Mon édito d’hier sur Médiavox

Jérôme Cahuzac aurait dû venir. Le ministre du Budget qui ne croit pas à la lutte des classes, « qui divise la société », aurait eu un bel aperçu des ravages du capitalisme en ce début de 21e siècle. Moi, mercredi 9 janvier, j’étais là, devant le Virgin Mégastore des Champs-Elysées, pas pour faire des emplettes ni profiter des soldes. Très prosaïquement, avec quelques 500 autres personnes, je suis venu soutenir les 1 000 salariés de la chaîne au logo rouge et blanc menacés de perdre leur emploi après le dépôt de bilan orchestré par un actionnaire peu scrupuleux mais qui a un visage, un nom et une adresse : Butler Partner Capital.

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Jérôme Cahuzac aurait dû venir. Le fonds d’investissement qui a racheté Virgin Mégastore en 2008 laisse aussi une ardoise de 22 millions d’euros, notamment en termes de loyers impayés. Pendant quatre ans, il a profité de la rente Virgin ; de l’engagement de ces 1 000 hommes et femmes, travaillant jusqu’à minuit et plus, le dimanche, les jours fériés, qui ont accepté les contrats de travail bidon et les temps partiels imposés. Tout ça pour que, le citron Virgin pressé jusqu’à plus soif, ils finissent, ces 1 000 hommes et femmes, jetés à la poubelle comme une écorce de citron sans plus même de zeste.

Jérôme Cahuzac aurait dû venir. Il aurait vu le visage aux traits tirés, la détresse et, en même temps, la fière dignité de ces travailleurs qui se battent aujourd’hui avec l’énergie du désespoir pour qu’un repreneur mette en œuvre le « Virgin 2.0 » qu’ils proposent depuis des mois. Un « Virgin 2.0 » qui mettra en adéquation vente en ligne et magasins en dur, profitant d’un réseau de 26 enseignes partout en France.

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Jérôme Cahuzac aurait dû venir. Il nous aurait parlé de la concurrence d’Amazon, à laquelle les salariés savent répondre. Il nous aurait évoqué le prix du mètre carré dans les centres des grandes villes. Doctes discours à la technique rodée. Mais qui passent à côté du principal. Quand un patron a décidé que les salariés ne rapportent plus assez, Pôle emploi devient leur débouché. C’est cela la réalité du capitalisme d’aujourd’hui. A dire le vrai, c’était déjà le cas hier et même avant-hier.

Jérôme Cahuzac aurait dû venir. Il nous aurait peut-être parlé des négociations qui continuent, aujourd’hui 10 janvier et demain, entre le Medef et les organisations syndicales de salariés sur la « sécurisation de l’emploi », un chantier pourtant voulu par son président. Ces deux jours de négociations voient deux visions du monde du travail s’affronter. Et, dans cette affaire, Virgin Mégastore a fait figure d’éclaireur avec sa déréglementation en interne des horaires de travail, son abus des contrats bidons, son mépris du code du Travail.

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Ce jeudi 10 janvier, à midi trente, j’étais devant le siège du Medef pour dire que je ne veux pas du travail jetable. Que le Contrat à durée indéterminée doit rester la norme. Que la flexibilité ne passera pas par nous. Que notre pays est déjà le plus compétitif d’Europe et que c’est pour ça qu’il accueille autant d’investissements étrangers. Mais voilà, hier j’y étais et, à l’issue de la manifestation, j’ai encore dû avouer : « Jérôme Cahuzac aurait dû venir ».

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Bonus vidéo : The Jam « (Just Who Is) The 5 o’clock Hero »