A Flavien, qui ne sait pas ce qu’il a raté

C’est le concert qui n’arrive pas à se terminer. Une heure quarante d’un set furieux, entre communion et happening. Ekoué concède sa voix cassée. Le public ne veut pas partir, hurle et applaudit. L’Olympia est en fusion. Sur scène les 5 membres de La Rumeur ont les yeux qui brillent et sourient, tout en arpentant la vénérable scène de long en large. Putain ! 15 ans, les mecs, quoi ! Tu parles d’un anniversaire. Ce concert, mon premier de La Rumeur, m’a sérieusement retourné. Comme d’autres, je me dirige vers la sortie, le regard un peu vide, la tête pleine des rimes et des rythmes d’un des derniers groupes de rap hardcore dignes de ce nom en France. Sur le trottoir, une bouffée d’air, de la fumée…

Trois heures plus tôt, je retrouve sur ce même trottoir la camarade Danièle Obono. J’ai la rage au ventre, cette sale boule qui ne veut pas me lâcher depuis le rassemblement en faveur des PSA Aulnay le matin à Bobigny. D’autres camarades se joignent à nous : un concert de La Rumeur, c’est un peu l’unité de la gauche radicale, la mienne. Vite, on cause quartiers populaires, rapport au travail que je mène pour le Parti de Gauche sur le sujet. Ah… Je te vois venir, lecteur, tu veux que je cause de La Rumeur et pas de politique. C’est ça? C’est un peu rate vu que La Rumeur c’est aussi de la politique.

Quand je rentre dans la salle, d’ailleurs, sur scène, les rappeurs de 400 Hyènes ont laissé la place aux membres du comité Vérité et Justice pour Jamal, qui évoquent avec pudeur mais précision la police qui assassine dans nos quartiers. Des fois qu’on n’ait pas compris, plus tard, Hamé, l’un des trois MCs de La Rumeur, en remet une couche sur le sujet. Pour que les victimes de bavures policières ne meurent pas une deuxième fois, dans l’oubli. Pour La Rumeur, la politique constitue une seconde nature, dès lors qu’on parle bien de la politique au sens grec du terme. En ce sens, ils se placent dans la continuité des grands anciens comme Public Enemy ou, surtout, KRS-One, par ailleurs cité musicalement au travers d’un freestyle de Souljay.

 

La Rumeur, c’est donc ce concentré de hip hop hardcore qui allie brûlot revendicatif, poésie urbaine et vrai sens de la narration. Le tout posé sur des rythmes bien lourds, quelques boucles lorgnant alternativement vers le jazz (L’Ombre sur la mesure), le funk à l’ancienne ou l’électro, notamment les productions du dernier album Tout brûle déjà. Mais les sons sont épurés sur scène pour laisser aux flows d’Ekoué, Hamé et Le Bavar toute leur place. Et les trois rappeurs en prennent de la place. Leur énergie fait plaisir à voir, qui se révèle communicative en diable.

Certes, ils jouent à domicile… mais quand même ! C’est rare de voir un public aussi chaud. A Paris s’entend. A Marseille, évidemment, c’est autre chose… Cette petite pique provocatrice ne doit pas occulter que, ce 8 novembre dans la salle de l’Olympia pleine à craquer, La Rumeur et son public ont communié. Le groupe n’a pas ménagé ses efforts et n’a pas masqué plus son plaisir visible d’être là. Pour ces 15 ans passés à tailler une route entre procès avec un ministre de l’Intérieur à talonnettes, black out de la part de Skyrock et autres radios pour adolescents boutonneux quoiqu’à casquette, et multiplicité des projets, La Rumeur peut vérifier qu’elle a su imposer sa ligne « sans mettre un genou à terre », explose de contentement Ekoué. Hors des majors, ils vendent des disques de 33 titres accompagnés d’un DVD à 12 euros… Je dis ça, je dis rien.

Pour tout dire, ces adeptes du film noir tel que je l’aime sont aussi des performeurs de classe. Au-delà d’un flow sans accrocs qu’ils osent déployer a capella, ils maîtrisent le clash à merveille, prennent leur public à parti et s’offrent des ego trips de première bourre. Voilà comment on se retrouve le cerveau vide sur le trottoir du boulevard des Capucines, avec la crève certes mais plus cette sale boule au ventre.

Le site de La Rumeur est là.

La Rumeur est aussi sur facebook.

La Rumeur a un compte twitter.

———————————-

Bonus vidéo : La Rumeur « Qui ça étonne encore (live) »