Ainsi donc, comme le 6 février 1934, la droite fascisante et populiste entend prendre la rue et va – encore – tenter de jouer au coucou dans les cortèges de la gauche républicaine, laïque et progressiste. Ainsi donc, dans le rôle de chef des ligues, Frigide Barjot se voit bien seule sur scène, devant les projecteurs, pendant que les Copé, Mariton et consorts vont jouer les utilités pour celles et ceux qui appellent au « sang » et à la « guerre civile ». Ainsi donc, ils menacent de prendre en otage notre marche pour la 6e République. Le gant est jeté. C’est une insulte au camp du progrès social.

(graphisme Oskar K Cyrus)
(graphisme Oskar K Cyrus)

C’est aussi l’illustration d’un processus qui a suscité la colère légitime de mon ami Nicolas. C’est surtout l’illustration parfaite d’un processus de rapprochement entre la droite dite « parlementaire » et les factieux qu’avec Des Pas perdus nous avons dénoncé dès le lendemain de l’élection présidentielle. Après avoir observé finement les discours, les prises de positions en nous replongeant dans l’histoire, j’en suis arrivé à entendre les convergences entre les discours de Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy au soir du premier tour de la présidentielle. Les mots sont quasiment décalqués les uns sur les autres, au point que l’on a pu croire que Nicolas le Petit a copié puis collé les maux de la millionnaire pour rédiger son discours. J’ai écrit quelques jours après : « Nous assistons là à l’aboutissement d’une longue bataille idéologique initiée dans les années 1970 par la Nouvelle droite. »

La bataille autour du mariage et de l’adoption pour tous, émaillée de violences que nous sommes descendus dans la rue pour dénoncer, a encore fait craquer les rares digues encore debout. Les masques de respectabilité derrière lesquels avançaient les leaders de la #manifdelahonte sont tombés. Frigide Barjot, qui condamnait du bout des lèvres les violences de ses amis du GUD, en appelle au sang. Christine Boutin, hier camouflée en « gentille » démocrate-chrétienne, invoque la « guerre civile ». Et les deux convergent pour s’emparer de notre marche contre l’austérité et pour la 6e République à leurs fins haineuses.

Frigide Barjot cache mal le GUD

Elles sont aidées par l’atmosphère délétère entretenue par la succession des affaires Cahuzac, Le Pen, Péninque. Comme l’écrit mon ami Alexis Corbière, il y a des années 30 dans l’air :

Qui rappellera que ce sont des scandales judiciaires comme « l’affaire Alexandre Stavisky » qui accéléra la crise politique qui secoua la France des années 30 et qui fit le miel de l’extrême droite ? (…) Cette affaire fit éclater au grand jour les liens entre les milieux financiers et des politiques peu scrupuleux. Elle ébranla le régime. C’est en réaction à cette affaire que des ligues fascistes, mais pas seulement, manifesteront violemment vers l’Assemblée nationale le 6 février 1934.

De la manif pour tous à la manif de la honte

Mais le 6 février 1934, mentionné par Alexis, fut suivi du 9 février 1934, sur lequel j’ai déjà écrit. Les deux événements ont précipité, à l’initiative du Parti Communiste Français, la création du Front populaire, bientôt vainqueur des élections générales. Aujourd’hui encore, face à la menace fasciste, le Front de Gauche prend ses responsabilités et tend la main à la fraction modérée de la bourgeoisie. Pour défendre la République.

Si les tocards au pouvoir rue de Solférino reprenaient contact avec la réalité, ils comprendraient que notre marche du 5 mai est le seul rempart face aux divers avatars de l’hydre fascisante : de Mariton à la Barjot en passant par Copé et Boutin. Ils nous rejoindraient dans la rue, parce que c’est bien là, aujourd’hui, que tout se joue. Il ne s’agit pas de se faire peur mais de regarder la réalité telle qu’elle est.

Ca sent le progrès et l'amour ce truc

« A la fin, ce sera entre eux (l’extrême-droite) et nous (le Front de gauche) que ça se jouera », avons-nous martelé pendant la campagne. Au gré de ces accélérations de l’histoire que le mouvement nous réserve, il apparaît que la fin a bien commencé.

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Bonus vidéo : Sonic Youth « Youth Against Fascism »