Par Arthur Fontel

Dieu : « Le problème du succès, c’est que tout ce que tu racontes
est interprété à tort et à travers. »
Marx et Orwell (en chœur) : « Oh putain, ouais, grave ! »

 

Loin de moi le dessein de me poser en exégète, mais pour avoir beaucoup plus lu Orwell que Marx et Dieu réunis, je constate que son œuvre est souvent sur-interprétée. On se souvient tous du fameux « War is Peace » (ceux qui ne s’en souviennent pas n’ont pas lu 1984 et filent de ce pas dans leur chambre réparer cet oubli). Ce slogan de l’Oceania, l’empire totalitaire de Big Brother, est un des slogans qui a été le plus mal compris et surtout mal réutilisé. En substance, la guerre à l’extérieure garantirait la paix intérieure, autrement dit la paix sociale. Par conséquent, les états décideraient les guerres quand la paix sociale est menacée. Cette théorie n’est jamais loin du complotisme et me semble erronée, même si dans certains cas (l’Allemagne nazie, par exemple), le propos n’est pas sans fondement. Pourtant, chaque fois qu’une puissance occidentale déclenche ne guerre, cette théorie fait peau neuve, dans les milieux de gauche notamment.

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Aussi séduisant que puisse être ce point de vue, c’est prêter au pouvoir plus de machiavélisme que de raison. En tout cas, ce procès d’intention, légitime ou pas, ne pourra jamais dépasser le stade de la spéculation ; spéculation d’autant plus vaine qu’on n’a pas besoin de réfléchir bien longtemps pour y voir la main du capitalisme le plus élémentaire. Le complexe militaro-industriel est un lobby puissant outre-Atlantique. Mais la France est loin d’être en reste, avec son industrie de mort présente dans la presse et au Sénat. C’est la partie visible de l’iceberg, mais bien souvent, guère plus dissimulé, pointe l’enjeu du contrôle de ressources naturelles rares (pétrole, uranium…).

Si j’évoque cela, c’est que la question des motivations et des buts poursuivis se pose à nouveau aujourd’hui, alors que la France a lancé au Mali l’opération Serval. Pour beaucoup de mes camarades – Nathanaël l’a écrit hier chez Médiavox -, cette guerre arrive à point nommé, au moment où le gouvernement s’enlise dans le projet de mariage pour tous, qu’il semble ne pas assumer ; ou dans la refonte du code du travail qu’il a préféré confier au Medef. Pour ma part, je me sens plus proche du copain des Echos de la gauchosphère, qui donne à Hollande le crédit de ne pas être de tempérament belliqueux. Certains veulent leur guerre, cet événement qui fait entrer un homme de force dans l’Histoire. Mais je ne crois pas que ce soit le cas du social-libéral en chef. Pure spéculation de ma part, je l’accorde, mais pour le coup je laisse le bénéfice du doute.

areva niger

Certes, il est difficile de s’opposer publiquement à la guerre sans être vu comme un complice des mouvements les plus rétrogrades. Rien de plus efficace que la guerre pour renouveler le sentiment d’unité nationale. Les trouble-fêtes qui font entendre une voix dissonante ne sont pas les bienvenus. Il y a de quoi faire ici le lien avec les difficultés intérieures du gouvernement, et on est vite tenté de voir alors dans la guerre une diversion. Voir dans cette union sacré le choix de la diversion est, je crois, une erreur intellectuelle. C’est confondre la cause et la conséquence.

Regardons la stratégie actuelle de la droite. Elle n’a guère intérêt à voir s’estomper la confrontation sur le mariage pour tous, tant ce sujet permet (malheureusement) de rassembler alors que la division fait rage dans ses lignes. Sauf que, sur le Mali, la droite n’est pas la dernière à soutenir Hollande, comme elle l’a soutenu sur le traité Merkozy. Les querelles de partis s’effacent devant l’intérêt supérieur du Capital. Dans le fond, c’est de cela qu’il s’agit. L’union sacrée de la gauche et de la droite n’est rien d’autre que l’expression d’une convergence idéologique. Bien sûr, la date est opportune pour le parti au pouvoir, mais quelle date ne le serait pas dans la situation actuelle ? Depuis le 6 mai (date prise au hasard), vous avez compté combien de semaines faites de bonnes nouvelles ? Cet aspect-là est finalement secondaire, et en ce qui me concerne, je me contenterai de retenir les motivations économiques et géopolitiques de cette nouvelle tâche dans le bilan déjà lourd d’un gouvernement au service des possédants.

Francafrique

En effet, et avant même de discuter de la gravité de la menace « islamiste » au Mali, cette intervention sent bon la Françafrique ainsi que les enjeux économiques majeurs. Plutôt que Serval, on aurait pu baptiser la dernière trouvaille du président « Opération Y’a bon Areva ». Indépendamment de toute autre considération, il faut bien convenir que notre armée prend au Mali (et ailleurs, je pense par exemple à la Côte d’Ivoire) le visage d’une milice privée au service de grands groupes industriels. Si on ajoute à cela l’obscénité qui consiste à affirmer haut et fort que le Mali est toujours une colonie française, nous avons pour nous les arguments suffisants pour dénoncer vivement cette décision politique.

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Bonus vidéo : Black Sabbath « War Pigs »