L’actualité politique du week-end et de ce lundi 17 février a pas mal porté sur l’autre échéance électorale de cette année : les élections européennes. Les composantes du Front de gauche ont, tour à tour, sous différentes formes, explicité leur envie d’y aller ensemble pour tenter de prendre le leadership au sein de la gauche alors que la social-démocratie apparaît fortement démonétisée. La désignation, à l’occasion du congrès du Parti de la gauche européenne, d’Alexis Tsipras comme candidat à la présidence de la Commission européenne constitue un facteur d’unité. Mais aussi un vrai événement politique : l’essentiel de la gauche radicale en Europe se regroupe, pour la première fois, derrière un porte-parole unique.

La gauche radicale en Europe

C’est là le bon moment pour se plonger dans la lecture de La Gauche radicale en Europe, un court ouvrage, fort bien documenté, rédigé par trois chercheurs : Jean-Numa Ducange, Philippe Marlière et Louis Weber. Ce livre a un double mérite : Il offre un panorama de la gauche de transformation sociale européenne, pays par pays, et un aperçu des convergences (et donc des divergences) entre ses composantes. Ce travail, solidement étayé par des recherches bibliographiques autant qu’historiques, sera intéressant pour le lecteur curieux de la politique à l’échelle de l’Union mais aussi pour le militant qui connaît souvent peu les partenaires de son organisation politique en Europe. En soi, c’est un outil très utile dans la période.

C’est que, pour se concentrer sur le Front de gauche, le Parti de la gauche européenne est de création récente : 2004. Outre le Parti communiste français et le Parti de gauche, 23 autres formations politiques en sont membres tandis que 11 organisations y sont membres observateurs. Les partis communistes et post-communistes n’y sont plus majoritaires. Les partis vert et rouge, mais aussi d’anciennes formations maoïstes ou trotskistes ainsi que des partis issus de scission de la gauche social-démocrate ont bouleversé la donne et entraînent des débats intenses au sein du Parti européen présidé par Pierre Laurent (réélu avec plus de 75 % des suffrages). Avec Syriza en figure de proue : le parti grec caracole toujours en tête des sondages, le PGE est en train de préparer sa première campagne convergente à l’échelle de l’Union européenne autour d’une alternative « Tsipras ou Martin Schultz ». La gauche radicale européenne se sent pousser des ailes.

Alexis Tsipras au congrès du PGE

Pourtant, rappellent les 3 auteurs, il y a quelques années en arrière, la chute du mur de Berlin et l’effondrement des pays dits « socialistes » laissaient augurer de la mort des organisations prônant un autre système que le capitalisme. Ils écrivent :

« Loin d’être anéantie, la gauche radicale s’est regroupée et a redéfini son identité et son action politiques. »

Le glissement à droite de la social-démocratie, avec la 3e voie initiée par Blair et Schröder, a également libéré un espace que la gauche radicale a réussi à préempter, en partie.

Pour autant, cette recomposition ne va pas toujours de soi. Dans divers pays, des partis s’en réclamant avec tout autant de légitimité peuvent s’affronter violemment. C’est le cas en Grèce où la légitimité historique du KKE (parti communiste anciennement clandestin) se confronte à la légitimité dans les urnes de Syriza. Cette réalité amène Philippe Marlière, auteur de la partie en question, à préciser :

« Cette recomposition ne peut progresser sans un rassemblement des diverses forces de la gauche radicale. Une démarche unitaire et non sectaire est ici nécessaire pour réussir ce pari. »

Mélenchon Tsipras Laurent

Et de rappeler aussi, au passage, le poids des héritages nationaux dans la construction de la gauche radicale, entre partis et cartels électoraux.

Les auteurs concluent leur ouvrage par deux questions. La gauche radicale va-t-elle réussir à convaincre un électorat « modéré » qu’elle possède la capacité de proposer des politiques « crédibles » ? Quelle forme donner à l’organisation politique ? Questions rendues cruciales par l’état des lieux :

« La gauche radicale devra renforcer son ancrage politique au niveau national et européen, et poursuivre la construction d’alliances prêtes à gouverner. C’est à ces conditions qu’elle pourra renouer dans la pratique avec les idéaux égalitaires du vieux mouvement ouvrier. »

European left

Au vu des semaines écoulées et des débats qui agitent le Front de gauche, pour ne parler que de lui, le trio a mis dans le mille. Leurs questions sont celles de milliers de militants. Sauf qu’il appartient bien à ces militants d’écrire les réponses, avec les citoyens en France et en Europe. Puisse le scrutin de mai prochain amorcer des réponses crédibles et portées par un vaste mouvement populaire.

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La Gauche radicale en Europeéditions du Croquant, collection Enjeux et débats – Espaces Marx

Bonus « vu par l’adversaire » : téléchargez l’entretien que consacre Philippe Marlière à l’Observatoire de la vie politique de la fondation Jean-Jaurès.

Entretien avec Philippe Marlière Co-­‐auteur de La gauche radicale en Europe

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Bonus video : Subheim « Streets »