demande par respect pour les intervenants de le ranger et de le lire après l’amphi ». Mais trop tard, les gens l’avaient déjà lu…

Les 45 premières minutes, des ingénieurs, cadres, chercheurs ont raconté leur boulot chez PSA. Puis est arrivé Varin. Tout le monde s’est évidemment levé et avant qu’il prenne la parole, le directeur a fait un petit discours pour dire comme il était fier de recevoir un invité de cette envergure, etc.

Un élève est ensuite monté sur scène pour dresser le portrait du PDG « capitaine d’industrie », « homme au parcours exceptionnel »… Vues certaines réactions, d’autres élèves ont trouvé qu’il en faisait peut-être un petit peu trop.

Puis finalement, discours de Varin. Il a parlé « innovation », « choc de compétitivité », et a évidemment évoqué le plan de licenciement. Ce plan est « nécessaire ». « Entre les reclassements et les départs volontaires, il n’y a aucun licenciement sec », bref je vous fais pas le dessin. Au passage, il a quand même proposé ses solutions à la crise : allègement des « charges patronales », « abaissement du coût du travail »

À la fin, séance de questions des élèves. J’ai été effaré. Je m’attendais quand même à quelques piques sur son salaire ou sur les dividendes… Mais non ! Uniquement des questions techniques, du style « mais entre la 208 et la 206 il y a certes une diminution du poids du moteur de 5 % ».

Du coup, j’en ai profité pour lui demander pour quelles raisons il avait menti à l’été 2011 en assurant « aucun plan de licenciement n’était prévu » malgré le document que s’étaient procuré les syndicats. Il a blablaté pendant 5 minutes pour raconter des choses sans rapport, mais il a quand même donné un élément de réponse à la fin : « Il y avait des élections présidentielles et je ne voulais pas perturber le processus électoral. » Implicitement : « Si j’avais annoncé le plan, Sarko était foutu ». Mais personne n’en a profité pour lui demander si c’était bien de ça dont il était question…

En tout cas merci beaucoup pour l’organisation et la présence aujourd’hui (j’ai aperçu de loin les drapeaux, ça le faisait !), c’était vraiment réussi. J’essayerai de sonder quelques élèves par-ci par-là pour savoir ce qu’ils en ont pensé.

PS : Varin est arrivé quelques minutes en retard parce qu’il était en réunion avec Ayrault et Gallois pour parler du rapport que ce dernier vient de rendre. Donc, derrière les diatribes de Montebourg à propos de la direction de PSA, la réalité c’est que Varin continue d’être un interlocuteur privilégié du gouvernement pour proposer ses solutions à la crise…

Photo courtesy of Arthur Fontel

Merci à ce camarade anonyme pour ce qui ne se lit jamais nulle part : l’entre-soi polytechnicien est peu compatible avec la publicité et la transparence.

Pour ma part, à demain à Bobigny.

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Bonus vidéo : Vitalic « Trahisons »