A côté de l’action, revient aussi le temps du débat. C’est l’avantage des congrès que de nous obliger à réviser, affirmer, reformuler, individuellement et collectivement, nos paradigmes. Pour la part qui me revient, je concentre ma réflexion théorique sur l’action publique locale ainsi que sur les quartiers populaires. Mon histoire y est pour beaucoup, mon boulot aussi, qui finissent d’affiner mes centres d’intérêts. Et j’ai mes lubies aussi. Parmi lesquelles une revient de manière lancinante : la question de la propriété, notamment immobilière. Je sais que mon parti ne fera probablement pas sienne cette idée, mais je crois qu’il est plus que temps d’en finir avec la propriété individuelle.

La réquisition des logements c'est maintenant

Sur facebook, où j’avais évoqué la possibilité d’un billet sur la question, un correspondant s’est jeté dans la brèche pour commencer le débat. Je publie sa contribution, qui me semble un bon début d’approche :

En fait, la notion de propriété repose sur le fait qu’on a besoin de sécurité. On achète une maison pour être sûr de ne pas être à la rue. On crée ou on achète son entreprise pour ne pas être au chômage. On transmet tout à ses enfants pour être sûr qu’ils ne manqueront de rien. Si on change le système de partage des richesses de façon à ce que les gens aient un niveau de vie minimum et suffisant (je préfère ce terme à salaire de base) intégrant le droit au travail, au logement, à la nourriture , aux soins, aux loisirs,… la notion de propriété tombera d’elle-même.

La propriété c'est le vol

Je partage l’essentiel de ces quelques mots. J’ajoute que la propriété individuelle constitue une aliénation de l’être humain. Pour plusieurs raisons. La première a été développée par le penseur anarchiste Proudhon : « La propriété c’est le vol ». Si vous ne l’avez pas fait, je vous enjoins à lire son petit ouvrage Qu’est-ce que la propriété ?, pour daté qu’il soit, les réflexions de fond qui innervent ce livre sont toujours très actuelles. Karl Marx et Friedrich Engels, aussi, ont produit des écrits fondamentaux sur le sujet.

La propriété est aliénation parce qu’elle empêche la mobilité, même souhaitée, du propriétaire, sachant que, pour les gens qui m’intéressent (la classe ouvrière), on pense souvent ne pas avoir de choix autre que celui d’être propriétaire. Me revient en tête une anecdote sur ce sujet. C’était à l’occasion du débat sur la gratuité, organisé par l’altergouvernement. A la fin, je bois une eau avec une personne venue assister à la conférence. Il en vient à parler de la « nécessité » pour lui d’être propriétaire de son appartement « en raison du montant trop faible de sa pension ».

Réquisition

Voilà donc le cœur du débat : il se sent obligé d’acheter son appartement parce que sa retraite ne lui permettra pas de vivre correctement s’il devait payer un loyer. Mais quel est le fond du problème ? Il le dit lui-même, c’est la baisse du pouvoir d’achat ! Pourquoi ne pas se battre sur ce sujet-ci, changer la donne plutôt que de s’aliéner soi-même en devenant propriétaire ?

Enfin, la propriété individuelle entraîne bien souvent le développement de comportements de défense voire de rejet de l’autre, l’autre étant considéré comme celui qui peut s’en prendre à son bien ou le mettre en danger. L’idéologie de la « France des propriétaires » chère à Nicolas Sarkozy participe de l’émiettement de la classe ouvrière au travers de l’individualisation. En clair, c’est : « Concentre-toi sur ta propriété, c’est la seule chose que tu as. Si tu ouvres ta gueule, si tu combats le système, tu risques de la perdre et, après, tu ne seras plus rien ». Or, comme le dit l’adage, quand t’es propriétaire t’es rien.

gentrification-petit

Si nous nous cantonnons au seul logement, c’est un besoin vital. Comme le disait en son temps Engels, « avant de faire de la politique, il faut pouvoir se loger, se vêtir, se soigner, manger ». Personne, pauvre ou riche, n’échappe à ce besoin essentiel. Aujourd’hui, le scandale des logements vacants démontre que la propriété individuelle – loin de répondre à ce besoin – empêche sa satisfaction. Le besoin de se loger ne devrait-il donc pas être pris en charge par la collectivité ? Comme je défends la propriété collective des moyens de production, je pense que la réponse à ce besoin commun relève de la responsabilité collective, soit de l’Etat soit de la coopérative. Et ne venez pas me bassiner avec les appartements collectifs de l’Union soviétique… La collectivisation n’est pas égale à stalinisme.

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Bonus vidéo : Gang Of Four « To Hell With Poverty (Go Home Production Remix) »