Non, ce ne sont pas que les fonctionnaires qui sont en grève aujourd’hui, pour protester contre la baisse constante de leur pouvoir d’achat depuis des années et contre la révision générale des politiques publiques. Ce 31 janvier est une journée d’action et de manifestations de tous les salariés des trois fonctions publiques : Etat (dont l’Education nationale), hospitalière et territoriale. Il y a parmi eux des contractuels : des agents qui ne sont pas des fonctionnaires et sont embauchés pour des missions plus ou moins longue.

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En temps normal (là, je cherche du boulot), je suis cet agent sur cinq qui, dans les collectivités territoriales, ne bénéficie pas du statut de fonctionnaire. Dans l’ensemble des trois fonctions publiques, nous représentons officiellement 16,8 % des effectifs et notre nombre croît de manière régulière. Un double mouvement explique ce fait. D’abord, l’Etat employeur, comme bon nombre de collectivités, préfère des emplois précaires dont on se peut se débarrasser plus facilement. D’autre part, la technicité accrue des missions de la fonction publique, notamment territoriale, nécessite des compétences de plus en plus spécifiques.

Nos collègues fonctionnaires, titulaires des concours, sont formés, efficaces, s’adaptent très facilement à de nouvelles missions. Le recours au contractuel relève plus de la recherche de l’hyperspécialisation. Mais, la plupart du temps, le recours massif aux agents non titulaires relève plus d’une stratégie de management des ressources humaines : accroître la précarité dans les effectifs, c’est aussi un moyen pour l’employeur de rendre ses agents plus malléables, pour être poli.

le service public ça ne solde pas

Donc, aujourd’hui, dans les rues de plus de 100 villes de France, les contractuels aussi seront mobilisés et en grève. Ceux qui peuvent en tous les cas, ceux à qui le supérieur hiérarchique n’aura pas « gentiment » rappelé qu’un contrat ça se renouvelle… ou pas. Que, même si ça a l’air compliqué, on sait tous comment contourner les limites posées par la loi au remplacement d’un non titulaire par un autre… Que, bref, tu ferais bien de bosser plutôt que d’ouvrir ta grande gueule tocard. Oui, chef, bien chef. C’est aussi ça la réalité d’un contractuel dans une mairie lambda.

Bref, ce sont donc les salariés des trois fonctions publiques : titulaires comme contractuels, qui vont battre le pavé. Je vais me concentrer sur le domaine que je connais le mieux : la territoriale. Puisque, si j’ai bien entendu le nouveau héraut du libéralisme (social ou non), Christophe Barbier, c’est nous qui sommes dans le viseur. La révision générale des politiques publiques (RGPP), qui s’applique à l’Etat comme aux hôpitaux, entérine le non remplacement d’un départ en retraite sur deux. Dans la territoriale, c’est plus compliqué.

Public privé même combat

Le principe constitutionnel de libre administration empêche le gouvernement de dicter – officiellement en tous cas – sa loi aux élus locaux. D’autre part, l’explosion des besoins des habitants – entre augmentation du nombre de chercheurs d’emplois, explosion de la pauvreté – et les transferts de compétences de l’Etat vers les collectivités ont nécessité des embauches. La territoriale est donc la fonction publique qui a vu ses effectifs continuer de croître malgré les politiques d’austérité menées avec une régularité et une continuité confondante depuis… 1995-1996, par la droite comme par les gouvernements sociaux-démocrates. Aujourd’hui, c’est donc dans ce « gras », qu’il convient de taper selon les libéraux.

Le gouvernement dispose de moyens pour contraindre les élus à « alléger » la masse salariale de leur collectivité. En premier lieu, les dotations : l’argent de l’impôt redistribué par l’Etat aux communes, départements et régions. J’ai bien dit redistribué. Parce qu’un agent des collectivités, comme tout agent d’une des fonctions publiques, ont ce drôle d’avantage de payer une part de leur salaire en acquittant l’impôt. Bref… Ces dotations d’Etat sont en au mieux gelées au pire à la baisse. C’est donc la qualité du service rendu à la population qui est remise en cause.

J'aime le service public

Enfin, l’autre raison pour laquelle mes collègues sont en grève, c’est la question du pouvoir d’achat. Notre rémunération est fixée par l’Etat, au travers du point d’indice qui en est la base. La valeur de ce point est gelée par le gouvernement depuis 2010. Auparavant, la hausse de ce point était inférieure à l’inflation. Ce matin, sur une chaîne de télévision, un instituteur constatait donc qu’il a perdu 30 % de son pouvoir d’achat en 10 ans. Voilà. Vous pensez toujours que nous sommes des nantis après ça ?

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Bonus vidéo : Smith and Mighty « Rescue Me Pt. 2 (feat. LD) »