Mon édito pour Médiavox hier

 

Pour les téléphages de qualité, pas de doute ! Les conseillers en communication de François Hollande sont des fans de la série Borgen, une femme au pouvoir diffusée sur Arte. C’est dans les épisodes 7 et 8 de la deuxième saison qu’il faut trouver les raisons de l’intervention française au Mali. Le titre dit tout : Ce que l’on perd à l’intérieur, il faut le gagner à l’extérieur. Le pitch est limpide : « Le gouvernement de coalition est affaibli par les tensions internes et les compromis qu’il lui a fallu faire. Les sondages ne sont pas bons (…) Quand le puissant financier Joachim Crohne lui parle de la situation politique compliquée d’un pays africain, (…) Birgitte voit l’occasion d’améliorer sa popularité en prenant l’initiative de négociations. »

Flamben
Montage : Mediavox.fr

En France, le gouvernement est également en mauvaise posture. Son électorat est déboussolé. Les atermoiements sur le mariage pour tous ont permis la mobilisation des forces opposées à l’égalité des droits dimanche 13 janvier. On compte aussi l’abandon du droit de vote pour les étrangers extracommunautaires. L’aval donné par les ministres concernés à la casse du Code du travail maquillée sous le vocable « accords sur la sécurisation de l’emploi et des parcours professionnels » ; l’inertie face aux plans sociaux à PSA, à ArcelorMittal Florange, la pantalonnade devant les 7 500 suppressions d’emploi chez Renault… La liste est longue des renoncements, des promesses oubliées, des capitulations. Résultat, la côte de popularité de l’exécutif ne cesse de plonger. Il fallait réagir, détourner l’attention, ouvrir un contre-feu.

Ce sera donc le Mali et la campagne autour de « la lutte pour la liberté ». En France, prononcer les mots « jihadisme », « islamisme », c’est pire qu’agiter un chiffon rouge sous le nez d’un taureau blessé. L’absence globale de connaissance de l’islam génère toute les peurs, tous les amalgames. Et la belle campagne de presse orchestrée depuis l’Elysée permet de faire passer la défense des intérêts d’Areva pour une lutte afin de « protéger la France, protéger l’Europe (…) empêcher la création d’un état terroriste à portée de l’Europe », comme a osé le déclarer le pâle Jean-Yves Le Drian.

Areva

Qu’importe si l’intervention militaire est en rupture totale avec le discours de Dakar version Hollande, quand elle ne renvoie pas à sa version sarkoziste. Qu’importe si, à l’instant où j’écris ces lignes, le coût officiel de l’opération Serval est estimé à 400 000 euros par jours. Qu’importe si la durée du conflit pourrait, d’ores et déjà, atteindre voire dépasser l’année. Qu’importe enfin si les « combattants pouilleux » du jihad se sont transformés en moins de 48 heures en « redoutables guerriers expérimentés ».Qu’importe si les guerres occidentales « contre le terrorisme » n’ont fait que déplacer et renforcer ces mouvances islamistes armées. Les rares opposants à l’intervention militaire sont vilipendés comme « suppôts d’al Qaida au Maghreb islamique ». C’est le temps de l’Union sacrée pour la défense de la patrie.

Reste que ce genre de trompe-l’œil ne dure jamais très longtemps. S’il devait advenir que le Mali devienne l’Afghanistan hollandais, il y a fort à parier que le couvercle hâtivement posé sur la boîte de Pandore intérieure sautera avec une violence décuplée. En même temps, d’ici là, les spin doctors de François Hollande auront sûrement trouvé une nouvelle solution. La saison 3 de Borgen devrait être visible.

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Bonus vidéo : Spin Doctors « Pocket Full Of Kryptonite »