Le week-end des 13 et 14 octobre, pendant que bon nombre d’entre-vous amis lecteurs et amies lectrices profitiez de deux jours de repos bien mérité, je me suis rendu au conseil national du Parti de gauche. Lequel se déroulait à Bagnolet. Loin de moi l’idée de me plaindre, mes camarades de Montreuil m’ayant mandaté pour les représenter en 2010, j’assume ce mandat. D’autant qu’un conseil national, ce n’est pas la croix et la bannière. C’est d’abord l’occasion de retrouver des amis de plus ou moins longue date. J’ai en tête le visage buriné de Jean Sicard, connu en 1997 quand j’ai rejoint la rédaction de La Marseillaise et qu’il était encore un dirigeant syndical de premier plan dans les Bouches-du-Rhône.

Aujourd’hui retraité, Jean n’a pas quitté la ligne de front. C’est la gorge nouée qu’il termine son intervention sur les Rroms. Une question brûlante à Marseille où une sénatrice socialiste « comprend » ce qui s’apparente d’assez près en fait à un pogrom. Jean nous fait part du caractère dramatique de la situation vécue par les citoyens européens que sont les Rroms. Il faut avoir le cœur bien accroché pour ne pas hurler de rage à l’écouter.

Il y a aussi des camarades avec lesquels on noue connaissance, à l’image des délégués de la Gauche anticapitaliste que nous accueillons, pour qu’ils se rendent compte de qui nous sommes vraiment. Pas du tout la secte de mélenchonistes fous admirateurs d’une hypothétique dictature du prolétariat. Faut dire que nous avons marné sévère tout au long du week-end. Comme de juste, à situation politique nouvelle, il faut, pour les militants que nous sommes, procéder à son analyse la plus fine possible. Le bureau national (la direction du Parti) a mis en circulation dans les semaines précédant la tenue du conseil national une résolution : notre analyse du réel. Elle a été étudiée en comité, discutée, enrichie.

Conseil national du Parti de gauche

Pour preuve, pas moins de cent amendements au texte sont présentés. En sus des deux heures de discussion par groupes de travail, qui permettent que la parole circule au mieux, sans les habituelles tyrannies de la parole publique dont chacun sait jouer en la circonstance. Moi le premier. Les camarades de la commission des amendements vont bosser huit heures durant, jusqu’à près de trois heures du matin sur les remontées des comités. Au nom du comité de Montreuil, j’en présente trois de ces ajouts, modifications, précisions. Les délégués séquano-dyonisiens se les sont appropriés aussi.

Au final, comme 82 autres (total de 85), ils sont intégrés au texte définitif soumis au vote des délégués. La résolution finale se trouve copieusement enrichie, « musclée » selon l’expression que nous sommes pas mal à employer. Elle précise notamment notre position rapport au parti dit « sérieux » après l’adoption consécutive du Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) en Europe puis son corollaire la règle d’or. Nous décidons aussi, en l’absence de mot d’ordre syndical (au moment où nous nous réunissons à tout le moins) de soutenir nos camarades Espagnols et Portugais qui seront en grève générale le même jour, 14 novembre prochain. Nous nous mobiliserons pour rappeler que, en France aussi, nous refusons l’austérité. Comme nous l’avons déjà manifesté le 30 septembre contre le TSCG et le 9 octobre en défendant l’emploi et l’industrie.

Si on parle des Assises de l’écosocialisme que nous organisons le 1er décembre de cette année, vous pouvez voir que nous ne chômons pas quand nous nous réunissons. J’espère que nous n’avons pas trop farci le teston des amis de la Gauche anticapitaliste, qu’ils reviennent nous voir la prochaine fois. A titre personnel, j’ai aussi ajouté à mon ordre du jour quelques discussions suite à ma participation aux Universités d’automne de la fédération nationale des Maisons des Potes. Il ne sera pas dit que les interventions de mes camarades et les interpellations des « potes » resteront sans suite. Nous avons du pain sur la planche concernant les quartiers populaires, secteur qui reste un objectif à part entière pour le Parti auquel j’appartiens. Je pense que j’aurai bientôt l’occasion de revenir sur ce sujet qui me tient à cœur.

C’est assez amusant, dans le bon sens du terme, de voir combien les nouveaux adhérents se tiennent informés de l’avancement de nos travaux. Outre ceux, nombreux, venus en invités pendant tout le week-end (nous sommes assez peu dans le huis clos des « dirigeants », dans l’entre-soi), je peux mesurer sur twitter que chaque information que j’envoie en direct du Conseil national est reprise assez systématiquement. Mon ami et camarade Arthur Fontel, qui a rejoint mon comité avec la rentrée scolaire, me textote pour me demander si nos amendements ont été bien pris en compte. Je ne peux que lui répondre la vérité : ils le sont dans le fond. « Le fond, c’est le plus important », me répond-il illico. Comme l’impression que je n’avais pas trop le droit de me rater.

Il est déjà dimanche 13h et des brouettes. Nous avons voté notre résolution, place aux travaux en commission. Moi, je peux me rentrer. Comme l’idée qu’une sieste me fera du bien.

Oups ! Avant de vous quitter, faut que je précise : nous avons inscrit dans notre résolution un rappel. Nous sommes favorables, en tant que Parti de Gauche, à l’adhésion directe des citoyens au Front de Gauche.

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Bonus vidéo : Cage « Grand Ol’ Party Crash (Feat. Jello Biafra)