Cette rentrée politique pourrait prêter à rire, s’il n’y avait 5 millions de chômeurs, plus de 8 millions de pauvres ; si les dividendes versés aux actionnaires n’avaient augmenté de 30 %, montrant à quoi ont véritablement servi le Crédit impôts compétitivité emploi et le « Pacte de responsabilité ». Et si François Hollande n’avait pas annoncé que le pire reste à venir. Ce week-end – celui de la rentrée des médias et des politiques – a commencé par la démission d’un homme de la co-présidence d’un parti ; il a fini par la démission du gouvernement suite aux critiques politiques exprimées en public par le ministre, désormais sorti, de l’Economie. Le peuple, celui dont tout le monde a le nom à la bouche, reste le grand oublié de ces journées. Le ton est donné : les partis politiques ne s’intéressent pas à ceux dont ils prétendent représenter les intérêts.

Hausse de 30 pour cent des dividences

A preuve, la perte des repères idéologiques continue de s’aggraver. Les concepts de « gauche » et « droite » sont balayés d’un revers de main, d’un côté comme de l’autre. Le premier coupable de cette situation est bien le gouvernement qui mène une politique qui n’a rien à envier à celle de ses prédécesseurs de Raffarin à Sarkozy. C’est cette politique, qui refuse la rupture, qui alimente la confusion entre « gauche » et « droite », faisant le lit de celle dont le « ni droite ni gauche » est le credo depuis des lustres. Cette ligne a divisé les Français, elle a divisé la gauche, divisée la majorité, divisé le PS et, désormais, elle divise le gouvernement.

Montebourg, coutumier des sorties fracassantes, a réussi la sienne ce week-end, sur une question politique de fond : « L’honnêteté oblige à dire que la croissance est nulle chez nous, qu’elle est négative chez nos voisins et qu’il existe un grave risque déflationniste dans la zone euro. […] Il faut donner la priorité à la sortie de crise et faire passer au second plan la réduction dogmatique des déficits, qui nous conduit à l’austérité et à la montée continue du chômage. » Ce disant, il rejoint, finalement, l’analyse dressée par les gauches du PS et les « frondeurs » depuis plusieurs mois. Ce n’est pas une surprise, si on veut bien se rappeler que ses proches ont signé l’appel « il n’y a pas qu’une seule politique possible » en février dernier.

Echelle des revenus

Certes, il a mis du temps. Et l’homme n’est jamais dénué d’arrière-pensées. Emmanuelle Cosse, en marge des journées d’été d’Europe Ecologie-les Verts, a exprimé sa crainte d’une « posture ». Mais à quoi bon bouder son plaisir ? Elle a fini par se dire « ravie » que le désormais ex ministre de l’Economie « trouve un chemin commun avec les écologistes ». Et pas qu’avec eux… De facto, Montebourg et Hamon rejoignent leurs propres bases politiques, internes au PS cette fois, avec les « frondeurs ». Manuel Valls en a tiré toutes les conséquences en présentant la démission de son gouvernement, condition sine qua none pour dégager Montebourg et Hamon, l’autre star du week-end.

Sans préjuger de la composition du gouvernement à venir, qui sera présenté demain mardi 26 août, il devrait avoir un mérite : privé de ses « cautions de gauche », sans participation de ministres écolos et encore moins communistes, il sera un vrai gouvernement social-libéral. Qu’on n’en doute pas, malgré cela, il trouvera, entre abstention massive de parlementaires PS pas décidés à aller jusqu’au bout de la crise et solidarité partidaire, la majorité dont il a besoin pour obtenir le vote de confiance. Nul n’osera provoquer une législative anticipée. Surtout pas après le résultat des élections européennes. Il n’y a pas que « son » siège à perdre, il y a le risque gros de voir la droite au coude à coude avec le FN. Mais, le corollaire de cette affaire devrait être un raidissement dans la manière de gérer le groupe majoritaire de la majorité.

Remaniement

Le Front de gauche ne constitue toujours pas une alternative crédible à gauche. Comme le relève Olivier Dartigolles, il sort d’une « année pourrie ». Le porte-parole du PCF a précisé sa pensée : « Le Front de gauche s’est bunkerisé, il n’a pas donné le sentiment de vouloir tendre la main ». Il n’est qu’à lire la manière dont est reçue, par une partie du dit Front de gauche, la publication de la contribution du club « Gauche avenir » à un « nouveau pacte majoritaire à gauche ». L’incapacité des composantes de la gauche critique à s’entendre sur la méthode (sur le fond, les divergences sont mineures), nourrissent deux écueils. Le premier est que le Front national apparaît, à tort, comme le seul parti porteur d’un projet de société cohérent et global. Le second va émerger : c’est la mythologie du seul mouvement social comme porteur d’alternative face au social-libéralisme.

Autant le dire de suite, pour celles et ceux qui veulent vraiment changer les choses par l’action politique, les années noires sont devant nous. Faites provision d’espoir, on va en avoir besoin. Et si on refaisait un peu d’éducation populaire politique en attendant ? Histoire de se rappeler que « fédérer le peuple » ça n’a pas de sens mais que donner les outils à la classe ouvrière pour prendre conscience d’elle-même, ça c’est révolutionnaire.

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Bonus vidéo : Basement Jaxx and Swarthama « Power To The People »