Le mot «crise» n’a aucun sens pour donner un contenu à la situation que nous vivons. Le combat qui se mène est celui d’un rapport de force entre le pouvoir financier et la politique.
Jack London, dans son livre Le Talon de fer, paru en 1906, prévoyait que sans une mobilisation «révolutionnaire» de la société, le capitalisme financier l’emporterait.
Le temps est venu.

Bruno Leprince

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Enfin ! Sonnez hautbois, résonnez musettes ! Le sommet européen a accouché d’un accord. La Grèce est sauvée ! L’euro aussi ! L’Europe enfin ! La dette, c’est fini. Sera-ce là le dernier rebondissement de la nième saison de notre grande série « La Crise frappe à votre porte » ? On veut y croire. Sauf que la crise n’a pas lieu. Il n’y a pas, à dire le vrai, de crise économique. Ni en Europe, ni ailleurs. Le jeu de yoyo des bourses continentales et internationales auquel nous assistons depuis 2008 et l’éclatement de la bulle spéculative liée aux fameuses subprimes n’est que l’avatar le plus visible de la grande restructuration du capital financier transnational.

Cette restructuration est rendue nécessaire par l’évolution fondamentale du Capital. Auparavant, il était assis sur la production de richesses matérielles et leur commercialisation. Comme l’a montré intox2007 dans une note de blog, ce n’est plus le cas aujourd’hui. J’en profite pour lui piquer ses tableaux et, comme lui, citer un économiste loin de partager les idées du Parti de Gauche, Pierre Larroutourou.

« Au total, en 30 ans, ce sont quelques 150 % du PIB de l’ensemble de nos pays qui sont partis vers les marchés financiers au lieu d’aller aux salariés et donc aussi à l’Etat, via la TVA. Cet argent a-t-il profité à la recherche ou à l’investissement ? Non. Toutes les études montrent que l’investissement et la recherche sont stables. Ces sommes colossales ont été accaparées par un tout petit nombre d’individus. Rendez-vous compte : l’Europe s’épuise depuis des mois à trouver 110 milliards pour sauver la Grèce alors que la fortune cumulée des 0,2% les plus riches de la planète est estimée à 39 000 milliards ! »

Tableau aimablement pompé sur www.intox2007.info

Démonstration est donc faite que le Capital aujourd’hui ne se développe plus par la production mais par la spéculation boursière. Le corollaire de cette affaire demeure que, pour développer ses parts de profits, il a besoin de réduire ses effectifs.

A partir de là, on peut mieux observer les différents épisodes de notre fameuse saga « Demain, les banques s’effondrent ». Le capital, comme l’a précisé Marx en son temps, a besoin d’organiser ses propres crises pour se restructurer en permanence. Cette restructuration a pour nom « concentration » dans un univers qui n’a de concurrentiel que le nom. A croire que tout a été organisé pour que les banques disparaissent, absorbées de manière darwinienne, par les plus grosses : Dexia n’est que le dernier exemple d’une longue série dont ma mémoire défaillante ne garde pas le détail.

L’autre aspect de cette restructuration demeure la conquête de nouveaux marchés. Aujourd’hui sont pointés les pays qui conservent encore un service public fort : la Grèce était en première ligne. L’accompagnement des fameux « plans de sauvetage » se traduit par la vente forcée des entreprises hellènes nationalisées.

contre le plan de sauvetage présenté par l'Union européenne

En France, on le sent poindre, après la retraite, c’est bien l’ensemble du système collectif de protection sociale qui va être livré sous peu en pâture aux marchés. Sachons, en passant, qu’il s’agit là d’un marché dont le montant est équivalent à celui du budget de l’Etat, soit aux environs de 2 500 milliards d’euros. Une paille… Et de quoi se goberger pendant des plombes à faire fructifier, sous forme de fonds de pensions, ces sommes colossales sur les marchés spéculatifs.

Et après, on va nous expliquer doctement que c’est la crise. Tu parles Charles !

Face à cela, il n’y a de solutions que de fermer les bourses et de nationaliser les banques, comme le suggère Frédéric Lordon, des économistes atterrés, dans cette vidéo de la télélibre.fr.

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La bande son de cette note :

* Ministry « New World Order » (mp3)

* The Redskins « You Want It ? They’ve Got It All » (mp3)