C’est un drôle de film, en plusieurs volets, digne des superproductions de Steven Spielbeg, que cette histoire du Méliès. Elle a donné lieu à des rebondissements assez stupéfiants. Le dernier en date reste la mobilisation de quelque cinq cents personnes samedi 19 janvier dans les rues de Montreuil. Une mobilisation que l’amère de Montreuil, Dominique Voynet pour celles et ceux qui ne lisent pas les Chroniques montreuilloises, a tenu à minorer, parlant de « 150 personnes ». C’est de bonne guerre surtout quand on mesure que, hors les militants politiques et syndicaux, ce sont surtout ses électeurs qui se sont mobilisés. Cela dit, cela nous prouve que l’amère ne prend pas de cocaïne : cette drogue est sensée aiguiser la perception pas la brouiller.

Manif Melies à l'appel de la CGT

Mais que ce passe-t-il en vrai au Méliès ? Début décembre, par voie de presse, l’amère annonce la découverte d’une « caisse noire » dans le cinéma municipal de Montreuil. Les accusations sont précises : « La directrice administrative a interrogé les agents. Dans un premier temps, ceux-ci ont répondu que les sommes servaient aussi à payer des faux frais à Cannes, à rémunérer des réalisateurs ou à acheter de la drogue ! », déclare la première magistrate dans les colonnes du Monde. L’enquête est-elle menée avec rigueur ? La présomption d’innocence est-elle respectée ? Que nenni. Comme à son habitude, l’amère livre en pâture ses propres agents. Elle en vise particulièrement trois, dont le directeur artistique de l’équipement municipal.

Las, le hallali sur les « mauvaises pratiques » supposées tourne court. Les usagers du Méliès, réunis dans l’association Renc’Art au Méliès, se mobilisent ; des réalisateurs prennent position ; deux pétitions en ligne recueillent des milliers de signatures. Jusqu’à la manifestation de samedi dernier dont vous pouvez avoir un aperçu ici au travers d’un petit diaporama réalisé par mes soins. Evidemment, il y a eu distribution de stupéfiants, vu que la « caisse noire » servirait à financer la « blanche », notamment pour Abel Ferrara.

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Cet épisode, appelé La Vérité si je mens 4 par les salariés du Méliès, constitue le nième épisode d’une guerre larvée entre l’amère et le « patron » du cinéma municipal, entre autres ; un directeur artistique dont elle a tenté à plusieurs reprises d’avoir la tête dans les années précédentes. Cette fois, celle qui ne sera pas ministre, malgré ses efforts notables, affiche une fière détermination. Selon mes sources, son exécutrice des basses œuvres aurait glissé, en marge d’une réunion avec les organisations syndicales, « on ira jusqu’au bout ». Cela rappelle étonnamment l’assaut mené sabre au clair contre le Comité des œuvres sociales du personnel de la ville de Montreuil. Assaut qui s’est achevé faute de munitions dans une pantalonnade qui pourrait être drôle si elle n’avait pas mis à mal les agents communaux.

Comme je ne crois pas que l’amère ait quelque grief personnel contre les agents communaux (qu’elle considère juste comme des stipendiés de l’ancienne équipe municipale alors qu’ils l’avaient majoritairement accueillie comme le sauveur) ni contre Stéphane Goudet, je veux poser ici quelques questions. Pour cela, il faut revenir loin en arrière. En 2007, Marin Karmitz, patron de la puissante chaîne de cinémas Mk2, lance une offensive judiciaire contre le Méliès pour « concurrence déloyale ». En cause : les tarifs sociaux préférentiels pratiqués par le cinéma municipal, bien loin des prix prohibitifs pratiqués par les salles branchées de la capitale voisine. Il faut agir vite puisque la municipalité apparentée communiste alors aux commandes à Montreuil a lancé la création du Méliès en équipement à six salles.

Tract CGT Meliès

Pour défendre son cinéma municipal, Montreuil organise une belle campagne avec manifestations devant des Mk2, conférences de presse et tutti quanti. Le scénario aux allures de David contre Goliath met Marin Karmitz en difficultés. Pour le héraut du « cinéma indépendant », ça la fout un peu mal de s’en prendre à un petit cinéma d’art et d’essai, qui offre aussi des séances aux scolaires. Entre autres. La défaite de la gauche aux municipales de mars 2008 et l’arrivée aux manettes de l’amère sonne la fin de ce prequel. Selon des membres de la majorité d’alors, une réunion ultra-secrète a lieu entre l’amère et Karmitz dont rien ne filtre. Sauf que les poursuites contre le Méliès sont abandonnées. On ne saura jamais quelles contreparties a accepté la nouvelle maire.

Et si l’attaque en règle contre le cinéma municipal que nous voyons se dérouler sous nos yeux constituait précisément cette contrepartie ? Et si discréditer le personnel du cinéma constituait le préalable à une future délégation de service public, a minima, en faveur d’un opérateur privé de cinéma ? Et si on utilisait l’ouverture du Méliès à six salles pour annoncer que « la ville ne peut pas tout » et que, « vu l’état délicat des finances communales », finalement, le vendre au « leader du cinéma indépendant en France » serait une bonne idée ? Et, ce que cette privatisation soit menée par la ville de Montreuil ou par la Communauté d’agglomération Est-Ensemble qui pourrait hériter du dossier.

Manif Meliès

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Bonus vidéo : Claude Nougaro « Le Cinéma »